La Momie Aztèque

Category: Films Comments: No comments

Vous aimez les momies mais vous en avez assez de voir ces foutues pyramides et de retrouver deux tonnes de sable dans vos chaussures ? Ne vous en faites pas, on a une solution toute prête pour vous: un voyage au Mexique où vous allez faire la connaissance d’une momie aztèque des plus reposantes…

 

Ah, le Mexique… Ses cactus, ses souris aussi rapides qu’un TGV fou, ses nachos et ses catcheurs,… Tout un monde, très attachant, et qui aura été transposé sur les écrans durant une vingtaine d’années, déployant tout son arsenal fantastique hérité des bandes-dessinées et romans photos locaux, qui le plus souvent mettaient en scène ces fameux catcheurs, amuseurs le jour, super-héros la nuit, qui partaient punir de sinistres savants, forcément fous, qui créaient robots et zombies en espérant devenir les maîtres du monde. C’était aux Santo et autres Blue Demon de leur donner des fessées bien méritées, mais ces amateurs de masques colorés (qui restaient généralement en noir et blanc sur nos écrans) n’étaient pas les seuls à peupler le cinoche mexicain et 1957 verra la naissance d’une autre gloire locale: la momie aztèque. Une cousine des égyptiennes, pas mieux conservée mais tout aussi énervée, et qui rencontrera un joli succès dans son pays d’origine, poussant son réalisateur Rafael Portillo à lui donner deux suites: La Malédiction de la Momie Aztèque, sortie la même année que le premier opus, tout comme le troisième, La Momie Aztèque contre le Robot, qui l’envoie régler son compte à une boite de conserve géante. C’est d’ailleurs cette trilogie qui reste l’œuvre la plus connue de Portillo, malgré ses interventions en coulisse sur certains films plus connus, comme La Pluie du Diable avec William Shatner. Sa trilogie est en tout cas plus représentative de son travail et, ça tombe bien, l’estimable éditeur Bach Films a sorti le tout voilà quelques années. L’occasion de toucher du doigt une malédiction forcément pimentée mais pas exempte de défauts…

 

momia1

 

Pauvre professeur Almada ! Alors qu’il vient fièrement présenter sa nouvelle théorie scientifiques à d’autres blouses blanches de renom, ses confrères se moquent de lui en sous-entendant que ses théories tiennent plus de la fumisterie que d’autre chose. Il faut dire que son histoire de séances d’hypnotisme permettant de faire parler les gens sur leurs vies antérieurs ne tient pas debout, d’autant plus qu’il n’a jamais testé ses idées, trop dangereuses pour l’hynotisé. Il lui faut donc une bonne âme, courageuse, qui sera prête à se laisser endormir par sa machine. Ce que sa petite copine est prête à faire ! Puisqu’il manque de volontaires, Almada est bien forcé d’accepter et expérimente donc sur sa compagne, qui se met à revenir dans sa vie passée, lorsqu’elle était une princesse aztèque sur le point d’être sacrifiée avec son amant. Dans ses songes, la jeune femme raconte où se trouve le trésor des aztèques, ce qui motive Almada à aller le chercher, ce qui prouvera à ses paires que ses séances d’hypnotisme fonctionnent vraiment (quand bien même ça prouve surtout ses talents d’archéologue, mais bon…). Mais Almada n’est pas le seul sur le coup et un génie du crime du nom de « la chauve-souris » compte lui aussi mettre la main sur l’or, suivant nos héros pour tenter de s’emparer du trésor avant eux. Mais ces allées et venues dans le temple aztèque finissent par réveiller la momie, qui n’aime pas qu’on vienne lui voler ses biens durant son sommeil…

 

momia2

 

Comme dit plus haut, le cinéma de genre mexicain s’est souvent inspiré des romans-photos ou bandes-dessinées pour créer ses histoires. Cela se confirme encore une fois avec La Momie Aztèque qui nous livre ici la plupart des clichés du genre. Outre la terrible malédiction de la momie qui, comme toutes ses consœurs, n’aime pas qu’on foule du pied son antre, on se retrouve avec un super-méchant tout droit échappé de vieux comics, à savoir cette fameuse « chauve-souris » (la référence semble évidente), génie du mal dirigeant une bande de malfrats typiques des années 50. Nous naviguons dans une mer de kitsch et de clichés, ce qui gênera probablement quelques matelots qui iront dégueuler dans l’eau, mais devrait également charmer quelques fiers marins, dont le capitaine Mordo qui a apprécié cet étalage de stéréotypes du fantastique d’antan. Car il y a beaucoup de naïveté dans l’entreprise et l’on ressent pleinement cette envie de fournir un divertissement populaire, dans le seul but d’amuser la gallerie et faire naître des étoiles dans les yeux des mexicains de l’époque. Pour peu, on se sentirait dans la salle avec eux, car la bonne volonté est ici communicative. On sent bien que Portillo a fait son possible pour livrer un spectacle apte à amuser les petits tout comme les grands, un vrai film d’aventure qu’il va amener à bon port, avec les moyens du bord. Le film est par ailleurs techniquement très solide, le noir et blanc étant joli et propre, les plans plutôt bien choisis et les acteurs assez convaincants. Le petit détail qui fait la différence est d’ailleurs leur délicieux accent, très Speedy Gonzalesien, qui achève de rendre l’entreprise très sympathique. L’ennui, c’est qu’une bandelette de momie vient se prendre dans les rouages et entraver la machine…

 

momia3

 

Car La Momie Aztèque n’a qu’un vrai défaut, un seul réellement gênant. Le problème, c’est qu’il vient tout foutre en l’air, sans ménagement. Le nom de l’horrible défaillance ? La lenteur. Ou plutôt devrais-je dire leeeeeeeenteeeeeuuuuurrrrrr… Car si vous vous demandiez quel peut-être le rythme d’un escargot affublé d’une coquille de béton, ne cherchez plus, vous en aurez une idée ici. Car tout prend dix plombes dans le film de Portillo, que ce soit la séance d’hypnose qui dure de longues minutes sans que cela soit particulièrement justifié, une danse rituelle aztèque (qui a pour seul mérite de nous apprendre que les mayas ne se foulaient pas lorsqu’il s’agissait de créer une chorégraphie) ou la fameuse descente dans le temple. Si ce n’est pas trop gênant pour cette dernière scène, qui rentre plutôt dans nos passions et centres d’intérêts, c’est clairement plus emmerdant pour les deux premières. On se surprend même à fermer les yeux et piquer du nez à certains moments, Portillo ayant tout le mal du monde à donner un peu d’allure à son récit, qui avance en rampant. Est-ce que c’est fait exprès pour atteindre une durée raisonnable de 80 minutes ? Pas impossible car il est vrai que si l’on retire ces longues minutes inutiles, le film serait amputé d’un bon quart de son corps pelliculé, si ce n’est plus. Il aurait sans doute été meilleur également, car personne n’aime voir encore et encore les mêmes plans, que ce soit ceux de la demoiselle endormie ou ceux du méchant en train d’espionner, à peu près discrètement, derrière une fenêtre entrouverte.

 

momia4

 

C’est bien dommage que le film perde autant de temps pour ne rien faire avancer, car celle qui en pâtit le plus est la momie, dont le temps de présence à l’écran est des plus réduits. La pauvre se réveille, attrape un pied, va kidnapper la demoiselle en détresse puis se bastonne avec les héros et c’est tout, le tout durant les vingt minutes terminales qui ne la laissent pas apparaître tant que cela. Qui pour faire le show avant cela, du coup ? La fameuse chauve-souris ? Elle ne fait pas grand-chose non plus, se contentant de se planquer pour écouter les uns et les autres, apparaissant de temps en temps devant l’un des héros pour le faire flipper, ce qui est contraire à ses besoins de discrétion par ailleurs. Le clou est atteint lorsqu’on en arrive à son « éradication ». Alors qu’on l’imaginait déjà se faire punir par la momie, elle est en fait lâchée par ses sbires sur une route, ce qui permet aux flics de la coffrer, le plus simplement du monde. On tient là la fin le plus misérable possible pour un méchant, même pour une série Z mexicaine ! Mais toutes ces maladresses et ce lent défaut ne ternissent pas trop la bonne image que l’on se fait de l’entreprise, qui a un cachet qui sauve le tout. Ce n’est clairement pas le film le plus passionnant à suivre, mais c’est en tout cas une belle preuve que des pays auquel on ne porte pas forcément beaucoup d’attention pour leur cinéma avaient tout de même le mérite d’avoir essayé, humblement et avec beaucoup de sincérité, et pouvaient fournir de belles séquences (car la momie est plutôt classe et les décors biens mis en valeur) et une certaine solidité technique. Largement perfectible mais très sympatoche, donc !

Rigs Mordo

 

momiaposter

 

  • Réalisation: Rafael Portillo
  • Scénarisation: Alfredo Salazar
  • Titre Original: La Momia Azteca
  • Production: Guillermo Caldéron
  • Pays: Mexique
  • Acteurs: Ramon Gay, Rosa Arenas, Crox Alvarado
  • Année: 1957

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>