Carnage

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Ah, les frères Weinstein… Tous les cinéphiles qui les connaissent les détestent. Il faut dire qu’en remontant ou réécrivant des films jusqu’à l’absurde, ils ont tôt fait de s’attirer les foudres des réalisateurs ayant travaillés avec eux et le courroux des fans de ces derniers. Parviendront-ils à se faire pardonner avec Carnage, le slasher qui leur mit le pied à l’étrier ? Possible…

 

Ce ne sont pas toujours les grands films, les classiques, dans lesquels on trouve les grands de demain. C’est bien connu, la série B est parfaite pour débuter et Carnage (The Burning en VO) le prouve encore une fois puisqu’il réunit quelques jeunots qui feront carrière. Niveau comédiens, on peut citer Holly Hunter (dans un petit rôle, cependant) ou encore Jason Alexander, le chauve rondouillet de la série Seinfeld. Mais c’est surtout l’équipe tenant les rênes dans les coulisses qui nous intéresse puisqu’elle contient le légendaire Tom Savini aux effets gores et maquillages, l’alors débutant Jack Sholder au montage (il réalisera par la suite Dément, La Revanche de Freddy et Hidden) et, surtout, les frères Weinstein a la production et au scénario. Carnage est effectivement leur billet d’entrée dans le cinéma d’horreur, leur studio s’étant jusqu’alors principalement occupé de documentaires musicaux ou de concerts, de Genesis par exemple. La suite, on la connaît, Bob et Harvey Weinstein deviendront des producteurs influents, aidant à la découverte de Kevin Smith et Quentin Tarantino et relançant le slasher au milieu des années 90 avec les Scream, leur plus gros succès horrifique, qui fait oublier qu’on leur doit également Une Nuit en Enfer, Mimic et une pléthore de séries B, voire Z, qu’ils sortent sous leur label Dimension Films, studio spécialisé dans les suites au rabais produites pour ramasser de l’argent facilement et rapidement, fric qui sera réinjecté dans Miramax, le studio « respectable » des frangins. L’ennui, c’est que les trois quarts des films qui sortent de Dimension Films sont d’horribles navets qui, bien souvent, détruisent des franchises pourtant promises à un bel avenir comme Hellraiser, qu’ils semblent enterrer plus profondément à chaque nouvel opus. Pas franchement des amoureux du travail bien fait, qui prennent le genre de haut et sous son seul intérêt financier. Ils se permettent même de remonter, couper et modifier les scripts de leurs poulains, le cas Cursed de Wes Craven étant le parfait exemple des pratiques du studio.

 

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S’ils ont offert une cure de jouvence au slasher avec Scream, les Weinstein avaient pourtant participé à la popularisation du style dès le début des années 80 en sortant Carnage en 1981, pile poil pour profiter du succès de Vendredi 13. C’est d’ailleurs le film de Sean S. Cunningham qui servira ici de modèle scénaristique, la structure des deux films étant assez similaire (légende urbaine qui se réalise), tout comme le cadre (un camp de vacances). Ce The Burning est donc un slasher typique, qui ne se distingue pas particulièrement de ses petits copains et n’en a d’ailleurs pas vraiment l’intention. Le but des Weinstein était clairement de balancer leur planche de surf sur la vague sanglante qui emportait tout sur son passage depuis la sortie d’Halloween. Les deux frères élaborent donc un scénario qui pourrait être celui de n’importe quel film de psychokiller, qui débute par une mauvaise blague. Celle que font quelques gosses en camp de vacances à leur surveillant, le brutal et alcoolique Cropsy, qui prend plaisir à les rouer de coup lorsque l’occasion se présente. Excédés, les gamins décident donc de se venger en lui foutant la frousse de sa vie, déposant un crâne dans lequel ils ont placé des bougies sur son lit. Une vanne qui fait tellement son effet que Cropsy panique et fait tomber l’objet sur ses draps, qui prennent feu en même temps que lui. Miraculé, l’homme s’en sort totalement défiguré, les médecins eux-mêmes ayant du mal à le regarder en face. N’ayant visiblement plus rien à perdre, le grand-père de Freddy Krueger se lance dans un été meurtrier, retournant sur les lieux quelques années plus tard pour éradiquer de la marmaille à coup de sécateur…

 

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Ce n’est donc pas l’originalité qui sera la plus grande qualité du film de Tony Maylam (qui n’a pas fait grand-chose de très intéressant depuis, citons juste Split Second avec Rutger Hauer) mais, après tout, le spectateur qui se lance dans un slasher sait également à quelle sauce il va être mangé. Au diable l’audace tant que le sang coule à flot ! Et avec Tom Savini aux commandes des effets, on sait d’emblée que nous aurons quelques jolis meurtres à nous coller sous les paupières. Le populaire moustachu a d’ailleurs tourné le dos à la saga des Vendredi 13 (dont il assurait les effets spéciaux sur le premier) pour se consacrer à Carnage, selon lui nettement plus amusant à faire que Le Tueur du Vendredi qui le laissait perplexe quant au retour de Jason en tant que tueur. L’homme quitte donc une forêt pour une autre et doit inventer des meurtres au sécateur, la principale arme de Cropsy, dont il réalise également le maquillage en un temps très court (trois jours), ce qui explique que plus que brulé, le visage de l’assassin semble surtout avoir fondu. Pas grave, cela fait son effet aussi ! Et niveau meurtre, Savini permet au film de mieux porter son nom français que son original puisque dans le genre sanglant, le film se pose là. Ciseaux dans le bide, sécateurs dans la gorge, puis dans le torse, sans oublier le célèbre plan des doigts coupés, Carnage ne ment pas sur la marchandise et balance une bonne dose d’hémoglobine. Sans surprise, le film se fera censuré ici et là, et deviendra même un Video Nasty, l’honneur suprême qui lui assure d’entrer dans la légende, marquant à vie un certain Christopher Smith (Creep, Severance) qui s’amusait à regarder la VHS et fut bien déçu lorsqu’il apprit que celle-ci était amputée de neuf secondes, forcément importantes puisqu’elles allongeaient le premier meurtre et le massacre du radeau, moment culte du film puisque ce fourbe de Cropsy se planque dans une barque pour en sortir comme un diable de sa boîte et laminer cinq ou six adolescents dans un déluge de sang. Effet garanti!

 

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Le problème d’une pareille séquence c’est qu’aussi jouissive soit-elle, elle ampute également la moitié du casting d’un coup. Car si The Burning a un assez beau bodycount (une dizaine de victimes), la moitié se déroule effectivement sur ce radeau, ce qui ne constitue que quelques secondes dans un film qui dure 80 minutes. C’est le principal reproche que je ferai au film, il grille toute ses cartouches d’un coup et a donc du mal à tenir sur la longueur, comme beaucoup de slashers. D’ailleurs, comme une majorité de ses camarades de classe, Carnage prend son temps, car si le premier meurtre survient dans les quinze premières minutes, il faut attendre une bonne demi-heure pour que la deuxième victime tombe sous les coups de sécateur. Ce qui peut sembler long pour l’amateur de viande saignante mais, par chance, le film dispose de personnages un peu plus amusants que la moyenne. Pas forcément plus intéressants, ils sont tous plus ou moins anonymes, mais les acteurs sont plutôt bons, les situations crédibles et le tout devient donc assez naturel. On ne s’ennuie pas en voyant cette bande de gosses qui, pour une fois, ont vraiment l’air d’avoir leur âge (à une ou deux exceptions près) et nous épargnent les « ados » de trente ans qu’on croise trop souvent dans le genre. Certains personnages sont même assez sympathiques, comme la tête de turc qui se fait maltraiter par la brute de service, ce dernier n’étant même pas détestable tant ses réactions sont amusantes. Ils ne sont pas agaçants pour un sou, sont des gosses normaux qui veulent s’amuser, quand bien même certains tombent dans le cliché des jeunes baiseurs, passage obligatoire pour proposer du nichon au chaland. Qu’il soit rassuré, il en aura en suffisance.

 

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La poursuite finale est également bien menée puisque se déroulant dans des ruines à la géographie labyrinthique, ce qui d’une part est joli et d’une autre permet de nous changer un peu des bois. Quant au climax, il se déroule dans une ancienne mine et met la pression sans problème, Cropsy déboulant avec un lance-flamme, sa silhouette faisant des ravages sur nos nerfs. Il faut d’ailleurs louer le personnage, souvent furtif, dont le visage n’est révélé que lors des dernières minutes du film et qui jusque-là se trimbale en veste et chapeau noirs, tel un tueur de giallo. Il peut sans problème entrer au panthéon des meilleurs tueurs du style, tout comme Carnage peut se vanter d’être l’un des meilleurs slashers disponibles sur le marché. Enfin, pas sur le nôtre puisque, sans trop que l’on sache pourquoi, le film n’est jamais sorti en DVD dans nos contrées alors qu’il a droit à plusieurs éditions un peu partout dans le monde. Injuste pour cette jolie série B, aussi mémorable que sa bande-son, faite de sons stridents qui feront leur effet sur vos échines. Très clairement un slasher qui mériterait plus d’égards qu’il n’en a, surpassant sans difficulté la plupart des Vendredi 13 ou Halloween et venant se ranger tranquillement au premier rang avec d’autres bons élèves trop peu remarqués que sont Bloody Bird ou Massacre dans le Train Fantôme.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tony Maylam
  • Scénarisation: Bob Weinstein, Peter Lawrence
  • Production: Harvey Weinstein
  • Titres: The Burning (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Lou David, Brian Matthews, Leah Ayres, Brian Backer
  • Année: 1981

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