Rosewood Lane

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Huit ans qu’on attendait son retour, en fait effectué en 2006 avec un Peaceful Warrior qui n’est jamais arrivé jusqu’à nous. Mais ça y est, Victor Salva is back avec un Rosewood Lane fait pour nous prouver sa bonne forme. Mission accomplie. Pas forcément…

 

Victor Salva, ici, on l’aime bien. Il n’a certes pas eu une vie personnelle des plus blanches mais le crypte n’est pas un tribunal de l’humain mais plutôt celui du bis. Et le Victor a de la chance: sa filmographie est plutôt bien achalandée, contenant tout de même l’un des meilleurs films de clowns (un sous-genre plus populaire qu’on ne le pense) avec Clownhouse et surtout les deux Jeepers Creepers qui auront ramené le monstre au centre de la série B américaine, à l’époque envahie par des tueurs masqués qui singeaient le Scream de Wes Craven. Mais voilà, si Salva fait généralement du bon boulot, le bonhomme a tendance à se faire rare et prend généralement son temps entre deux films, le record étant battu puisque cinq ans séparent Rosewood Lane de Peaceful Warrior. Alors c’est vrai, il a scénarisé l’épisode La Lettre réalisé par John Landis pour la série Fear Itself, mais autant oublier ce qui n’est clairement pas une réussite, bien au contraire, cet épisode étant plus embarrassant qu’autre-chose pour les deux hommes. Alors oui, on attendait son retour avec une certaine impatience, d’autant qu’on l’imaginait revenir avec le troisième opus des Jeepers Creepers dans les mains. C’est en fait avec un thriller plus modeste en poche qu’il est venu frapper à nos portes il y a maintenant trois ans, le film ne déboulant en DVD que l’année passée. En Belgique du moins, le film n’ayant visiblement pas encore touché le territoire français, ses habitants pouvant toujours se pencher sur l’édition Belga Home Video. Mais seulement si un thriller télévisuel ne les dérange pas…

 

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Le fameux DVD de Belga Home Video, qui n’a aucun bonus mais un joli boitier rouge (c’est pas que ça compense mais ça rend toujours plus joli dans armoire), essaie par ailleurs de faire passer le dernier film de Salva (jusqu’à Dark House, qui sortira cette année) pour un pur film d’horreur, ce qu’il n’est de toute évidence pas. Ou pas seulement, du moins. L’héroïne malheureuse du jour est une certaine Sonny Blake (Rose « Scream » McGowan), une psychologue de radio (genre Brigitte Lahaie mais sans le coté rigolo, en fait) qui emménage dans la maison dans laquelle son père est mort un an plus tôt, tombé dans les escaliers alors qu’il faisait monter son taux d’alcoolémie. Mais voilà, les emmerdes ne tardent pas à arriver lorsque la pauvre fille est harcelée par le jeune livreur de journaux du coin, qui s’infiltre dans sa baraque pour lui faire quelques frayeurs (genre changer de places ses petites figurines de porcelaine). Les flics (Ray Wise notamment, qui a déjà bossé avec Salva dans Jeepers Creepers 2) y croient moyen, associant tout cela à un trauma lié à la mort du daron de la pauvre fille qui selon eux est victimes d’hallucinations. Et puis vu que le gamin est mineur et ne fait pas grand-chose (car échanger quelques objets de place ne tirera pas grand-monde devant la cour martiale), ils ne sont pas franchement pressés par l’enquête. Heureusement, les amis de Sonny la croient (ce qui nous épargne l’habituel refrain du « vous me croyez pas, vous êtes des méchants et des pas gentils »), notamment son ex et sa meilleure amie (Lauren Velez, la Laguerta de Dexter). Tant qu’on est dans le casting, notons également le petit caméo de Lin Shaye qui devient populaire dans le genre au vu de ses nombreuses apparitions (Dead End, Insidious, Chillerama, 2001 Maniacs,…), qui se coltine ici un personnage anodin qui aurait pu être incarné par n’importe qui. Reste que les choses vont très vite s’envenimer, le livreur de journaux se montrant de plus en plus inquiétant.

 

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Comme dit plus haut, ceux qui viennent vers Rosewood Lane pour y voir un film d’horreur pur et dur dans la lignée de Jeepers Creepers seront déçus puisque le dernier Salva est avant tout un thriller. Un brin horrifique par moments, certes, mais un thriller tout de même. Le film s’autorise quelques effusions de sang mais pas suffisamment pour s’attirer les faveurs des goreux, qui devraient s’y attendre vu que le gore n’a jamais trop intéressé Victor Salva (ses précédents films ne misaient jamais dessus quand bien même certains plans étaient plus gratinés que d’autres). Nous sommes ici dans quelque-chose de plus Hitchcockien (toutes proportions gardées, hein), le métrage jouant sur les peurs, qu’elles soient du passé (le trauma d’enfance de l’ex de notre héroïne), liées à un lieu (la cave de la maison où partait se cacher Sonny lorsque son père en avait après elle) ou bien tangible (Derek, le livreur de journaux). Enfin, est-il réel, ce fameux livreur, au final ? Se trouvant partout à la fois, doté d’yeux noirs comme du charbon, il fout une pétoche de tous les diables à tous les habitants du coin et commence à faire son petit effet sur nous… Car Salva s’y connaît quand il s’agit de faire monter la tension. Vous pensiez ne jamais avoir peur à la vue d’une roue de vélo? Ce sera chose faite avec Rosewood Lane, qui se montre particulièrement efficace lorsque le vieux voisin de l’héroïne et celle-ci discutent dans la maison, le vieux tenant un discours inquiétant sur Derek, tandis que le chien se met à aboyer. « Ils le sentent quand il est là »… Et c’est lorsqu’on entend des bruits de pas venant du toit qu’on comprend que la rue, une impasse, est le terrain de jeu du garçon… Mais calmez-vous, de suite, car ces quelques rares scènes sont les seuls bons moments d’un film qui n’a malheureusement pas grand-chose dans le froc…

 

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Il est ici évident que Salva n’a pas tenté de pondre une œuvre particulièrement ambitieuse et à la vocation de changer la face du cinéma. C’était sans doute pour lui une manière de se remettre en forme, reprendre de vieilles habitudes pour pouvoir plonger plus efficacement dans des projets tout de même plus intéressants. Et cela se sent durant tout le film, qui n’est finalement qu’un téléfilm à patine plus cinématographique, le script ne se différenciant pas des petits films à suspenses que TF1 nous sort parfois l’après-midi et qui n’ont pour autre but que de divertir durant 90 minutes et faire baigner nos quelques neurones restant dans le Fanta. Rosewood Lane possède par ailleurs tout ce qu’il faut pour que le spectacle soit agréable: un concept mais simple qui bien utilisé peut amener de bons moments, un casting sympa et un réalisateur compétent. Mais le script (de Salva), très paresseux, vient tout balancer par terre, d’une part en faisant agir ses personnages de manière assez incohérente (ils prennent toujours des décisions stupides, la scène de Lauren Velez et le chat est un bel exemple de moment embarrassant à ce niveau), d’une autre en se contentant du minimum syndical. Il ne semble pas avoir été question d’être original ici, le film se déroulant de la même manière qu’un Hollywood Night lambda, se contentant d’entretenir une ambigüité quant à la personnalité de son vilain, dont on ne sait trop si c’est un humain pervers ou un véritable monstre ou démon. On s’en fiche un peu, à vrai dire, car la réalisation de Salva ne permet pas particulièrement d’élever le spectacle, juste de lui donner une facture correcte qui l’empêche de sombrer. Le taux d’implication est ici proche du zéro et ce ne sont pas les deux ou trois scènes agréables qui vont changer l’impression générale que l’on peut avoir du film. Notons tout de même une scène aux frontières du nanar, avec notre livreur de journaux qui observe les héros à travers un trou dans une barrière, s’agitant comme un excité et finissant par uriner dans l’œil d’un pauvre gars !

 

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Il faut dire que le sale gamin n’est pas trop mal interprété. Daniel Ross Owens lui prête ses traits juvéniles (alors qu’en vérité, il a déjà la trentaine), un acteur jusque-là cantonné aux séries télé et aux séries B et Z (The Final) qui fait ici le job, visuellement du moins puisque son visage colle bien avec le personnage. Il a tendance à en faire un peu trop, mais c’est toujours mieux que de ne pas en faire assez, ce qui est le cas du reste du casting. Rose McGowan en tête, l’actrice étant ici fort amorphe, bien loin des rôles généralement « larger than life » dont elle a écopé dans Planète Terreur ou la nouvelle version de Conan. Les autres font le travail sans se fouler non plus, Ray Wise en tête, l’un des bad guys de Robocop ayant chopé une gueule sacrément cinématographique avec le temps, ce qui semble lui suffire plus ou moins puisqu’il ne fait ici pas d’effort particulier. Mais après tout, pourquoi se trouer le cul pour un film qui semble lui-même d’une fainéantise pas croyable ? Il y a une frontière entre le modeste et le je-m’en-foutisme, qui semble ici atteint tant rien dans Rosewood Lane ne donne l’impression d’une implication particulière. Alors c’est vrai, cela se laisse une fois, et sans trop de problèmes, mais inutile de dire que le dernier Salva ne risquera pas de toucher votre lecteur DVD une seconde fois. Je vous recommande d’ailleurs d’éviter l’expérience, votre serviteur vous assurant qu’une seconde vision étant mortelle d’ennuis, la relative clémence que l’on peut avoir lors de la première s’envolant instantanément. Pas la purge de l’année, mais clairement un film voué à l’oubli. Et je parie mes pantoufles Tortues Ninja que Salva n’en dira pas que du bien d’ici quelques années…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario: Victor Salva
  • Production: Voltage Productions
  • Pays: USA
  • Acteurs: Rose McGowan, Ray Wise, Lauren Velez, Daniel Ross
  • Année: 2011

3 comments to Rosewood Lane

  • Dirty Max 666  says:

    Il y a un bout de temps déjà, j’avais lu une preview de ce film dans les pages de Mad Movies et depuis, je n’en avais eu aucune nouvelle ! Merci donc pour avoir chroniqué cet inédit, même si je reste plus excité par un hypothétique « Jeepers Creepers 3 » que par ce « Rosewood Lane ».

  • Roggy  says:

    Un film moyen qui n’exploite jamais son sujet. Moi aussi, j’attends « Jeepers Creepers 3 ». On verra bien.

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