Le Retour des Morts-Vivants

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Ils reviennent et ils ne sont pas contents ! Ils ont beau être aveugles, ne plus avoir de chair sur les os et des canassons en mauvais état, les Templiers n’abandonnent pas pour autant et son bien décidés à mener à bien leur mission: éradiquer tout un village de fêtards espagnols en une nuit.

 

Avec La Révolte des Morts-Vivants et les Templiers qui en sont les stars, Amando de Ossorio s’est trouvé son truc à lui, la petite originalité qui lui permettra de se faire un nom dans le petit monde du cinéma horrifique. Il est donc logique qu’il décide d’allonger les aventures de ses guerriers sataniques et zombifiés, pour notre plus grand plaisir.  Deux ans après le premier opus, sorti en 1971, débarque donc ce Le Retour des Morts-Vivants, qui n’est bien évidemment pas à confondre avec le film éponyme de Dan O’Bannon. Et comme tout bon film bis européen qui se respecte, il a plusieurs titres aux USA, tantôt Return of the Blind Dead, tantôt Return of the Evil Dead pour sa sortie DVD chez Blue Underground, qui propose par ailleurs toute la saga dans un très joli coffret en forme de cercueil, malheureusement zone 1 alors que de nombreuses galettes de chez eux sont all zone. Pas de bol. Vu la bonne tenue du premier, on est en droit de penser que la naissance de ce deuxième enfant s’est faite dans la joie et la bonne humeur, le chemin étant après tout déjà tracé, suffit de suivre la trainée de sang laissée par le grand frère. Que nenni! Ce El Ataque de los Muertos Sin Ojos (qui se traduit par « L’attaque des morts aveugles ») resta un mauvais souvenir pour de Ossorio, qui n’était déjà pas des plus optimistes sur sa carrière, reconnaissant une production difficile et lâchant même qu’il ne fut jamais payé pour cette suite. Et histoire de jeter de l’huile sur le feu, la bisserie en question fut charcutée dans certains pays, quelques minutes sautant ça et là, histoire de diminuer l’impact gore de l’œuvre et l’adapter au marché américain en anglicisant les noms, qui passent de Decosta à Howard, de Moncha à Monica.

 

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Si l’on met de coté ces petites contrariétés qui n’ont certainement pas aidé le réalisateur à retrouver le sourire et qui, finalement, ne concernent que les créateurs du film, le spectateur lui peut profiter d’un spectacle très proche du précédent film. La force créatrice du projet reste de Ossorio, toujours à la plume et derrière la caméra, et toujours secondé par Anton Garcia Gabril qui fournit peu ou prou le même score que sur le premier film, sans doute agrémenté d’une plage ou deux en plus mais rien qui ne se remarque particulièrement. Pas grave, la musique du premier film, plus un assortiment de sons psychédéliques et de cris de douleurs que des chansons à proprement parler, faisait son petit effet et il en sera de même ici. On fait même un peu de récup’ puisque certains plans sont repris de La Révolte, principalement le réveil des Templiers, qui sortent des mêmes tombes que deux ans auparavant. Il n’y a pas de petites économies et comme cette scène était réussie dans le premier, elle le sera aussi dans le deuxième ! Changement par contre sur la mythologie de nos morts aveugles, qui ne sont plus morts pour les mêmes raisons. Pendus et les yeux picorés par des oiseaux dans le premier, ils se mangent ici des torches en pleine face, ce qui leur épile les sourcils instantanément. Pas très contents, ils promettent de revenir, maudissant les villageois qui sont bien contents de se débarrasser de ces adorateurs de Satan qui étaient tout de même bien chiants à piquer leurs gonzesses et les sacrifier dans des ruines. Mais 500 années passent sans que rien n’arrivent, les tombes des Templiers restant closes, ce qui pousse les habitants de Bouzano (même village que dans le premier film donc, même si ça n’est pas évident à l’écran) à faire une petite fête. Mais je vous le donne en mille, c’est précisément ce soir-là qui voit les Templiers sortir de leur caveau pour se faire une petite virée en ville… The boys are back in town…

 

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C’est très probablement sans pression véritable que de Ossorio s’est lancé dans la suite de son classique puisque c’est avec le temps que La Révolte des Morts-Vivants a obtenu ses galons. Le but de l’entreprise était donc d’étendre le plaisir, de proposer une expérience similaire sans pour autant trop ressembler à la précédente aventure d’outre-tombe. L’action sera donc resserrée autour de la fameuse fête et d’une église, les principaux décors du film qui s’y déroulera à 95%, ce qui reste se répartissant dans la maison d’une infortunée qui sera attaquée par les Templiers et les ruines où ils reposent, les décombres étant malheureusement peu visibles alors qu’ils participaient grandement au charme du premier film. Non pas que le charmant village qui sera le terrain de jeu de nos vengeurs zombies manque d’atouts, il offre son lot de jolis plans, mais il faut tout de même reconnaître que l’on y perd au niveau atmosphérique. Fini les errances de quinze minutes dans les vestiges de vieilles cathédrales ou dans les gravas d’un vieux cimetière, place à l’action, place au bruit ! Ce qui tombe bien puisque ce sont justement les bruits de la fiesta qui réveillent les Templiers, qui vont s’inviter à la fête pour venir enflammer la piste. Le rythme est donc privilégié pour cette suite, qui ressemble fort à un film de siège et rappelle donc plus fortement La Nuit des Morts-Vivants de maître Romero, une filiation que de Ossorio tenta d’éviter dans le premier film. Le Retour des Morts-Vivants est par ailleurs moins fou et rentre plus volontiers dans un schéma de film bis classique, avec sa bande de survivants planquée dans une église entourée par l’ennemi. Alors que La Révolte se faisait psychédélique et finalement anticonformiste (final pessimiste, rythme étrange, pas de figure héroïque clairement définie), Le Retour semble rentrer dans le rang et déçoit quelque peu…

 

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Ceux qui trouvaient le premier film trop lent seront donc ravis d’apprendre que cela bouge plus dans celui-ci, les Templiers sortant de leur sommeil rapidement pour aller pourfendre les malheureux trop bruyants, nos zombies se servant toujours du son pour trouver leurs proies, une idée par ailleurs mieux exploitée ici que dans La Révolte. Le nombre de personnages augmente également puisqu’il y a une bonne dizaine d’acteurs « principaux » qui tenteront de trouver des astuces pour esquiver la mort aveugle qui les attend dans la rue, épée à la main. Des personnages aux réactions toujours sujettes à controverse, nos fêtards n’étant pas des plus intelligents… Car il faut bien avouer que les Templiers ne semblent pas être si difficiles à esquiver que ça. Lents comme s’ils avaient chaussé des bottes de plombs, myopes comme des taupes presbytes et en prime tous répartis dans de grandes ruelles (ce qui laisse la place pour passer entre). Leur dangerosité dans le premier film était expliquée par leur tendance à arriver par surprise et encercler rapidement leur proie, qui se trouvait généralement dans des espaces confinés. Mais plantés dans des places ou rues de plusieurs mètres de large, il faut bien avouer qu’ils nous semblent tout de suite aussi dangereux qu’une troupe d’escargots cannibales, qui gardent du mordant mais n’arrivent jamais à croquer qui que ce soit. De Ossorio décide de se moquer un peu de la situation en apportant une touche bienvenue d’humour, le maire du village tentant d’appeler un haut-placé qui ne croit bien évidemment pas à ces folles histoires de Templiers. Bien entendu, des tensions apparaissent entre les individus, qui se détestaient déjà copieusement avant l’arrivée des zombies, sans trop que l’on comprenne pourquoi (une histoire de jalousie, visiblement).

 

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Ce retour est donc un poil trop classique pour tenir la comparaison avec son aîné et ce n’est malheureusement pas contrebalancé par le gore, assez sage si vous visionner la version censurée. Ce qui ne signifie pas que cette bisserie est infréquentable, loin s’en faut. Divertissante, elle a en prime l’avantage d’avoir les Templiers comme stars, ces foutus adorateurs de Satan gardant un look du tonnerre et un quota d’evil attitude suffisamment élevé pour assurer le spectacle. Et puis quelques séquences méritent clairement d’être vues, comme la découverte des Templiers, immobiles, dans une rue qui voit l’aube se lever. Une suite loin d’être indispensable, mais qui reste fort agréable et est loin de ternir l’image de la saga.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Amando de Ossorio
  • Scénarisation: Amando de Ossorio
  • Production: Salvadore Romero, José Antonio Pérez Giner
  • Titres: El ataque de los muertos sin ojos (Esp), Return of the Blind Dead/Return of the Evil Dead (USA)
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Tony Kendall, Fernando Sancho, Esperanza Roy
  • Année: 1973

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