Dinocroc

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Vous aimez les crocodiles ? Et les dinosaures ? Oui ? Et bien Roger Corman a pensé à vous les enfants, couplant le fossile au sac-à-main pour les besoins de sa petite série B/Z de 2004, une année de repos puisqu’il ne produira que deux films. De là à dire que Dinocroc a bénéficié de plus de soins

 

88 ans, voilà l’âge vénérable que Roger Corman vient d’atteindre, le pape de la série B restant souriant et alerte malgré les âges, ne perdant jamais son sens des affaires, que l’on pourrait résumer à « moins cher coute le film, plus facilement il sera rentabilisé ». Celui qui se vantait de n’avoir jamais perdu un dollar de toute sa vie de producteur (mais peut-il toujours en dire autant ?) ne semble jamais s’arrêter, pouvant aller jusqu’à produire quinze films en seulement douze mois. Des œuvres mineures, voire oubliées deux jours après leur sortie, mais qui n’ont qu’un but: se payer une petite part du gâteau lorsqu’ils débarquent sur le marché de la vidéo ou de la VOD. Le cinéma, c’est une lointaine affaire pour Corman, une histoire qui remonte aux années 70, le roi du petit budget préférant par la suite se concentrer sur la VHS, puis le DVD, quand ce n’est pas la télévision. Car c’est là que sévit le Roger depuis une bonne dizaine d’années, envoyant sur Syfy ses hordes d’animaux géants et menaçants, genre Dinoshark, Piranhaconda ou Scorpius Gigantus, qu’il fait parfois se battre entre eux, comme pour Sharktopus vs Mermantula (à venir, celui-là) ou Dinocroc vs Supergator. Nous sommes donc bien loin de la classe des adaptations de Poe avec Vincent Price, ici jetées aux orties pour se concentrer sur des divertissements plus directs, produits à la chaine et qui n’ont que deux buts: détendre et rapporter de l’argent. Dinocroc, sorti en 2004 (et en 2006 chez nous, par ailleurs proposé en DVD avec le Mad Movies à l’époque) est de cette catégorie, coincé entre le téléfilm et la série B moderne (les deux ont tendance à fusionner depuis quelques années), et mettant lui aussi en scène une grosse bestiole affamée. Un genre que Corman connaît sur le bout des doigts, lui qui surfa déjà sur la vague lancée par Jurassic Park en démoulant ses relativement célèbres Carnosaur et autres Raptor.

 

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L’histoire de Dinocroc, vous la connaissez déjà pour l’avoir vue des centaines de fois dans des centaines d’autres films du genre. Des scientifiques découvrent un fossile de dinosaure, ce qu’ils trouvent cool mais pas encore assez pour danser dans leur labo, du coup ils décident de créer une super espèce en mélangeant l’ADN de leur dino à celle d’un crocodile. En résulte donc le Dinocroc (jamais appelé ainsi dans le film, sans doute car ça fait trop marque de biscuits), une bête qui devient très vite énorme et parvient même à s’échapper de sa cage, trouvant refuge dans les environs d’un lac touristique. Bien entendu, notre affamé reptile va jouer de la canine sur les campeurs et nageurs du coin, ce qui va ennuyer les autorités, qui vont faire appel à un cousin de Crocodile Dundee, un chasseur de reptiles australien qui est habitué à capturer les gros monstres du genre. Le voilà donc flanqué d’un sheriff et de sa fille qui s’occupe des chiens perdus et d’un artiste comme équipiers, la jolie bande se lançant aux troupes du Dinocroc. Vous avez donc ici le script d’à peu près 90% des productions du style « grosse bébête en vadrouille », Corman ne se foulant pas plus que ça, bien conscient que tout ce qu’il lui faut, c’est un titre qui claque et une jolie pochette, la promotion étant souvent plus importante que le film lorsque l’on parle de petites séries B à la durée de vie limitée. Donc le scénario (notez qu’ils se sont tout de même mis à trois pour pondre un truc pareil, qui devrait demander environ une après-midi à un scénariste débutant vu sa teneur), on s’en fout un peu. D’ailleurs, l’Histoire, avec un grand H, aura donné raison à Corman puisque Dinocroc fera de très bons résultats lors de sa diffusion sur Sci Fi Channel en 2004. Ce qui n’est pas forcément une preuve de quelque grande qualité que ce soit puisque la plupart des productions du genre fonctionnent bien lors de leur diffusion télévisée, comme le prouvent les Ghost Shark et consorts qui sont diffusés chaque semaine.

 

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On ne va d’ailleurs pas se le cacher: on ne regarde pas un film comme Dinocroc en s’attendant à voir le nouveau Shining. Non, c’est le genre de film qu’on s’envoie dans la rétine lorsqu’on est un peu claqué et qu’on ne veut pas trop cogiter, que l’on peut quitter deux minutes pour aller sortir sa pizza du four sans avoir l’impression de manquer quoique ce soit. Dinocroc, c’est exactement ça. Vous pouvez fermer les yeux, vous bouchez les oreilles, tant que le croco n’est pas à l’écran vous ne raterez rien de particulièrement intéressant. Remarquez, les scènes du monstre ne sont pas non plus des plus passionnantes, la faute d’une part à un manque d’inventivité (vous ne verrez ici aucune scène un tantinet originale), d’une autre à des effets spéciaux tout de même forts laids. On ne s’attend bien évidemment pas à voir des dinosaures capables de rivaliser avec ceux de Steven Spielberg et il suffit de voir la bouillie numérique qu’est un Lake Placid 3, sorti six années après Dinocroc et des fours d’un plus gros studio (Sony, c’est quand même autre-chose que chez Corman niveau moyens) pour se douter que ce n’est pas la petite production Corman qui va révolutionner le monde des effets spéciaux. Le Dinocroc est donc assez laid, ressemblant aux immondes dragons visibles dans le nanar de luxe Donjons et Dragons. Ce qui n’est pas un hasard puisque Dinocroc est réalisé par Kevin O’Neill, spécialiste des effets pas beaux, qui s’était justement occupé de ceux de la fantaisie ratée avec Jeremy Irons. Si le gaillard a participé à quelques films prestigieux comme le Dracula de Coppola, c’était généralement pour des effets additionnels, qu’on remarque peu, O’Neill étant spécialisé dans les effets de séries B comme Feast ou les Pulse et c’est également lui qui s’occupera des poissons du Piranha 3D d’Aja (vous savez donc qui blâmer pour ces poiscailles ratés). On ne peut pas dire que son travail soit particulièrement soigné et cela ne s’arrange pas lorsqu’il prend la caméra et la casquette de réalisateur, sa réalisation étant des plus classiques et son monstre peu réussi.

 

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Du coup, si même le monstre est raté, on peut fort logiquement en déduire que le film n’a absolument aucun intérêt, non ? Et bien, pas forcément. Certes, Dinocroc ne pourra jamais prétendre être un bon film. Il ne pourra pas non plus jouer la carte du nanar, car il n’est pas assez mauvais pour prétendre au statut de mauvais film sympatoche: les acteurs ne sont pas terribles mais pas non plus atrocement nuls (notez la présence de Charles Napier en sheriff), le film a une photographie anodine mais un minimum soignée et ne faisant pas trop cheap, les personnages sont des stéréotypes mais restent tout de même assez sympathiques,… Le crocrosaure navigue donc dans des eaux médiocres mais potables et peut en tout cas se vanter d’avoir une ambiance très typée années 80, ce qui est toujours un plus. On doit également reconnaître une volonté de surprendre le spectateur lorsque le petit garçon du film se fait becter par le monstre, le seul meurtre vraiment gore du récit, et aussi la seule scène à vraiment valoir le coup d’œil. Une séquence surprenante, qui a le mérite d’éveiller un peu l’intérêt (même si on a la sensation que le frère du gosse n’est triste que cinq minutes de la mort de son frangin) et qui fut par ailleurs censurée à la TV et seulement visible lors de la sortie en DVD. Pas de quoi changer le plomb en or, ni même en bronze, mais cela fait toujours un point positif à mettre à l’actif de cette petite production qui ne sombre jamais mais ne sort jamais vraiment la tête de l’eau non plus.

 

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Le plus triste pour Dinocroc c’est que si ce film était sorti en 1987, il serait sans doute plus sympathique, car l’époque lui aurait offert un Dinocroc qui aurait sonné plus réel. Difficile de prendre au sérieux cette bestiole qui pue le pixel à plein nez et nous rappelle les grandes heures de la Sega Saturn. C’est d’ailleurs le gros problème de tous ces DTV/Téléfilms qui nous envahissent depuis quelques années, bien conscients que l’affiche et la débilité du projet suffira à attirer le chaland avide de nanars ce qui ne les force pas à pondre des effets un minimum travaillés. Mais dans le lot, Dinocroc n’est certainement pas le pire et s’il n’arrive clairement pas à la cheville des productions Corman des années 70 et 80 (pour rester dans sa période « exploitation »), il reste regardable, bien que hautement oubliable. Corman tentera de vendre une suite à Sci Fi Channel, qui n’en voudra pas malgré les bons résultats du premier, car selon eux les suites ne marchent pas si bien. Malin, Corman se contentera de retitrer son Dinocroc 2, qui deviendra Supergator. Les deux bestioles finiront par se mettre sur la gueules quelques années plus tard dans Dinocroc vs Supergator, réalisé par ce bon vieux Jim Wynorski, qui fit par ailleurs les beaux jours des productions Corman des années 80 avec quelques copieuses séries B comme Deathstalker 2 ou Chopping Mall (en fait produit par la femme de Corman). Alors c’est sûr, on peut se dire fort légitimement que c’était mieux avant, car c’était vraiment le cas et les séries B des années 80 avaient beaucoup plus de charme que les téléfilms actuels, mais au moins Roger Corman est toujours là et continue à faire ce qu’il a toujours fait, ce qui nous rassure un peu dans ce monde géré par de gros studios barbares. Décidément, on n’est pas pressés que le pape de la série B devienne le saint de la série B…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Kevin O’Neill
  • Scénarisation: Dan Acre, Frances Doel, John Huckert
  • Production: Roger Corman
  • Pays: USA
  • Acteurs: Charles Napier, Costas Mandylor, Jane Longenecker, Matt Borlenghi
  • Année: 2004

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