Le Continent des Hommes-Poissons

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Le beau temps revient et vous avez envie de vous baignez, d’aller à la plage, mater les bikinis et manger de la glace. C’est bien légitime. Mais faites gaffe lors de la baignade, vous risqueriez de vous faire croquer les doigts de pieds… Non pas par des requins ou piranhas, ni même par un orque déchainé, mais bel et bien par des hommes-poissons!

 

Sergio Martino fonctionnerait-il par cycles? Car après avoir fourni de nombreux gialli (Torso, La Queue du Scorpion,…) il semble avoir été touché par des envies plus exotiques comme en attestent Le Grand Alligator, La Montagne du Dieu Cannibale et donc ce Continent des Hommes-poissons. Pas forcément le film le plus connu de son auteur mais un petit classique du cinéma bis tout de même, qui doit sa renommée à deux éléments: une maquette assez loupée de l’Atlantide et les costumes des fameux hommes-poissons, suffisamment rigolos pour en faire de petites icones du genre (mais vraiment petites, hein). Bref, si l’on s’arrête à ça, cette petite péloche n’est qu’un petit bis sans grande envergure, le genre à subir les sourires en coin de quelques spectateurs qui n’iront pas jusqu’à voir en lui un nanar pur et dur mais ne vont certainement pas louer ses qualités intrinsèques non plus. Nos hommes-poissons ne reçoivent donc pas des tonnes de lettres d’admiratrices et l’on a tendance à considérer leur aventure comme l’un des films les moins réussis d’un Sergio Martino qui, comme la plupart de ses confrères, s’enfonce de plus en plus dans la série B décomplexée et un peu débile (et ce n’est pas péjoratif, c’est même un compliment), laissant derrière lui ses très recommandables gialli, abandonnant donc la respectabilité pour une tendance bis qui ne se dément jamais. Les gants de cuir et les intrigues aux tendances psychologiques vont sur le banc de touche, le terrain étant envahi par les requins en carton, les gladiateurs du futur et autres cannibales affamés. Désormais, plutôt que d’entretenir le genre qui participa grandement à leur renommée, les italiens s’évertueront à copier les succès américains, et l’on peut imaginer que cette soudaine incursion dans la mythologie des Atlantes part de l’intention de surfer sur le croquant succès de Steven Spielberg. Mais contrairement à un La Mort au Large qui se contente de poser le coude sur la photocopieuse, Martino s’éloigne tellement du modèle à reproduire que son Continent des Hommes-poissons ressemble finalement plus aux films d’aventure des années 60. Ce qui joue plutôt en sa faveur…

 

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Le film commence avec un bateau à bord duquel se trouvent un médecin et des bagnards, visiblement rescapé d’une terrible tempête. Mais à peine sortis d’une emmerde qu’une nouvelle leur tombe sur le coin de la gueule puisqu’ils échouent sur une île bourrée de monstres aquatiques, les hommes-poissons (vous vous en doutiez vu que le titre du film n’est pas Le Continent des Hommes-godasses, auquel cas de monstrueuses fripouilles étrangleraient leurs victimes avec des lacets). Le médecin se réveille seul sur une magnifique plage, retrouve ses compagnons dans une jolie plaine et tous s’engouffrent dans une forêt blindée de pièges dignes d’un film avec Indiana Jones (fosse avec des pieux, massue qui tombe des arbres, la totale quoi). Ce qui marque d’emblée, c’est que les décors sont franchement beaux. Pour une fois, les italiens semblent avoir mis les petits plats dans les grands puisque le film a été tourné sur une vraie île et non dans un bosquet à coté de Rome comme c’était le cas dans Virus Cannibale et quelques autres, qui semblaient tourner autour des trois seuls buissons mis à leur disposition, sans pouvoir se retourner au risque de tomber sur un parking jonché de canettes de bières. Bon, il y a un monde entre Sergio Martino et Bruno Mattei, je sais, mais quand on est habitué au bis italien cela fait toujours une bonne surprise de voir des décors qui en jettent un minimum et ne donnent pas l’impression d’avoir été tournés au fin fond du jardin du réalisateur. Sans doute bien conscient qu’il a devant lui ce que Mère Nature a de plus beau à offrir, Sergio prend son temps et fait glisser sa caméra le long de ces paysages enchanteur, les quinze premières minutes s’apparentant à la découverte des lieux. Assurément le meilleur moment du film, la solitude se joignant à l’incertitude de ce qui attend les protagonistes. Ca part donc plutôt bien, ce Continent…, quand bien même il faut reconnaître que certains risquent de bailler, tout le monde n’appréciant pas les placements de décors de vingt minutes.

 

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Nos bagnards continuent leur route, menés par le doc’ interprété par Claudio Cassinelli, récurent du bis vu dans Murderock de Fulci et dans plusieurs autres Martino, décédé à l’âge de 46 ans dans un crash d’hélicoptère alors qu’il tournait justement pour lui… Ils finissent par tomber sur un village vaudou, bourré de tombes vides qui ne rassurent personne. Le film semble ne pas se refuser grand-chose car mixer hommes-poissons et vaudou est assez étonnant et témoigne d’une volonté de bouffer à tous les râteliers qui, là encore, risque d’en gêner plus d’un. Les bisseux amateurs de cinéma italien seront quant à eux bien heureux d’avoir une sorte de synthèse du genre, le grand écart entre deux ou trois mythes ne gênant jamais le bouffeur de bandes, aptes par nature à mélanger les sauces. Mais reprenons l’histoire, d’autant qu’arrivent quelques têtes connues, comme Barbara Bach, James Bond-girl et petite starlette du bis (L’Humanoïde d’Aldo Lado, par exemple) et l’anglais Richard Johnson (L’enfer des zombies, Le club des monstres), qui habitent les lieux, se servant des haïtiens vaudou comme servants. Et c’est là que le film va s’enliser pour quelques temps. Désireux de jouer sur le suspense et les nombreux mystères entourant l’île, Martino ne se pressant toujours pas, à un point qu’il ne se passe pas grand-chose pendant une bonne vingtaine de minutes. Oh, nos hommes-poissons s’octroient bien une ou deux attaques, mais disons-le tout de suite, elles ne sont pas particulièrement mémorables. Si Sergio Martino les filme bien (et le film est d’ailleurs bien réalisé, doté d’une belle photographie), elles manquent tout de même de punch. Les bestioles griffent et emportent leurs proies dans la flotte mais leurs actes les plus sanglants restent invisibles (elles semblent avoir déchiquetés un pauvre type mais ça, on ne le voit pas). C’est là que se pose le problème d’identité du film, qui semble hésiter constamment entre l’horreur et l’aventure. Ou plutôt il tente d’attirer les fans du premier cité dans une histoire typique du second, à grand renfort de Barbara Bach et d’affiche (au demeurant magnifique) mettant en avant les fameuses sardines tueuses. Mais les goreux n’auront rien à se mettre sur la dent, malheureusement pour eux, mais aussi pour le film qui aurait sans doute gagné un peu d’intensité en faisant couler un peu plus le liquide rouge que nous aimons tant voir (tant que ce n’est pas le nôtre).

 

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Fort heureusement, les trente dernières minutes remontent le niveau. Résolvant tous les mystères dans lesquels nous pataugions jusque-là, le film reprend du rythme. Découverte d’un savant fou qui veut transformer un homme en poisson, vue de l’Atlantide (genre construction Lego), volcan qui se met en éruption, recherche de trésors, machinations diverses et variées, on n’a pas le temps de s’emmerder. Il y a tellement de rebondissements en peu de temps que cela prête à sourire et on se demande pourquoi Martino n’a pas placé quelques unes de ces scènes plus tôt dans l’intrigue, ce qui aurait un peu dynamisé quelques creux scénaristiques. Tout cela est en tout cas l’occasion de voir des jolies grottes et un mécanisme pour faire marcher un ascenseur aquatique. Si la cabine en question fait très datée, les rouages, énormes, sont encore une fois assez bien branlés pour une production italienne de l’époque. En plus, elle est assez généreuse lorsqu’il s’agit de montrer ses hommes-poissons. On pourrait penser que, comme souvent, nous n’en verrons qu’une nageoire ou une griffe qui passe furtivement devant l’écran, mais non, les bestioles sont bien présentes et en nombre assez conséquent. Elles prêtent certes un peu à rire (et rappelle clairement les Mermans de Castlevania, ce qui est plutôt un bon point) mais sont au final assez attachantes dans leur coté old-school. Et puis on peut avoir une pensée émue pour les gars qui devaient nager avec ça sur la tronche et ne devaient sans doute pas y voir grand-chose… Certains les trouveront ridicules et considéreront qu’ils foutent en l’air un film déjà pas extraordinaire. C’est un point de vue. Dans la crypte, on a tendance à se réjouir du choix que fait Martino, assumant pleinement le concept d’hommes-poissons, tombant dans un cliché finalement fort réjouissant et que l’on ne voit pas aussi souvent que cela au cinéma, ce qui est bien dommage puisque les Mermans c’est plutôt sympas (on oubliera tout de même celui d’Hypotermia, quelque part entre la combinaison SM et le martien).

 

fishmen1L’une des créatures de Chris Wallace pour la version Corman. On notera un coté Créature du Lac Noir…

 

Si le film ne ravira pas les fans de films d’horreur les plus viandards, il se trouve être une bien sympathique péloche d’aventure. Ca ne révolutionne rien, ça picore à droite à gauche au point d’être un brin fourre-tout, mais ça fonctionne et dépayse. Même si je risque de m’y faire becter, j’irais bien prendre quelques vacances sur Le Continent des Hommes-poissons, un film perfectible, un brin naïf, mais que je n’aurais aucun problème à visionner à nouveau, là, maintenant, tout de suite. Roger Corman pourrait visiblement partir en vacances avec moi sur la fameuse île puisqu’il acheta les droits pour distribuer le film aux USA. Mais trouvant le film trop sage, il commanda à Chris Walas (futur grand des effets spéciaux, qui bossera sur La Mouche de Cronenberg et réalisera sa suite) de nouvelles scènes, plus gores, histoire de faire passer le tout pour un slasher. Walas crée de nouveaux monstres, de nouveaux acteurs sont choisis (Mel Ferrer, vu dans Le Crocodile de la Mort de Tobe Hooper), quand bien même tout cela ne colle en rien au film original. Ressortant le film sous la traduction Island of the Fishmen, Corman n’obtient pas le succès escompté, même avec ces nouvelles scènes gores. Mais pas du genre à abandonner, il demande au journaliste du magasine Fangoria Jim Wynorski (réalisateur bien connu de la série B et Z, style Chopping Mall, Raptor ou Dinocroc vs Supergator) de réaliser une séquence inédite pour la mettre dans une nouvelle bande-annonce. Il crée alors une séquence dans laquelle un type s’arrache la peau avant d’attaquer une jeune fille, s’autorisant un retitrage puisque le film s’appellera désormais Screamers. Mais voilà, si cette nouvelle bande-annonce attire le public, il ressort déçu des cinémas puisque la fameuse scène promise dans le trailer ne s’y trouve tout simplement pas! Corman reprend donc les copies et place la scène tant bien que mal, celle-ci ne se mariant guère avec le film de Sergio Martino, qui n’en demandait pas tant… Notez que celui qui tourmenta la belle Edwige Fenech plus que de raison reviendra sur son île dans le téléfilm La Reine des Hommes-poissons, preuve qu’il était séduit par nos faces de saumons…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Sergio Martino
  • Scénario: Sergio Donati, Sergio et Luciano Martino, Cesare Frugoni
  • Titres: L’isola degli uomini pesce (Italie)
  • Production: Medusa Produzione
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Barbara Bach, Richard Johnson, Claudio Cassinelli
  • Année: 1979

2 comments to Le Continent des Hommes-Poissons

  • Roggy  says:

    Merci pour ton billet bourré d’infos indispensables sur ce bis italien qui plagie « la créature du lac noir ».

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