Cannibal Ferox

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Il faut rendre à César ce qui est à César et si on ne le fait pas, et bien il se servira lui-même! Pas très étonnant de voir Umberto Lenzi, créateur de la mouvance cannibale dans le cinéma italien, tenter de reprendre son trône des mains du rival Ruggero Deodato. Et il est prêt à tout pour ça, y compris tomber dans la barbarie la plus ignoble…

 

Et oui, on a tendance à l’oublier, éblouis que nous sommes par le succès de Cannibal Holocaust, mais Ruggero Deodato n’a pas inventé le genre cannibalistique, ni avec son plus gros hit, ni avec son Dernier Monde Cannibale. Non, l’instigateur de la mouvance, c’était Umberto Lenzi, qui fut donc le premier rital à balancer quelques citadins dans une jungle hostile et affamée avec son Cannibalis, au pays de l’exorcisme, plus méconnu mais tout de même précurseur. On peut donc imaginer que le Lenzi vit rouge lorsque son collègue Ruggero fut sacré dieu de la montagne cannibale alors que cet honneur aurait tout aussi bien pu lui revenir. C’est sans doute remonté qu’il s’est mis en tête de dépasser Cannibal Holocaust avec son Cannibal Ferox qui, comme ses origines latines le sous-entendent, tentera d’être plus agressif. Le réalisateur de L’Avion de l’Apocalypse y arrive si bien que son bébé sera interdit dans trente-et-un pays et reste aujourd’hui l’un des films les plus sulfureux trouvable sur le marché. Il fut par ailleurs l’un des Video Nasties, les anglais ne s’étant pour une fois pas trompé, car si l’on pouvait douter de certains de leurs choix (des films assez sages comme Massacres dans le train fantôme ou Terreur à l’hôpital central furent bannis durant un temps), Cannibal Ferox tendait clairement le bâton pour se faire battre et l’on peut comprendre que certaines personnes puissent, encore aujourd’hui, être énervées par le spectacle proposé par un Lenzi qui s’était montré plus fin par le passé, emballant des films tout ce qu’il y a de plus respectables comme le très sympathique Le Tueur à l’Orchidée et quelques polars qui firent sa réputation. Jusqu’à ce film de gloutons des jungles, qui lui apportera sa renommée internationale (ce qui semble le gaver un peu aujourd’hui, le réalisateur pensant avoir fait bien mieux, je ne le contredirai pas), mais n’en aura pas fait un être humain meilleur, loin s’en faut…

 

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Lenzi est en tout cas un coquin puisque, contre toute attente, il décide de laisser les vertes contrées en retrait pour rester dans un monde de béton puisque c’est à New-York que débute son film, sur une musique disco. Non, vous ne vous êtes pas trompés de DVD, il se trouve juste que le réalisateur se sent l’envie de brouiller les pistes, faisant commencer son récit comme un polar, la police cherchant un trafiquant de drogue du nom de Mike Logan, qui a également au cul d’autres trafiquants qui aimeraient bien lui coller un pruneau entre les deux yeux. Paniqué, il décide de prendre la fuite avec un ami et prend la direction de l’Amazonie. Mais là-bas, il semblerait que le duo se soit fait attaquer par des cannibales, qui les blessent. Les deux amateurs de poudre blanche auront la chance de tomber sur Gloria, Rudy et la blondinette Pat, des touristes en randonnée dans la jungle puisqu’à la recherche d’une tribu de soi-disant cannibales, le tout pour les besoins des recherches de Gloria qui veut prouver que le cannibalisme, ça n’existe pas. Mais leur jeep s’enfonce dans la gadoue et voilà nos cinq héros bloqués dans un monde hostile, peuplés de dangereux animaux et de cannibales revanchards. Car les indigènes ne coursent pas ces protagonistes pour leur croquer les orteils mais bel et bien pour se venger de Mike, qui les maltraita pour trouver des diamants, allant jusqu’à arracher l’œil de l’un d’entre eux avant de lui sectionner le pénis. De quoi énerver le plus sage des hommes, effectivement… Ces héros qui n’en sont pas vraiment vont donc devoir tenter de survivre dans cet univers qui ne semble pourtant pas prêt à leur laisser la moindre chance…

 

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Si Cannibal Ferox est une œuvre culte, c’est avant toute chose pour ses séquences gores, il est vrai assez corsées puisque l’on peut voir une bite se faire couper à la machette et être mangée par un cannibale, le haut d’un crâne se faire déboiter, un œil se faire crever par la pointe d’un couteau ou encore des nichons être transpercés par des crochets. Lenzi met le paquet et l’on sent bien que son but est clairement de foutre un coup de pied au cul de Deodato et prendre sa place, tant convoitée. Si vous venez pour voir de la barbaque humaine s’étaler joyeusement, vous serez servis, même s’il vous faudra patienter un peu puisque les scènes gores ne pointent le bout de leur nez avarié que vers la fin du film, qui jusque-là préfère faire monter la tension. Ce sont d’ailleurs les cannibales, qui n’en sont d’ailleurs pas vraiment, qui prennent sur la gueule avant cela, les protagonistes principaux n’étant pas des anges. C’est le grimaçant Mike Logan qui se charge du boulot, violant et torturant qui lui tombe sous la main, le sadique étant sous l’emprise de la cocaïne, qu’il propose à qui en voudra bien. Sadique, oui, mais pas égoïste! Il est en tout cas le parfait exemple d’une bande de citadins peu appréciables, volontairement racistes comme le prouvent certains dialogues dignes de Jean-Marie Le Pen (« Allons échanger nos dollars contre de la monnaie de singe »). Il est d’ailleurs difficile de prendre au sérieux des gugusses poursuivis par toute une tribu mais qui prennent le temps de s’enfiler un rail de coke malgré tout, comme si c’était le bon timing pour sniffer de la colle. Leur tactique est par ailleurs assez étonnante puisqu’ils décident de se planquer quelques temps dans… le village des cannibales! Et oui, découvrant que les plus jeunes guerriers sont partis chasser, sans doute leurs culs par ailleurs, nos braves héros vont rester sur place, s’envoyant en l’air ou prenant des photos des cadavres qui traînent dans le coin. Notons que l’héroïne Gloria, qui ne fait à priori rien de mal, n’est pas plus appréciable que les autres et se résume à une cruche naïve et horripilante au possible, qui aura finalement surtout réussi à envoyer son frère et son amie sous les dents des cannibales pour sa thèse.

 

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Comme précisé plus haut, le film ne déballe son arsenal gore que vers les quinze dernières minutes. Que faire pour divertir le spectateur et meubler un peu en attendant ? Pour ça, Lenzi a deux tours dans son chapeau. Le premier, c’est des retours à New-York, où la police continue de chercher Mike et d’enquêter sur ses trafics. Des séquences qui tranchent totalement avec la partie amazonienne, puisque du vert on passe au gris et la jolie musique grave qui accompagne les séquences cannibales se voit remplacée par un disco particulièrement ringard qui aurait plus sa place dans un porno des années 70. De plus, on a tout de même la furieuse impression d’assister à un « deux-en-un » fabriqué par Godfrey Ho tant les deux intrigues ne semblent reliées qu’artificiellement. Elles finissent par se rejoindre vers la fin du film sans que cela n’apporte quoique ce soit, l’incidence sur le récit restant des plus minimes et permettant surtout à Lenzi d’approcher une durée respectable. Certes, son film s’allonge, mais le rythme s’en retrouve aussi plombé, car l’on ne peut pas dire que ces séquences policières soient particulièrement intéressantes, nos yeux menaçant de se clore à chacun de ces retours en Amérique… Le deuxième tour que Lenzi utilise est bien connu du cinéma cannibalistique puisqu’il s’agit de tuer des animaux pour de vrai et de filmer le tout. Mangouste attaquée par un anaconda, tortue décapitée et démembrée, singe attaqué par un léopard et j’en passe. C’est bien simple, une fois le film terminé, on a la sensation de n’avoir vu que des scènes de cruauté envers les animaux. Ce qui est bien entendu loin de servir le film, si ce n’est pour quelques spectateurs barbares. Car ces scènes sont véritablement intenables, en particulier celle de la mangouste, attachée à un piquet et laissée à la merci d’un gigantesque serpent qui ne va bien évidemment pas se faire prier. Une séquence particulièrement longue, qui m’a sortie du film et m’a tout simplement rendu furieux.

 

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On me dira peut-être que cela fait partie du genre, et c’est sans doute vrai puisque de nombreux films se sont lancés dans le filmage de massacres animaliers pour rendre leurs séries B, voire Z, encore plus choquantes. On ne va pas refaire le débat à chaque chronique de films sur les cannibales, mais on ne peut pas non plus passer sous silence ces pratiques barbares et la scène de la mangouste est certainement la plus difficile à regarder puisque la panique, la peur et la douleur de la pauvre bête sont des plus palpables. On assiste donc durant une bonne minute au calvaire subit par ce pauvre animal, qui a une mort aussi lente qu’effrayante. Une scène inutile, révoltante, qui ne sert qu’à satisfaire un voyeurisme aussi malsain que puéril. Je ne suis pas un adepte de la censure, mais je pense que ces scènes devraient rester invisibles, pareil travail de sauvage ne méritant pas d’être diffusé, sous quelque forme que ce soit. Lenzi, Deodato et les autres auront beau se cacher derrière leurs habituels « mais c’est les producteurs qui insistaient, pour le marché japonais! », rien n’y fera, ils sont les premiers fautifs pour avoir accepté de filmer ces scènes. Et il est bien difficile de ne pas rire au nez de Lenzi lorsqu’il tente de faire passer un petit message dans son film. Car si Cannibal Holocaust aura souvent été défendu en pointant du doigt son message qui torpillait les médias, Cannibal Ferox est souvent vu comme un pur film d’exploitation qui se suffit à lui-même et n’a rien à dire. Ce qui est faux, le message de Lenzi est très clair: ces tribus vivant dans la forêt ont beau ne pas être civilisées, elles n’en sont pas moins constituées de personnes plus humaines que les citadins qui se sont montrés bien plus violents qu’eux, les exploitant, les torturant, les violant et les tuant. C’est certes un message assez simple, et montré avec de gros sabots, mais il existe bel et bien. Mais comment croire à ce discours de Lenzi, qui semble nous dire que l’homme est en train de démolir la nature et n’est finalement qu’une bête, lorsque lui-même se comporte comme le pire des barbares pour les besoins de son film ?

 

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Cannibal Ferox est donc d’une bêtise crasse et Lenzi se ridiculise ici en tentant de se faire passer pour un réalisateur comme quelqu’un qui comprend ses cannibales, au final les seuls personnages à en sortir grandis, et de proche de la nature, alors qu’il s’évertue à la blesser et la détruire durant 80 minutes. Son film est détestable et le réalisateur, humilié par lui-même, n’est pas loin de l’être également, l’homme plongeant tête baissée dans du racolage cinématographique du plus mauvais effet. Et ce n’est pas la qualité du film, qui n’a que ses effets gores pour lui, qui détournera notre attention. Le rythme est inégal, les acteurs sont mauvais comme des cochons et en font des tonnes (seul Danilo Mattei s’en sort plutôt bien) et la réalisation de Lenzi ne relève pas le niveau, n’apportant aucun plan un minimum travaillé. Le seul à avoir fait son travail proprement est Maurizio Trani, dont le travail sur les effets gores est la seule raison valable pour s’envoyer ce film de cannibales, certes représentatif du genre, mais impossible à apprécier. Lenzi voulait nous choquer, il nous a surtout fait honte.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Umberto Lenzi
  • Scénarisation: Umberto Lenzi
  • Production: Mino Loy, Luciano Martino
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Giovanni Lombardo Radice, Lorraine de Selle, Zora Kerova, Danilo Mattei
  • Année: 1981

3 comments to Cannibal Ferox

  • Dirty Max 666  says:

    C’est vrai, « Cannibal Ferox » n’est qu’un sous « Cannibal Holocaust ». Le nihilisme puissant et dérangeant de Deodato devient ici mercantile et putassier. Il faut voir le Lenzi comme une pure péloche d’exploitation, néanmoins assez déviante dans son jusqu’au-boutisme. Mais je suis d’accord avec toi : aucun film ne justifie le massacre d’animaux…

  • freudstein  says:

    pas sur que le grand gianetto de rossi est participé à « cannibal ferox » mais plutot son comparse,le trés bon aussi,maurizio trani…je dis ça, mais je dis rien…
    aprés,ce film reste malgré tout culte,mais n’arrive pas à la cheville du chef-d’oeuvre de deodato…

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