Le Monde des Morts-Vivants

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Les Templiers prennent le large ! Lassés de leurs ruines, nos zombies aveugles ont décidé de se payer un petit voyage en bateau et, accueillants, ils acceptent d’héberger quelques top-modèles et leurs ordures de patron. La croisière s’amuse ? Pas vraiment, non…

 

Amando de Ossorio n’était pas du genre à s’arrêter en si bon chemin. Après la réussite flamboyante qu’était La Révolte des Morts-Vivants et la bien sympathique suite qu’était Le Retour des Morts-Vivants, le réalisateur espagnol s’est sans doute dit que ses Templiers étaient devenus une valeur sûre du cinéma d’épouvante. Il ne lui fallut donc qu’un an pour se décider et tourner dans la foulée Le Monde des Morts-Vivants, titre français aléatoire qui cache El Buque maldito (que l’on peut traduire en « Le bateau maudit »), qui se verra offrir un titre américain plus proche du principe du film: The Ghost Galleon (quand bien même le film se fit aussi appeler Horror of the Zombies). Vous comprendrez donc bien vite que nos Templiers quittent la terre ferme pour se payer une croisière, l’occasion pour de Ossorio de varier un peu les plaisirs tout en restant dans la même veine que les deux premiers films. Le cadre change, le principe non. Nous allons donc retrouver notre habituelle bande de vivants qui tomberont dans les griffes des satanistes zombies qui, plus que jamais, naviguent en eaux troubles. La recette restera donc la même, la fine équipe aussi, de Ossorio s’occupant autant du scénario que de la réalisation tandis que son vieux complice Anton Garcia Abril s’occupe de la musique, toujours très similaire à celles des premiers films. Si les râles d’agonies fonctionnaient si bien auparavant, pourquoi les congédier ? De quoi donner envie d’embarquer sur ce navire fantôme…

 

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Pour ce troisième épisode, sorti en 1974, de Ossorio se la joue tendance et nous propulse en plein shoot photo, les mannequins en petite tenue se trémoussant devant l’objectif. Mais l’une d’elle, Noemi, n’a pas le moral: sa petite amie a disparu depuis un moment et elle n’a plus de nouvelles. Elle va donc chercher des noises à sa patronne Lillian qui lui assure que sa copine est juste en train de travailler sur une campagne publicitaire secrète et se déroulant en pleine mer. Sauf que voilà, alors que la demoiselle navigue tranquillement, elle se retrouve nez à nez avec une bicoque datant du seizième siècle et en est suffisamment surprise pour avertir ses patrons, qui partent très vite à sa recherche, plus par peur que leur campagne de pub soit compromise que par bonté humaine par ailleurs. Le petit groupe (trois hommes, deux femmes) retrouve le fameux galion et aborde, découvrant la triste vérité: le bateau fantôme est occupé par les Templiers, qui dorment dans la cale, les démons ayant troqués leurs cercueils contre des caisses. Voilà donc nos héros coincés, car pour ne rien arranger ils ne peuvent descendre du navire diabolique, qui semble être entré dans une autre dimension. Et vu que la cohabitation avec les Templiers semble difficile, il va leur falloir trouver un moyen de se débarrasser d’eux…

 

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Avec Le Monde des Morts-Vivants, de Ossorio semble avoir l’intention de revenir à l’ambiance du premier film, perdue dans Le Retour… qui misait plus sur l’action et un certain rythme dans le déroulement des scènes que sur l’atmosphère. Marche arrière toute pour ce troisième film qui reprend la structure narrative de La Révolte…: on retrouve un amour lesbien dont l’une des deux parties du couple se retrouve assassinée par les Templiers tandis que la deuxième part à son secours, aidées de quelques salopards qui ont le viol facile. Autant d’éléments qui se trouvaient déjà dans l’opus d’origine et qui sont ainsi recyclés. Et de Ossorio ne va pas s’arrêter là puisqu’il reprend également le rythme plus lent de son œuvre culte, qui se permettait une longue balade dans les ruines. Une phase d’exploration ici reproduite dans le galion, qui se trouve être un pendant aquatique parfait du village de Bouzano, que la série quitte donc pour la première fois. Car si le navire n’a pas fière allure lorsqu’on le voit en entier, la maquette utilisé ne faisant jamais illusion, les décors studios reconstituant ses entrailles le font par contre de la plus belle des manières. Les décors sont effectivement très beaux et l’amoureux du cinéma gothique sera ravi de voir rendre justice à la légende des navires fantômes, peu souvent couchés sur pellicules et encore plus rarement avec réussite visuelle. C’est ici le cas et nous passerions volontiers plus de temps sur ce ponton brumeux dont pourraient sortir les pirates fantômes du Fog de Carpenter. Jack Sparrow en chierait une tonne dans son froc! Mais le film n’a pas qu’un joli bateau dans ses atouts, il possède également un hangar du plus bel effet. Une scène assez courte mais marquante, la jeune blonde tentant de s’échapper de l’emprise de son geôlier, se retrouvant dans des couloirs pour le moins étranges, rappelant un peu les catacombes du Fantôme de l’Opéra version Lon Chaney. Une preuve supplémentaire que le plus grand talent de de Ossorio était surtout sa capacité à mettre en valeur des décors insolites, créant par la même occasion un monde à part.

 

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Pour le reste, avouons que nous sommes en terrain connu, toute personne ayant vu le premier film sachant peu ou prou comment se déroulera celui-ci, la seule réelle nouveauté étant le coté marin. Ce qui ne signifie pas que l’amateur s’ennuiera, au contraire ! Il y a fort à parier qu’il sera bien heureux de retrouver tout ce qui fit le charme du premier volet et se sentira comme assis dans un fauteuil douillet. Pas de grandes surprises à l’horizon, mais la sensation que l’on va nous servir ce pour quoi nous sommes venus, ni plus ni moins. De Ossorio se démène d’ailleurs pour donner à son film une atmosphère diabolique, renouant encore une fois avec l’original. Via une tête de Belzébuth gardant un trésor, notamment, mais aussi parce que les Templiers restent toujours terriblement « evil », leur lenteur n’ayant d’égal que leur cruauté, que nous pourrons admirer lors d’une longue scène dans laquelle ils tuent une jeune fille. Un calvaire qui semble sans fin, la pauvre demoiselle tentant de s’échapper par tous les moyens avant d’être rattrapée au dernier moment, finissant découpée en morceaux et mangée par les moines infernaux. Sort peu enviable également pour son amie, qui se retrouve suspendue à un balcon, les Templiers au-dessus d’elle, tendant les bras pour la capturer. Le Monde des Morts-Vivants ne manque donc pas d’images marquantes et se termine même sur une plage, foulée des pieds putréfiés des Templiers, qui sortent de l’eau, la horde se reconstituant sur le sable, prête à frapper de plus belle. Exquis !

 

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Tout n’est pas rose pour autant et le film a un défaut gênant lors de sa première partie: il est trop bavard. On doit effectivement subir quelques tunnels de dialogues peu passionnants au sujet de l’agence de pub et qui retardent pas mal l’arrivée des Templiers, qui se font un peu désirer. Heureusement, les personnages sont tous assez antipathiques et prêts à se tirer dans les pattes sans plus d’émotion que cela. Ils ne se blairent pas, vont se trahir les uns les autres et cela permet donc de faire un peu le show en attendant que les barbus encapuchonnés se réveillent. Notons d’ailleurs la présence Jack Taylor, une personnalité du bis espagnol, qui tourna dans de nombreuses bandes de l’époque comme Les Nuits de Dracula de Jess Franco (qu’il retrouvera régulièrement), des Paul Naschy (La Venganza de la momia) et, dans les années 80, le slasher Le Sadique à la Tronçonneuse. Une victime de choix pour nos amis les Templiers qui trouvent ici un troisième opus de qualité, pas aussi réussi que le premier mais meilleur que le second. Autant dire que c’est un très bon film bis, qui devrait vous permettre de passer une agréable traversée dans le brouillard. Décidément, on ne se lasse pas de ces chevaliers zombies, toujours aussi séduisants même lorsqu’ils n’ont pas leurs montures…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Amando de Ossorio
  • Scénarisation: Amando de Ossorio
  • Production: J.L. Bermudez de Castro
  • Titres: El Bulque Maldito (Esp), The Ghost Galleon (USA)
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Jack Taylor, Maria Perschy, Manuel de Blas
  • Année: 1974

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