Vendredi 13

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Joyeux Vendredi 13! Je sais, les gens normaux ne fêtent pas ce jour, celui de la malchance, mais soyons honnêtes, nous ne sommes pas vraiment normaux dans la crypte toxique. Alors prenez-vos sacs de couchage, vos chamallows et installez-vous au coin du feu. Mais gare aux coups de machette !

 

S’il y a bien un mouvement horrifique qui aura marqué les années 80, c’est bel et bien le slasher. Bien sûr, nous avons connu d’autres choses, comme un scientifique taré qui veut réveiller les morts, des militaires face à une horde de morts-vivants dans des souterrains ou encore un démon avec des clous sur la gueule. Mais, globalement, c’étaient surtout les tueurs masqués à la poursuite d’adolescentes dénudées qui faisaient la loi dans les bacs. A qui la faute? Les acharnés du buzzer vous diront Halloween, les plus cultivés citeront Black Christmas, les européens claironneront La Baie Sanglante de Mario Bava et les plus anciens penseront à Peeping Tom de Michael Powell. Mais en vérité, c’est plutôt Vendredi 13 qui peut être considéré comme l’influence majeure du genre. Ce qui fait mal au cul de beaucoup de bisseux, le film de Sean S. Cunningham n’étant guère apprécié, tout comme le reste de la saga qu’il débute en 1980…

 

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Le réalisateur/producteur ne s’en cache pas: Vendredi 13, au fond, il s’en cogne. Il ne considère pas avoir fait un bon film, encore moins un chef d’œuvre. Il a agit en commercial, réalisé un produit. Le genre horrifique, il le connaît bien, lui qui a déjà produit le premier méfait de Wes Craven, La dernière maison sur la gauche. Alors lorsqu’il lui faut trouver quelque-chose à réaliser pour ramener de l’argent dans le larfeuille, il pense tout naturellement à l’horreur. Après tout, ça ne coute pas grand-chose et ça rapporte bien, en tout cas plus que ses films sur le football qui ne trouvent pas preneur. Halloween de Carpenter a bien marché, pourquoi ne pas en reprendre la formule? La fête d’Halloween est déjà prise? Qu’à cela ne tienne, on va prendre vendredi 13, là encore un jour qui peut porter poisse, sonnant à l’oreille comme la promesse d’assister à un joli massacre des familles. Le budget? Cunningham est un malin et saura se débrouiller. Il passe une annonce dans Variety, journal ultra populaire, annonçant qu’il travaille sur « le film le plus terrifiant de tous les temps », lui permettant de réunir 500 000 dollars pour le tourner. Quelques inconnus pour jouer les ados, une forêt qui ne coutera pas grand-chose comme lieu de tournage, un maquilleur populaire (Tom Savini) et l’affaire est dans le sac. Ajoutons à cela un distributeur, la puissante Paramount, qui s’est lancé comme défi d’offrir à un petit budget une sortie digne d’un gros. Le vendredi 13 portera chance à Cunningham, bien plus qu’il l’imagine.

 

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Car le film va cartonner, réunissant 40 millions de dollars, un énorme succès au vu du budget alloué pour fabriquer ce petit carnage entre amis. Un tel enthousiasme de la part du public que la saga ne cessera de s’allonger, atteignant à ce jour le chiffre impressionnant de douze opus. Il n’en manque plus qu’un pour atteindre le chiffre fétiche… Mais si Friday the 13th est une œuvre populaire en 1980, il a avec le temps perdu de son aura. La plupart des fantasticophiles n’aiment guère ce train fantôme forestier, qu’ils jugent putassier et fadasse en comparaison de la nuit des masques orchestrée par John Carpenter. Il est vrai que nous ne sommes pas dans la même catégorie avec Vendredi 13, bien qu’il soit un slasher comme Halloween. Non, là où Carpenter pensait chaque plan, soignait sa mise en scène, Cunningham fait au plus simple, au plus rapide. Il n’y a aucun plan particulièrement maitrisé dans ce qui est déjà son cinquième film (et son plus connu, seul M.A.L, Mutant Aquatiques en Liberté se fera un peu remarqué, neuf ans plus tard) et la photographie n’est pas des plus soignées. Mais le film ne peut de toute évidence pas se permettre un style à la Argento, faisant de Vendredi 13 un film plus réaliste, sans réel style. Ce qui expliquera sans doute son succès, les spectateurs trouvant plus crédibles les nombreux meurtres du film, plus tangibles, à la limite du snuff-movie.

 

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Réalisé pour profiter du succès d’Halloween, Vendredi 13 n’est jamais à la hauteur de son modèle, c’est une évidence. On peut même dire que le film est tout ce qu’il y a de plus banal, bien que cela soit aussi la faute de tous les films qui copieront son « non-style ». Massacre au camp d’été, Carnage, Meurtres à la St Valentin,… Tous ressemblent au slasher de Cunningham qui, de ce fait, semble rétrospectivement perdu dans la masse. Un instigateur, oui, mais pas forcément meilleur que les autres. Pas pire non plus, cela dit. Nous sommes certes en plein slasher routinier, mais qui aime le genre y trouvera son compte. Et puis, il y a la carte « Tom Savini », génie du maquillage et de l’effet gore, popularisé par le Zombie de Romero. Le futur réalisateur du remake de La nuit des morts-vivants offre à Vendredi 13 deux séquences qui marqueront les spectateurs: la hache dans la gueule d’une jeune fille et la gorge transpercée d’un Kevin Bacon alors débutant. Mais le budget n’étant pas bien lourd, il faudra se contenter de quelques maquillages pour le reste, la plupart des meurtres se déroulant offscreen. Toujours décevant pour un slasher, genre dont les meurtres constituent l’unique intérêt… En découle un rythme un peu défaillant, d’autant que comme dans de nombreux slashers, les dernières minutes sont rarement passionnantes. Comme il n’y a plus grand-monde à trucider, un jeu du chat et de la souris se met en place entre le tueur et le dernier survivant, un passage ici fort longuet et peu captivant…

 

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Vendredi 13 fait partie de ces films, assez rares, que même ceux qui ne l’ont pas vu semblent connaître. La fin, notamment, spoilée dans le début du premier Scream, les aventures de la famille Voorhees n’échappant pas au petit questionnaire soumis par Ghostface à Drew Barrymore. Est-ce qu’il existe encore un bisseux ne sachant pas que Jason Voorhees n’est pas le tueur dans ce premier opus mais que c’est sa mère qui fait le boulot? Peu probable, des figurines à l’effigie de Madame Voorhees existant, prouvant la popularité du personnage. Mais Vendredi 13 restera dans les mémoires pour ses effets gores et deux autres choses. La première étant bien sûr la participation de Kevin Bacon, alors encore très jeune. Cet excellent acteur, très apprécié dans la crypte (franchement, ce mec ne joue quasiment que dans des bons films, non?) est ici très… amusant. Forcément, comme c’est Bacon, on y fait plus attention qu’aux autres clampins qu’on ne reverra jamais. Ainsi, quand il apparaît en slip, dévoilant sa trompe, on ne peut que crier « on voit la bite à Kevin Bacon!!! ». Tout comme on ne peut que rire de son plongeon fait dans le lac de Crystal Lake, incroyable plat qui a du lui rougir le bide pour une bonne heure. Le personnage est également un grand inspecteur! Alors que la foudre tombe, qu’un éclair lui illumine le visage, le pauvre s’écrie avec sourire « tiens, on dirait qu’il va y avoir de l’orage ». Bien vu l’artiste!

 

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Mais ce dont tout le monde se souviendra, c’est bien entendu du sursaut final, celui montrant un Jason encore enfant et à la limite de la décomposition sortir du lac pour attraper l’unique survivante et la tirer dans l’eau. Un moment incohérent au possible, vite sauvé par l’astuce du « c’est un rêve », mais qui en tout cas fait un effet bœuf sur le public. C’est très clairement la meilleure scène du film et l’un des moments cultes de la saga, voire du cinéma horrifique entier. Cela permet de faire passer un film somme toute très banal pour une œuvre importante, qui dans tous les cas influencera fameusement le genre que nous chérissons tant. Car que serait l’horreur sans Jason Voorhees (qui dans la vf du film s’appelle Jacky, sans trop que l’on sache pourquoi…) et son masque de hockey? Il serait moins classe, c’est une évidence…

Rigs Mordo

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  • Réalisation: Sean S. Cunningham
  • Scénario: Victor Miller
  • Titre original: Friday the 13th (USA)
  • Production: Paramount Pictures
  • Pays: USA
  • Acteurs: Adrienne King, Betsy Palmer, Harry Crosby, Kevin Bacon
  • Année: 1980

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