Machete

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Si James Bond était mexicain, il s’appellerait Machete! Car Danny Trejo est le Sean Connery local, le Timothy Dalton de Mexico, le Roger Moore pimenté, le Daniel Craig préférant la tequila à la vodka, le Georges Lazenby des tacos. Un mec bien quoi.

 

Depuis quelques années, le cinéma « Grindhouse » est revenu en force dans les bacs vidéo de nos revendeurs préférés. Hobo with a Shotgun, Nude Nuns with Big Guns, Father’s Day, Run Bitch Run, Samurai Avenger et j’en passe. Une invasion que l’on doit à Quentin Tarantino et Robert Rodriguez qui mirent au point un double-programme, justement nommé Grindhouse, et constitué de deux films que vous connaissez fort bien: le rigolo Planète Terreur de Robert et le chiantissime Boulevard de la Mort de Quentin, dont les seuls intérêts étaient Kurt Russel, le plan d’un pneu embrassant le visage d’une demoiselle. Un film qui n’a même pas pour lui le trailer de Machete confectionné par Rodriguez. Car dans un souci de coller au plus près à l’ambiance qui règnait dans les cinémas de quartiers des années 70, les deux réalisateurs ont appelé des copains (Rob Zombie, Eli Roth,…) pour qu’ils leur pondent quelques faux trailers qui accompagneront les plats de résistance. Celui de Rodriguez sera finalement le seul à être conservé en France et deviendra très vite le plus populaire, sans doute car il semble le plus fun et le plus décomplexé du lot et parce qu’il laisse à penser que l’on aura, pour une fois et depuis fort longtemps, un héros qui change du commun en la personne de Danny Trejo, qui ne cessera de gagner en popularité depuis. Mais créer un héros badass et mexicain trotte dans la tête de Rodriguez depuis sa jeunesse, lui qui s’abreuvait au cinéma de John Woo et en venait à penser qu’il serait bon qu’un réalisateur se décide enfin à rendre les mexicains aussi cools que les chinois l’étaient sous la caméra du réalisateur d’Une Balle dans la Tête. L’image de Machete, un gaillard aux cheveux longs et au visage buriné lui vient en rencontrant Danny Trejo. Les deux hommes causent du projet, qui ne restera qu’une vague idée que l’on ne cesse de reporter, du genre « on devrait faire ça » mais qu’on ne fait jamais. Mais Trejo est du genre insistant et voit là une bonne occasion de quitter, même temporairement, les seconds rôles dans lesquels il est enfermé pour enfin devenir une tête d’affiche, ce qui le pousse tout naturellement à relancer Rodriguez, qui finit par accepter de lui offrir un trailer dans Grindhouse, pensant que cela calmera l’ex-taulard. Sauf que la bande-annonce en question est très bien reçue et que de nombreux fans commencent à demander une version longue, ce qui bien évidemment rend Trejo encore plus enthousiaste. Rodriguez finit par abdiquer et accepte de se lancer dans Machete, le film, à la base prévu pour une sortie DTV suite à l’échec de Grindhouse mais qui finira tout de même par se frayer un chemin jusqu’aux salles de cinéma.

 

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La première chose qui vient à l’esprit de votre serviteur lorsqu’il pense à Machete, c’est que c’est une bonne chose pour Danny Trejo. Car le bonhomme est diablement sympathique et il vous sera bien difficile de trouver un témoignage lui cassant du sucre sur le dos tant l’homme semble agréable. Cet ancien détenu au passé peu glorieux se sera racheté une conduite et tente réellement de rendre le monde meilleur, se baladant d’une école à une autre lorsque son emploi du temps le lui permet pour expliquer aux jeunes les dangers de la drogue. Le reste du temps, il le passe sur des plateaux, pour de tout petits rôles au départ (il joue les prisonniers furtifs dans Hidden ou Maniac Cop 2), puis monte en grade pour toucher du doigt quelques seconds rôles, souvent pour son cousin au deuxième degré Robert Rodriguez (les Spy Kids, Une Nuit en Enfer, Desperado et sa suite) mais aussi pour les autres: Michael Mann (Heat), Rob Zombie (The Devil’s Rejects, Halloween), Rob Cohen (xXx) et même Francis Veber pour Le Jaguar (avec Patrick Bruel et Jean Reno!)! Mais son quart d’heure de gloire, il viendra avec Machete, les gens pouvant dès lors mettre un nom sur cette tronche si particulière qu’ils ont tous vu au moins une fois. Trejo devient une star, certes du DTV, mais une star tout de même, son nom pouvant désormais s’afficher fièrement en grosses lettres sur les DVD, le gaillard étant devenu une valeur sûre. Mais ce n’est bien évidemment pas le cas avant Machete, les producteurs ne pouvant de toute évidence pas miser sur son seul nom pour espérer toucher le pactole. Il fallait donc du monde pour bien entourer le Danny, qui à l’époque n’aurait pas vendu de la glace à des égyptiens. Une dizaine de coups de téléphone et voilà qu’arrivent sur le projet Jessica Alba, Michelle Rodriguez, Steven Seagal, Robert De Niro, Lindsay Lohan, Tom Savini ainsi que Jeff Fahey qui reprend le rôle qu’il jouait déjà dans la bande-annonce, tout comme Cheech Marin qui retrouve ses frustres de curé. Que du beau monde dans ce casting, qui devient dès lors le principal atout du film. Mais la machette est à double-tranchant, car si cette liste de noms célèbres est une qualité indéniable sur le plan financier, ce sera également elle qui foutra le film en l’air, son script ne pouvant supporter tant de personnages (et il y a encore bien d’autres personnages secondaires qui se joignent à la fête, chaque badguy ayant au moins un bras droit à sa botte). Car il faut bien évidemment trouver de la place pour tout le monde, ce qui s’est fait au détriment de l’intrigue.

 

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Machete (Trejo, donc) est un brave flic, du genre à pas se laisser marcher sur les pieds et à foncer dans le tas si c’est pour la justice. Et il ne va certainement pas s’écraser face à Rogelio Torrez (Seagal), baron de la drogue qui a le mexicain dans le collimateur. Le saumon qui était autrefois agile va d’ailleurs faire une sale farce à Machete en tuant sa femme et sa fille et en le laissant pour mort. Mais on ne tue pas un mexicain en acier trempé comme Machete, qui revit et décide de mener sa vie tranquillement, passant d’un boulot de jardinage à un autre. Mais alors qu’il participe à un combat de rue pour gagner un peu d’argent facile, il est repéré par Michael Booth (Fahey) qui l’engage pour un travail autrement plus sale, celui du meurtre du sénateur McLaughlin (De Niro), un pourri qui aimerait virer tous les mexicains du Texas et créer un mur électrique à la frontière. Refusant d’abord, Machete se voit contraint d’accepter le boulot s’il ne veut pas que Booth lui attire des emmerdes et va donc se la jouer sniper pour exploser l’homme politique. Mais tout cela était un piège tendu par Booth, qui travaille pour McLaughlin et a pensé que si son boss se faisait tirer dessus en pleine campagne sa réélection serait assurée, ce qui arrange également Torrez, second patron de Booth, qui finance la campagne du sénateur. Et si c’est un mexicain qui a pressé la gâchette, c’est encore mieux. Piégé, Machette n’a d’autres choix que de reprendre les armes et tuer les méchants, une noble quête durant laquelle il obtiendra l’aide de la résistante Luz (Michelle Rodriguez) et de la flic Sartana Rivera (Jessica Alba). Comme vous le voyez, cela fait du monde, et je vous ai épargné les multiples sbires (parmi lesquels on trouve d’ailleurs le réalisateur de Motel et Predators, Nimrod Antal), qui ne sont là que pour incarner de la chair à canon et se faire dessouder par le mexicain furibard. Le problème, c’est que tous ces personnages ne semblent pas vouloir se contenter de seconds rôles ou de caméos, Machete prenant des airs de film choral puisque le temps de présence de chacun étant relativement équitable. Alors que l’on pensait que De Niro ne passerait qu’au détour d’une ou deux scènes pour faire un clin d’œil, il obtient finalement un vrai rôle et est bien présent. Si l’on comprend l’idée qui peut pousser à faire rappliquer tous ces acteurs bankables (car une série B qui prend pour base le cinéma fauché des années 70, ça ne rameutera pas le public lambda), il faut bien admettre que cela n’aide pas le récit, qui manque furieusement de point de vue…

 

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Car s’il donne son titre au film, le personnage de Machete ne semble pas beaucoup plus important qu’un autre dans le récit, n’étant finalement qu’un lien assez factice entre tous les personnages. C’est dommage pour Trejo, qui est déjà un acteur limité à la base et qui n’est ici pas aidé par une structure scénaristique qui le fait passer pour un fantôme qui traverse l’histoire sans grande passion. Cela passe car ça colle avec ce personnage taciturne, ce qui permet à Trejo d’être crédible (car il n’a pas vraiment à jouer la comédie ici, juste se la jouer robotique), mais on n’a jamais la sensation de voir un film consacré à sa personne. Le manque de confiance, légitime cependant, de la part des décideurs de studios envers Trejo transpire donc durant tout le film tant on a l’impression qu’on a ajouté encore et encore des ouvriers pour l’aider à porter Machete, qui ne tient dès lors plus sur ses seules épaules. Mais à trop vouloir l’aider, on finit par lui tirer une balle dans le pied, et jouer le nombre ne sert pas tout le monde, à commencer par une Lindsay Lohan qui s’est sans doute demandée pourquoi on lui refilait le rôle le plus inutile du film, sans doute écrit suite à l’idée, il est vrai séduisante, de montrer une nonne avec des flingues. Certains tiennent donc plus du gimmick que d’autre chose, Steven Seagal en premier lieu, l’ancienne star de l’action se contentant ici d’apparaître via des écrans d’ordinateurs, ce qui colle parfaitement avec la réputation de fainéant de première qui lui colle à la queue de cheval. Et lorsqu’il s’offre une scène d’action, elle est faite en champ/contre-champ, histoire de ne rien montrer du tout. Seagal tient donc plutôt du gag (ne parlons même pas de la mort de son personnage, qui se suicide car l’acteur stipule toujours dans ses contrats qu’il ne peut pas mourir) et semble n’être présent que pour concurrencer le premier Expendables, qui sortait la même année. On notera d’ailleurs que ce sont les acteurs de genre comme lui et Tom Savini qui sont les moins bien traités, le célèbre maquilleur débarquant dans le récit pour en repartir tout aussi simplement, preuve que l’important était avant tout de se créer un long générique plutôt qu’un bon film.

 

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Robert Rodriguez, de son coté, n’est pas le genre d’homme que l’on prend plaisir à démonter. On pensera ce qu’on veut du réalisateur, l’être humain est tout de même admirable et sa passion ne fait aucun doute comme le prouvent ses débuts, forgés à la sueur de son front et avec ses maigres moyens. Il s’est fait tout seul et il aura été un véritable passionné. Mais l’est-il encore ? La question se pose lorsque l’on parle de celui qui est désormais plus connu pour ses énormes barbecues lors des tournages que pour la qualité de ses productions. Et lorsque l’on regarde Machete, un arrière-goût désagréable nous vient en bouche, celui de ne pas trop savoir où se situe vraiment Rodriguez dans l’affaire. Si l’on croit reconnaître l’amateur de cinéma déjanté lors des scènes d’action, pataudes (en même temps, Trejo n’est pas Jet Li) mais inventives dans le gore, il est moins évident de ne pas voir l’homme d’affaires durant tout le reste du film. L’aspect Grindhouse n’est par exemple pas totalement assumé, ne reprenant l’image cradingue que pour la scène d’intro, le reste de Machete affichant une photographie assez classique (très solaire, cependant) qui trahit son intention de plaire au plus grand monde. S’il est bien légitime, voire normal, d’essayer de toucher un max de monde, il faut bien avouer que les velléités commerciales du film finissent par nous questionner quant à la sincérité de l’entreprise. Car si le projet était une véritable prise de risque à l’origine (après tout Grindhouse s’est planté alors qu’il était plus « prestigieux »), on sent bien que tout à été fait pour le faire rentrer dans les clous et ce n’est dès lors pas très surprenant de voir que l’accent a été mis autant que possible sur les têtes reconnaissables du grand public que sont Alba, Michelle Rodriguez et De Niro, allant jusqu’à remplacer certains acteurs ou actrices présents dans le trailer d’origine pour pouvoir encastrer Lindsay Lohan dans l’équation.

 

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On ne sait donc jamais sur quel pied danser, si Rodriguez (et son co-réalisateur Ethan Maniquis, qui était jusqu’alors son monteur) rend un hommage débridé ou nous balance une parodie dans les gencives. Le manque de confiance évident en Machete (car si l’on pense tenir une mine d’or, on n’a pas à rameuter toutes les stars possibles et imaginables) et le ton rigolard qui rythme le film ne rendent pas vraiment justice au cinéma Grindhouse, dont l’aura et la personnalité a été mieux capturée dans des films plus modestes comme Father’s Day ou Hobo with a Shotgun. C’est sans doute là que se trouve la clé de la réussite: ces deux films ont été tournés dans des conditions relativement proches de celles dans lesquels naissaient les classiques de la 42eme rue dans les années 70. Machete, avant d’être un film de fan, est une opération commerciale, certes risquée, mais une opération commerciale tout de même, réfléchie comme telle et calibrée dans ce sens. Et plus qu’aux amoureux de la série B d’antan, il semble avant tout s’adresser à ceux qui ne connaissent pas vraiment le ciné d’exploitation et voient cela comme une bizarrerie un peu ringarde. Soit le même public que celui visé par les Expendables, qui ne cessent de rire du cinéma d’action passé comme s’il était désormais trop daté pour être pris au sérieux. Car de nos jours, le terme « hommage » semble se traduire par « se moquer gentiment » et souligner les défauts des œuvres du passé plutôt que de tenter d’en reproduire les qualités. Et Machete c’est un peu ça, drapé dans un second degré constant (et qui porte parfois ses fruits, certains gags ou dialogues fonctionnent), une distance qui permet peut-être au film d’être vu par ceux qui ne sont pas spécialement amateurs du ciné bis mais qui risque aussi de créer un gouffre entre les bisseux et ce faux film Grindhouse. Car même si, comme Machete, ces films étaient tourné dans une optique mercantile, ils commettaient des bévues et autres fautes de goûts de manière involontaires, ce qui les rendaient sympathiques. Le film de Rodriguez, lui, est volontairement de mauvais goût et n’attire guère la sympathie tant tout semble avoir été calculé au poil de cul près. En prime, le rythme du film est bien trop inégal, alternant les scènes d’action sympatoches avec les dialogues peu passionnants entre les badguys. Le constat n’est donc pas particulièrement positif et si Machete n’est pas déplaisant, il n’est certainement pas plaisant pour autant. Un film agréable par intermittence et qui semble finalement être l’inverse de ce qu’il était censé prôner.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Robert Rodriguez, Ethan Maniquis
  • Scénarisation: Robert Rodriguez, Alvaro Rodriguez
  • Production: Troublemaker Studios
  • Pays: USA
  • Acteurs: Danny Trejo, Jessica Alba, Michelle Rodriguez, Jeff Fahey, Robert De Niro, Steven Seagal
  • Année: 2010

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