Maniac Cop 3: Badge of Silence

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Etre flic, c’est une vocation, un sacerdoce, une passion qui n’est pas prête de quitter Matt Cordell, qui quitte sa tombe pour recommencer ses rondes. Et pour sa troisième aventure, il a décidé de faire le planton près d’un hôpital. Qui sait, il pourrait tomber amoureux d’une malade ?

 

C’est bien connu: à quelques exceptions près, les franchises commencent toujours mieux qu’elles ne se terminent. Freddy, Michael Myers, Leatherface et Pinhead ne risquent pas de nous contredire là-dessus, eux qui ont connu un démarrage en trombe avant de finir épuisés sur la ligne d’arrivée, vidés de toute leur sève. Et, de l’avis général, il est arrivé le même tour au pauvre Matt Cordell, dont la troisième aventure, Maniac Cop III: Badge of Silence, est considéré comme franchement faiblarde. Et ce ne sont pas ses créateurs Larry Cohen (scénariste) et William Lustig (réalisateur) qui iront à l’encontre de cette sentence, les deux compères à l’origine de la saga ayant tous deux quitté le navire avant le dernier tour de manivelle. Etonnant venant de la part de ceux qui ont créé la saga et l’ont portée à bout de bras, faisant des deux premiers opus les petits classiques de la série B que l’on sait. Egalement producteurs, ils étaient les patrons sur Maniac Cop 1 et 2, un rôle qu’ils ont dû partager avec Michael Leahy et Joel Soisson sur la deuxième séquelle. Une cohabitation qui fonctionne mal, Cohen et Lustig désirant placer le film dans les quartiers de Harlem alors que leurs collaborateurs préfèrent situer l’action dans Los Angeles. Nouveau désaccord sur le héro, que Lustig aimerait voir noir, songeant même à Forrest Whitaker pour l’interpréter, ce qui inquiète Soisson qui pense que le film sera plus difficile à vendre au Japon si le protagoniste est black. Ce qui signifie que c’est Robert Davi, personnage principal du deuxième film, qui va devoir reprendre du service. C’en est trop pour Larry Cohen qui décide de partir avant même le début du tournage, tournant le dos au film une fois son script livré. Lustig tiendra plus longtemps mais finira par abandonner lui aussi, son intérêt pour le film disparaissant jour après jour. Qui pour succéder à l’auteur de Maniac ? Joel Soisson bien sûr, le producteur sachant manier la caméra et pouvant fort bien finir le film. Le réalisateur/producteur s’occupera d’ailleurs d’une brouette de séries B/Z dans la suite de sa carrière, comme la série des Prophecy (il a aussi réalisé les deux derniers opus) ou des Dracula 2000 comme producteur, sur les Pulse 2 et 3 comme réalisateur, deux navets tirés du très bon Kairo de Kyoshi Kurosawa.

 

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Soyons honnêtes: il est bien difficile de dire quelles scènes ont été tournées par Lustig et ce qui a été terminé par Soisson, ce dernier s’adaptant visiblement fort bien au style du créateur du label Blue Underground. Le film est bien réalisé, Lustig (et un peu Soisson, donc) sachant comment emballer une bonne série B, avec classe et des plans bien composés. Pas de tape-à-l’œil ici, le réalisateur étant adepte d’une mise en scène simple (mais jamais simpliste !) et sait placer sa caméra là où il faut pour offrir quelques images mémorables, comme la silhouette d’un Matt Cordell planté devant un hôpital, regardant la seule lumière allumée du bâtiment, là où repose sa bien-aimée. Oui, vous avez bien lu, Cordell est amoureux. Et pas de n’importe qui: d’une certaine Maniac Kate, une flic connue pour sa violence et totalement dénuée de pitié pour les délinquants, le genre à ne pas réciter les Droits Miranda et à tirer dans le tas dès que l’occasion se présente. Autant dire l’épouse parfaite pour le Maniac Cop, qui aime bien jouer de la gâchette à l’occasion, entre autres plaisirs mortels. Mais pourquoi Maniac Kate est à l’hôpital, devez-vous vous demander ? La pauvre blonde s’est juste pris quelques balles dans le buffet en intervenant dans un braquage de pharmacie perpétré par un dingue qui a déjà un casier judiciaire chargé dans la crypte puisqu’il est incarné par Jackie Hearl Haley, qui n’est autre que le remplaçant de Robert Englund en tant que Freddy Krueger dans le remake sorti en 2010. Dans le coma, la fliquette attend donc que son prince charmant vienne la sortir de sa torpeur d’un langoureux baiser sur la bouche. La gueule qu’elle va tirer quand elle verra la tronche putréfiée de Cordell !

 

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Vous devez vous demander ce que Cordell fait dehors, lui qui reposait enfin en paix à la fin du deuxième opus, lavé des cas mensongers qu’on lui a collé sur le dos. Ca ne l’a visiblement pas calmé bien longtemps puisqu’il est déjà en train d’errer dans les rues sales de la ville, à la recherche de victimes potentielles mais aussi de l’amour. Mais le plus violent des agents n’est pas revenu d’entre les morts tout seul puisqu’il a été bien aidé par une sorte de prêtre vaudou qui l’a tiré des enfers en utilisant une tête décapitée. C’est d’ailleurs là qu’intervient l’inspecteur McKinney, joué par Robert Davi, qui enquête sur le cadavre dont on a extirpé la fameuse caboche. Il va bien vite comprendre que le plus zélé des officiers a repris du service et est en train de foutre un bordel pas permis dans les couloirs de l’hôpital, qui ne resteront pas blanc très longtemps. Lorsqu’on parle de cinéma, on a souvent tendance à confondre histoire et scénario, qui sont deux éléments certes liés mais qui ne sont pas forcément rédigés par la même personne. Un premier gus peut très bien se charger de l’histoire, définir les grandes lignes de l’intrigue, tandis que le scénariste se chargera d’apporter un peu de gras à tout ça, se chargeant de la rédaction, des dialogues, bref de tout le reste. Dans le cas de Maniac Cop 3, c’est Larry Cohen qui a occupé les deux postes (c’est en tout cas ce que signifie le générique d’ouverture), ce qui est plutôt rassurant puisque l’homme, également réalisateur de The Stuff, Meurtres sous contrôle ou encore Le Monstre est vivant, est un scénariste apprécié des fantasticophiles, un fier gaillard qui sait tirer le meilleur d’un concept original. Et si le scénario est encore une fois assez réussi, avec des dialogues bien écrits et une structure satisfaisante, on ne peut pas en dire autant de l’histoire…

 

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Car on ne sait pas trop où a voulu en venir Larry Cohen avec l’histoire de Maniac Cop 3. Si l’on sent bien qu’il a les médecins dans le collimateur, ceux-ci passant pour de sacrés enfoirés dans le film, on a du mal à saisir l’intérêt du vaudou dans le récit. Pourquoi ce prêtre réveille-t-il Matt Cordell ? Sais pas, jamais expliqué. On a du coup la désagréable impression que Cordell est réveillé comme ça, pour le plaisir, ce qui gêne la vision du film, comme si tout le spectacle qui se présente à nous avait du mal à tenir à cause de ses fondations chancelantes. Ca ne tient pas et c’est assez étonnant de la part de Larry Cohen, qui jusque-là créait des persos plutôt crédibles et complets. Il est possible que le scénario ait été réécrit suite à son départ, même si l’on reconnaît toujours sa patte dans le reste du métrage, qui garde son sens de l’écriture, du dialogue et même de l’humour. Ce troisième opus ressemble d’ailleurs beaucoup aux deux premiers films, reprenant la même ambiance et certaines scènes clé, comme celle du braquage de la pharmacie, qui nous ramène à celui de la superette du deuxième épisode. Il est vraiment dommage que cette histoire de sorcellerie vienne tout foutre en l’air, une idée qui se marrie difficilement avec la mythologie de Maniac Cop et qui n’élève certainement pas un script certes efficace mais tout de même assez routinier. Car une fois dans l’hôpital, Cordell va se contenter de tuer tous ceux qui s’approcheront un peu trop près de Kate tandis que McKinney tentera de résoudre l’affaire. Par chance, les meurtres sont assez originaux, notre flic maniaque se changeant en infirmier le temps d’une opération aux rayons X ou d’une réanimation qui n’a pas l’effet escompté. L’occasion pour Robert Forster (Jackie Brown de Tarantino) de venir faire un petit coucou à son vieux copain Bill Lustig, qui l’avait fait tourner dans son Vigilante.

 

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Si Maniac Cop 3 est définitivement le moins bon de la trilogie, il n’est tout de même pas un indécrottable navet et Matt Cordell ne tombe pas aussi bas que Freddy dans La Fin de Freddy ou Michael Myers dans Halloween Résurrection. Le film a beau être stupide, il ne fait pas tâche à coté des autres, reprenant leurs codes visuels et proposant même quelques séquences marquantes. Comme cette fusillade dans l’hosto, une pure scène d’action dont peut se vanter Robert Davi, qui semble d’ailleurs être plus impliqué ici que dans le deuxième opus. Il faut avouer qu’il n’avait pas grand-chose à y faire, ce qui peut expliquer un manque de motivation assez visible. Finalement, Maniac Cop 3 pourrait être résumé à sa scène finale. Dans celle-ci, Matt Cordell, que nous pensions mort pour de bon, revient au volant d’une voiture… alors qu’il est enflammé ! Une scène stupide, c’est vrai, mais qui vaut clairement le coup d’œil, les conducteurs cramant de la tête aux pieds étant plus rares qu’on le pense sur les autoroutes. Ca vaut le coup d’œil, comme cette petite série B peu originale et pas bien finaude mais bien torchée, et si Lustig n’a pas à s’en vanter particulièrement, en avoir honte est peut-être un peu précipité. Car dans le genre slasher (sans en avoir trop l’air dans le cas des Maniac Cop), on voit bien pire à tous les coins de rue…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: William Lustig, Joel Soisson
  • Scénarisation: Larry Cohen
  • Production: Larry Cohen, Michael Leahy
  • Pays: USA
  • Acteurs: Robert Z’dar, Robert Davi, Caitlin Dulany, Jackie Earle Haley
  • Année: 1993

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