La Sorcière Sanglante

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Après une Danse Macabre à s’en casser les talons et une Vierge de Nuremberg forcément piquante, Antonio Margheriti, « Nini » pour les intimes, revient au gothique à l’italienne et embrasse une Sorcière Sanglante bien décidée à se venger de ceux qui ont collé sa mère sur un barbecue festif.

 

Antonio Margheriti fait partie de ces grands du cinéma horrifique italien qui n’ont pourtant jamais été considéré comme des noms particulièrement vendeurs comme peuvent l’être Dario Argento, Mario Bava, voire Lucio Fulci. Mais Nini, malheureusement décédé en 2002, gardera toujours une place de choix dans les petits cœurs des bisseux puisqu’il leur offrit quelques petites pépites, qu’elles versent dans la SF (Le Vainqueur de l’Espace, La Planète des hommes perdus), dans le cannibalisme (Pulsions Cannibales), l’aventure (Les aventuriers du cobra d’or), le western (Avec Django, la mort est là) et, bien entendu, le cinéma gothique (Danse Macabre restant son film le plus célèbre, et son préféré puisqu’il en fit un remake, Les Fantômes de Hurlevent, et tenta même d’en faire une troisième version dans les années 80). Au monde des châteaux hantés et des cimetières brumeux, Margheriti apporte La Sorcière Sanglante, une classique histoire de vengeance d’outre-tombe qu’il a probablement montée pour retravailler avec Barbara Steele, LA star du cinéma goth transalpin, la morte-vivante la plus connue du cinéma, à son plus grand désarroi d’ailleurs, la dame n’appréciant guère le fantastique et ne rêvant que de cinéma d’auteur, qu’elle finira par toucher du petit doigt, trouvant quelques petits rôles bien évidemment éclipsé par ses rôles dans l’épouvante, Barbara travaillant pour Bava, Cronenberg, Joe Dante et même Fulci lors de ses débuts. Elle a les deux pieds dedans et aura bien du mal à se sortir de la bassine de sang dans laquelle Mario Bava l’a plongée dans Le Masque du Démon. Tant pis pour elle, tant mieux pour nous !

 

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Pour le scénario, Margheriti fait appel à Ernesto Gastaldi, sans doute le scénariste le plus prolifique du circuit bis, écrivant, entre autres, Torso, La Crypte du Vampire, Le Corps et le Fouet ou encore La Queue du Scorpion. C’est donc lui qui, aidé de Bruno Valeri, va rédiger l’histoire de La Sorcière Sanglante, et autant être franc, il va falloir vous accrocher… Nous sommes au seizième siècle, la peste fait des ravages et pour se divertir, on part à la chasse aux sorcières, une battue qui tombe sur le coin de la gueule de la pauvre Adèle Karnstein, accusée d’avoir tué un certain Franz, un comte vivant dans le château du coin. Ce qui ne plaît guère à son frère Humboldt, qui ordonne donc qu’on lui réchauffe les orteils sur le bûcher, à la grande peine d’Helen (Barbara Steele), fille d’Adèle, qui va donc aller dans le lit d’Humboldt pour le faire renoncer à ses brûlants projets. Mais alors qu’elle est en plein acte sexuel avec le sinistre maître des lieux, le fils de ce dernier, le diabolique Kurt, véritable assassin de Franz, est déjà en train de faire cramer Adèle, le tout sous les yeux de sa seconde fille, Elizabeth. Mais alors qu’elle commence à sentir le roussi, Adèle prend tout de même le temps de maudire Humboldt et sa famille, ce qui énerve le gaillard qui du coup balance Helen dans une rivière où elle se noie. Les années passent, Elizabeth est désormais seule et bien grande et attire la convoitise de Kurt, qui la force à l’épouser. Mais c’est sans compter sur Helen, qui revient d’entre les morts pour se venger… Ca va, vous suivez ? N’hésitez pas à faire un petit schéma si vous avez besoin, ça peut toujours aider…

 

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Comme vous l’aurez compris, La Sorcière Sanglante est un film gothique dans la grande tradition du genre, avec son fantôme, sa vengeance, ses manigances, sa crypte et ses toiles d’araignées dans les coins. Les femmes de ménage ne font jamais les cryptes, c’est bien connu, pas plus la mienne que les autres par ailleurs. Le film de Margheriti est-il meilleur qu’un autre dans le style ? Pas vraiment, disons qu’il rentre dans la bonne moyenne et ne peut malheureusement pas atteindre les étoiles à cause de quelques petits défauts. A commencer par un scénario qui laisse sceptique, surtout concernant la vengeance de notre Barbara chérie, qui a une vision toute personnelle de la revanche. Et oui, une fois revenue des morts elle s’amuse à coucher avec Kurt, qui a pourtant précipité sa mère sur le bûcher, rendant par la même occasion sa sœur cocue. Bien évidemment, il y a un but derrière tout ça et nous savons fort bien que cette stratégie a pour terminaison de mener le bel homme à sa perte, et cela arrive fatalement, mais tout de même, en attendant elle s’est envoyé son pire ennemi ! Elle se rattrape en lui assénant un coup final particulièrement crasseux, dont je vous laisse la surprise, l’horrifiant pour de bon au passage, mais reste qu’avant ça l’enfoiré a bien pris son pied. Pas un défaut en soi, juste une vision plutôt surprenante de la vendetta. Bien plus gênant est le déroulement du film, nos personnages passant un bon moment à aller et venir d’une pièce à l’autre, complotant dans tous les sens à un point qu’ils finissent par se méfier de tout le monde. Pas forcément déplaisant à regarder, bien qu’un peu mollasson tout de même, mais manquant un brin d’épouvante, d’horreur. Notre sorcière sanglante du titre ne l’est donc pas tant que cela, se contentant à première vue d’écarter les cuisses, ne se mettant au boulot que vers les dernières minutes du métrage, sans doute les meilleures avec un départ tonitruant.

 

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Car si le milieu du film n’est pas forcément trépidant, Margheriti parvient à faire de son début et de sa fin de parfaits moments de cinéma gothique. La Sorcière Sanglante commence donc très fort avec la fameuse scène du barbecue de sorcière, en fait un petit labyrinthe de paille en feu dans lequel est enfermée la pauvre Adèle. Une scène furtive, mais suffisamment belle pour marquer les esprits, tout comme celle qui suit, montrant Helen devant les restes du bûcher, soulevant ce qui reste de sa mère, soit à peine le contenu d’un cendrier renversé. Le final, une course-poursuite entre Kurt et une Barbara Steele fantomatique, tire quant à lui le meilleur parti des magnifiques extérieurs dont bénéficie le réalisateur, soit un château qu’il aimait tout particulièrement et qu’il utilisa plusieurs fois au fil de sa carrière. La réalisation du Nini est des plus réussies et il sait mettre en valeur ses décors et s’en servir pour composer des plans mémorables qui font oublier sans peine que les acteurs ne sont pas toujours au mieux de leur forme. Comme George Ardisson (Hercule contre les vampires), qui joue le félon Kurt sans grand talent, l’acteur étant sans doute meilleur dans ses rôles de vikings et autres barbares, mais qui a au moins le mérite d’essayer, contrairement à Halina Zalewska, qui joue Elizabeth, et qui est aussi expressive qu’un mur. Vous me direz, tous les regards seront de toute manière absorbée par Barbara Steele, pas nécessairement meilleure actrice que les autres mais qui jouit d’une tout autre prestance. Toujours coincée entre une grande beauté et un visage inquiétant, elle est décidément parfaite dans ce genre de rôles de démone et elle ne démérite pas cette fois-ci non plus.

 

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Vous l’aurez compris, La Sorcière Sanglante n’est pas un indispensable du gothique mais devrait tout de même ravir les amateurs qui auront quelques fort belles séquences à se mettre sous la dent et un final cruel et morbide sur lequel n’aurait certainement pas craché l’ami Poe. Si vous aimez le gothique en noir et blanc, vous pouvez donc foncer, quand bien même le DVD édité par Artus Films n’a pas les honneurs d’une image restaurée. Mais qu’importe, ces petits défauts nous ramènent pendant une heure et demie dans les sièges des cinémas de quartiers, à coté des fameuses chiottes du Brady (où le film n’est jamais passé, mais on fera comme si). Et si cela ne suffit pas à vous faire avaler la pilule, sachez que le DVD est bourré jusqu’à la gueule d’entretien, dont un de quarante minutes avec Alain Petit (comme souvent chez Artus, remarquez), deux d’une dizaine de minutes avec Edoardo Margheriti, fils de son père, et Luigi Cozzi, réalisateur de Contamination. Et pour vous instruire, Anne Ferlat vous causera de la sorcellerie pendant une vingtaine de minutes. Autant dire qu’on n’est pas volés!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Antonio Margheriti
  • Scénario: Ernesto Gastaldi, Bruno Valeri
  • Titre: I Lunghi Capelli della Morte
  • Production: Felice Testa Gay
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska
  • Année: 1964

2 comments to La Sorcière Sanglante

  • Dirty Max 666  says:

    J’ai découvert « La sorcière sanglante » grâce au dvd made in Artus, avec en bonus un chouette portrait de Barbara Steele par Alain Petit. Mais je garde une préférence pour les deux autres pépites gothiques de Nini : « Danse macabre »(aussi beau que « Le masque du démon », en ce qui me concerne) et « La vierge de Nuremberg » (un ancien dvd mad, avec la regrettée Rossana Podestà). Sinon, je milite moi aussi pour que les entreprises de nettoyage interviennent davantage dans les cryptes. Si c’est une question d’ordre budgétaire, ce n’est pas grave : les bisseux se cotiseront. À nous de gérer ces comptes de la crypte !

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