Le Cerveau de la Famille

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Le cinéma horrifique des années 90 était clairement dirigé par le néo-slasher ou les thrillers vaguement réalistes et les pauvres monstres et autres créatures en latex devaient désormais se contenter de la série Z, ce monde en marge de la société, devenu leur seul refuge. Et le maître des lieux était Charles Band, qui réalisa ce Le Cerveau de la Famille qui n’a pas de quoi lui donner la grosse tête…

 

Il est parfois nécessaire de le rappeler: Charles Band est un mec bien. On peut prendre la chose par le bout qu’on veut, il faut se rendre à l’évidence, le genre serait moins fun s’il n’était pas entré dans la course durant les années 80. En fondant la société Empire, il déversera sur le monde une pluie de VHS bourrées de monstres en latex et de jeunes filles dénudées et lancera quelques réalisateurs qui amèneront leur patte dans le cinéma horrifique. Des Stuart Gordon, Renny Harlin, David Schmoeller, David DeCoteau, Scott Spiegel et j’en passe. Pas tous des génies, bien entendu, et seule l’œuvre de Gordon peut se vanter d’être restée à un bon niveau de tout son long, mais il n’empêche que ces fiers soldats auront tous, sous le commandement de Band, participé à faire des années 80 un vrai vivier de monstres colorés et hilarants. Car sans Charles Band, pas de Re-Animator (même si, ironiquement, il n’a pas directement produit l’œuvre la plus connue sortie de sa société), de Puppet Master, de Ghoulies, de From Beyond, pour ne citer que les plus populaires. Mais à trop produire, on finit par sortir des films qui ne le méritent pas toujours et Band finit par s’emmêler dans les bandes magnétiques, finissant par devoir mettre la clé sous la porte, son Empire se cassant la gueule méchamment. Qui pour reprendre l’héritage créé dans les eighties ? Ne cherchez pas, il s’en charge lui-même ! Charles lance ainsi Full Moon qui a pour ambition établie de reprendre les choses là où Empire les a laissées, et cela fonctionne plutôt bien au début. Mais les choses changent et les budgets s’envolent peu à peu, tout comme les poulains de Band qui prennent leur retraite ou s’en vont tourner ailleurs, pour des studios moins étriqués. Band a donc besoin de quelqu’un sachant réaliser rapidement plusieurs films, histoire de rester bien présent sur le marché de la vidéo. C’est là encore vers sa propre personne qu’il va se diriger, Band producteur se dédoublant en Band réalisateur, une casquette qu’il avait déjà portée dans les années 70 et 80, pondant des titres comme Parasite, Trancers, L’Alchimiste ou The Dungeonmaster. Il s’y remet donc sérieusement pour les besoins de Full Moon, allant même jusqu’à réaliser trois films par année lorsqu’il le faut bien.

 

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C’est bien connu, si Empire était une vraie firme de série B, Full Moon tombe elle dans le Z pur et dur. Et l’on ne peut pas dire que la qualité soit au rendez-vous… Contrairement à un Lloyd Kaufman qui prend bien son temps pour nous proposer un nouveau film, histoire qu’il soit conforme à son idée et puisse nous en mettre plein la gueule, Charles Band ne semble jamais ralentir sa cadence et nous noie depuis des années dans ses Killjoy, Evil Bong ou Gingerdead Man, ses nouvelles franchises « à succès » (si l’on peut dire), toutes très mauvaises, tout en faisant perdurer quelques valeurs sûres comme les Puppet Master, qui perdent de leur force à chaque nouvel opus (et ils en sont actuellement au dixième !). Le gros problème de Band est donc qu’il préfère privilégier la quantité à la qualité et si son budget pourrait lui permettre de produire un ou deux bons films, il préfère le répartir dans cinq ou six qui seront si fauchés qu’ils n’ont rien à montrer… Une tendance qui est apparue à la moitié des années 90, soit après Castle Freak, réalisé par Stuart Gordon et peut-être le dernier film sympatoche de Full Moon, et juste avant Le Cerveau de la Famille, qui semble avoir été fait pour prouver au monde que désormais la société de la pleine lune ne valait plus un kopeck… Un film par ailleurs assez méconnu du catalogue de la firme, sans doute parce qu’il n’aura pas eu droit à des suites (ce qui est pourtant le cas de beaucoup de films frappés du sceau de Band), quand bien même son auteur avait pour plan de créer au moins une séquelle. Au vu du premier film, on le félicite d’avoir abandonné cette très mauvaise idée…

 

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Lance a les chocottes mais c’est un peu de sa faute ! En couchant avec Loretta, il risque effectivement de s’attirer les foudres de l’époux de cette dernière, le plutôt brutal Howard, un biker peu jovial. Sauf lorsqu’il se met à racketter ou faire chanter autrui, comme Lance, justement. Autant dire que ce dernier commence à en avoir marre et songe sérieusement à se débarrasser de cette copie au rabais des Hell’s Angels. Et comme tout vient à point à qui sait attendre, Lance assiste sans le vouloir au meurtre d’un automobiliste, une tuerie perpétrée par la fratrie des Stackpools, des quadruplés mutants aux talents variés. On a donc une brute épaisse à la force surhumaine, la séductrice, le gus aux sens surdéveloppés et, enfin, Myron, celui à l’intelligence si poussée qu’il en a développé un don de télépathe avec ses frères et sœurs. Mais le problème de ce dernier est qu’il n’est qu’une grosse tête, le reste de son corps étant minuscule, ce qui sera par ailleurs le seul investissement visible de Band sur le film, le reste n’ayant certainement pas couté un bras. En découvrant que les Stackpools tuent des gens et les lobotomisent, Lance a la brillante idée de les faire chanter, les obligeant à tuer Howard s’ils ne veulent pas qu’il aille tout révéler à la police. Les frères mutants obéissent mais cela ne suffit pas à Lance qui a là une bonne occasion de se faire de l’argent sans trop se fouler. Mais la hargne monte dans la grosse caboche de Myron, qui promet de se venger et de faire tomber ce petit con de Lance, devenu trop sûr de lui… Charles Band, également scénariste, nous balance donc dans une petite ville où les uns font chanter les autres, tentant d’installer une dynamique plus humoristique qu’horrifique. Car quand on n’a pas d’argent, mieux vaut en rire qu’en pleurer…

 

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Amateurs de nanars, je préfère vous prévenir d’emblée, ce n’est pas avec Le Cerveau de la Famille que vous vous offrirez votre petit fou rire du week-end. Nous sommes effectivement bien loin d’un film d’action philippin ou d’une bisserie réalisée par Claudio Fragasso, Charles Band n’entrant définitivement pas dans cette catégorie de réalisateurs. Car un nanar est, par définition, un mauvais film sympathique, ce qui rend bien entendu la classification des plus subjectives et que cela demande, là encore, que l’on définisse ce qui est sympathique de ce qui ne l’est pas. Un film comme Virus Cannibale l’est, par exemple, parce que même si c’est raté dans les grandes largeurs, Mattei avait au moins le mérite d’essayer de faire quelque-chose, était généreux et nous offrait du spectacle. Charles Band, lui, n’essaie même pas. Head of the Family est le film du renoncement. Quel autre mot choisir lorsqu’on est en face d’un film où il ne se passe strictement rien ? Car si vous espériez voir des meurtres ou quelque-chose de vaguement horrifique, même mal fait, pour rigoler, et bien vous l’avez bien profond car tout ce que Charles Band a filmé, c’est des tunnels de dialogues. Et pas des petits ! C’est bien simple, sur les 75 minutes que doivent durer le film, et qui par ailleurs nous donne la sensation d’être trois fois plus long, il doit y avoir cinq minutes d’action à tout casser, qui se résume à des coups de poing, trois coups de couteau et des gens qui baisent. Tout le reste n’est que bavardages, souvent inutiles, et pourparlers au sujet des différents chantages. Remarquez, vu les faibles capacités de Charles Band dans le domaine de la réalisation, n’avoir à filmer que des acteurs qui causent est parfait pour le bonhomme. Sa mise en scène se résume donc à du champ/contre-champ, de temps en temps un peu de contreplongée pour dire qu’on ne reste pas les mains dans les poches, mais guère plus. Pas la peine non plus de compter sur une esthétique, bien entendu absente, puisque le film ressemble à un épisode des Feux de l’amour. Même photographie inexistante, même jeu d’acteurs tous plus mauvais les uns que les autres (notez la présence, furtive, de Jame Earl Jones, dont on se demande ce qu’il fout là), même scénario indigent.

 

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On pourrait en rire si Charles Band n’avait pas décidé de se la jouer « nanar volontaire » en accentuant l’aspect comique du film, rendant tous ses personnages plus cons les uns que les autres et misant sur la musique décontractée composée par son frère Richard, qui par ailleurs ne se foule pas et nous chie un thème principal qui semble manger à tous les râteliers et ne ressemble plus à rien à force d’emprunts. Mais l’ennui c’est que ce n’est jamais drôle, les tentatives humoristiques se soldant toutes par de flamboyants échecs puisque Band n’a aucun sens du rythme, élément indispensable d’une comédie réussie. Quelques fois, sans doute par accident, quelques dialogues nous arrachent un sourire, surtout ceux du biker Howard qui est du genre à sortir une insanité toutes les trois secondes. Certaines finissent forcément par porter, on ne peut pas éviter toutes les gouttes d’une averse… Cet humour révèle également l’état d’esprit de Band qui, sans doute conscient que son film n’a rien à apporter dans le registre horrifique, essaie de le faire bifurquer dans le second degré. J’ai donc eu la même sensation que lors d’Hideous: si Charles Band se lance dans le nanar volontaire, cela semble surtout être parce qu’il se rend compte en cours de route qu’il est en train de produire un navet. Nous sommes donc devant un nanar faussement volontaire qui se trouve surtout être un vrai navet involontaire puisqu’on ne rit jamais, à aucun moment. Allez, sauvons tout de même ce court passage où la brute de service colle le personnage principal au mur, l’occasion pour le spectateur de se rendre compte que le mur en question est fait en carton et risque de s’effondrer au moindre coup de vent. Un coté Ed Wood donc, même si c’est faire trop d’honneur à Band…

 

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Comme je l’ai précisé plus haut, j’ai de l’affection pour Charles Band, qui aura toujours continué à sortir des films old-school, avec des monstres qui semblent sortir des années 80, ne cédant étrangement jamais aux tendances du moment. Il n’a jamais touché au found-footage, pas plus au torture-porn, ce qui est étonnant venant de sa part puisque, avant toute chose, il reste un homme d’affaire. Mais j’ai beau respecter le producteur et l’homme, il est bien difficile d’apprécier le réalisateur, un bien grand mot en ce qui le concerne, surtout lorsqu’on voit ce Le Cerveau de la famille qui n’a tout simplement rien à nous offrir, si ce n’est la plastique parfaite et naturelle de la bien jolie (mais très mauvaise actrice) Jacqueline Lovell qui, par chance, s’envoie en l’air durant la majeure partie du film. Ses jolis seins, qui font partie du seul plan sympa du film durant lequel la langue du monstre passe sur ses formes, sont donc le seul centre d’intérêt d’un film vide, bavard et emmerdant au possible. Le seul effroi que l’on peut relier à cette série Z paresseuse est celui qui nous assaille lorsque l’on pense que Band comptait faire une suite, Bride of the Head of the Family, annoncée en 2008 pour une sortie prévue pour 2009 mais qui n’a toujours pas été faite. Le projet semblait plutôt avancé puisque certaines photos nous prouvent que la fameuse fiancée (qui n’est, elle aussi, qu’une grosse tête avec des petits pieds et bras) avait été créée. On ne va pas forcément se plaindre de l’abandon de cette séquelle, même si mon coté maso me fait me demander si cela aurait donné de l’aussi mauvais que le premier épisode. Non, impossible…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Charles Band
  • Scénario: Benjamin Carr, Charles Band
  • Production: Full Moon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jacqueline Lovell, Blake Adams, Bob Schott
  • Année: 1996

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