Messe Noire

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Amis adorateurs du seigneur des mouches, réunissez-vous autour de moi! Apportez les hosties souillées, l’eau maudite, le bouc à égorger et les femmes dénudées! Il est temps de faire basculer le monde, d’inverser terre et ciel et de faire s’enculer chiens et chats! Mais… Attendez un peu… Quel est le con qui a oublié l’ordinateur?!

 

Le satanisme n’est plus ce qu’il était! La poudre de perlimpinpin dans le chaudron fumant, la dague lacérant doucement les formes rebondies d’une jolie blonde, les pentacles enflammés et autres têtes de boucs judicieusement empalées sur des pics, ça ne suffit plus. Maintenant il vous faut Windows Vista, deux disques durs externes et les vingt programmes qui vont avec. Et là, peut-être, si vous avez des couilles en or, un Satan pixélisé apparaîtra devant vous pour vous donner ses ordres. Tout cela coûte donc bien plus cher que lors du joyeux temps où kidnapper une vierge suffisait à l’invoquer, mais cela ne semble en tout cas pas manquer à Anton LaVey, sataniste notoire et ennemi public numéro 1 de toutes les bigotes que l’Amérique comptait durant les années 70. Le chauve ténébreux n’est en effet pas contre l’intervention de l’informatique dans le culte du diable puisqu’il a particulièrement apprécié Messe Noire, alias Evilspeak, premier film d’Eric Weston. Une petite série B, devenue culte suite à son apparition (temporaire, cela dit) sur la liste des Video Nasty, lui valant donc d’être prohibée durant quelques temps en Angleterre, et qui s’attarde sur le cas d’une bidasse maltraitée par les autres soldats et qui se réfugie dans les bras d’un prêtre au satanisme avéré via un ordinateur. C’est d’ailleurs la première fois que la technologie et le surnaturel sont ainsi mélangés, apportant encore un peu au coté culte de cette petite bande qui a son lot d’admirateurs et ressortie il y a peu en DVD chez Zylo, un éditeur qui apprécie les zolis films.

 

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Stanley Coopersmith est le pauvre gars du jour. Admis dans une académie militaire, il va y passer de sales heures, tous ses camarades s’étant ligués contre lui. La raison ? Le pauvre Coopersmith est particulièrement mauvais en sport et leur fait perdre tous les matchs, ce qui a tendance à démotiver son entraineur par la même occasion. Toutes les mauvaises blagues sont donc pour sa gueule et le pire c’est que c’est toujours lui qui se fait punir alors qu’il est le seul à ne rien faire de mal. Les autres matent des revues porno en classe, collent leurs merdes de nez dans leurs cahiers, jouent aux fléchettes quand le prof à le dos tourné, mais celui qui prend, c’est systématiquement Coopersmith. Sa punition de la semaine: nettoyer un sous-sol crasseux, ce qui par ailleurs le met à nouveau en danger puisque vit dans le coin un ancien sergent, devenu alcoolique, et plutôt porté sur le viol de jeunes et innocents garçons. Mais alors qu’il farfouille dans un coin, notre héros découvre une salle secrète, théâtre des rites sataniques perpétrés par Esteban, un prêtre espagnol tombé du coté obscure et rigolo de la force et qui avait découvert le moyen d’invoquer le grand cornu. Coopersmith découvre les précieuses notes de ce moine maléfique mais ne peut les déchiffrer sans l’aide d’un ordinateur, qui deviendra son nouveau passeport pour la vengeance, les forces des ténèbres se fondant en lui pour lui permettre de faire passer un dernier quart d’heure particulièrement horrible à ceux qui ont fait de sa vie un enfer… De prime abord, on pourrait penser à une version masculine de Carrie et en fait… ben c’est vraiment le cas puisque les grandes lignes sont effectivement assez proches du roman de King et de son adaptation par Brian de Palma. Messe Noir est d’ailleurs sorti en 1981 et les mésaventures de la pauvre adolescente se douchant au sang de porc étaient encore bien fraiches dans les mémoires…

 

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La comparaison s’arrête cependant à ce récit puisque le film ne mise pas nécessairement sur les mêmes atouts. Certes, la structure scénaristique est la même, les personnages sont également assez comparables, mais l’ambiance d’Evilspeak s’accroche nettement plus à la série B pure et dure que le film de Brian de Palma, qui s’évertuait surtout à faire un drame. On peut donc dire que Carrie est un drame horrifique là où Evilspeak est un film d’horreur dramatique. Le film de Weston est donc moins fin, c’est un fait, mais il n’en est pas pour autant dénué d’émotion. C’est même l’affection que l’on va porter à Coopersmith qui constituera la principale qualité du métrage, en tout cas le moteur permettant à la péloche d’avancer tout en gardant les spectateurs dans sa poche. Car il est bien difficile de ne pas s’attacher à ce pauvre gars qui se fait malmener d’un bout à l’autre du métrage par des ordures de la pire espèce, qui ne vont cesser de repousser les limites de la cruauté jusqu’à un point de non-retour qui finira de placer le spectateur du coté d’un Coopersmith qui finira bien entendu par se déchaîner sur eux. Et quoiqu’il puisse leur arriver, ce sera amplement mérité… Le film peut par ailleurs compter sur Clint Howard, acteur au physique particulier (avouons-le, son visage est parfait pour incarner des idiots), frère de Ron Howard (Le Da Vinci Code) qui le fera régulièrement jouer dans ses films et acteur régulier de la série B, vu dans Ice Cream Man, Le Dentiste 2, Ticks, Carnosaur ou encore Leprechaun 2, puis dans quelques films plus friqués (Rocketeer, les Austin Powers), généralement dans de petits rôles. Il est ici excellent et sa douleur teintée d’une grande naïveté fait des merveilles, l’on ressent parfaitement son désarroi, le personnage ayant en plus perdu ses parents peu de temps avant d’intégrer l’académie militaire. On ne lui souhaite que du bien et, malheureusement, il ne lui arrivera que du mal, le changeant en monstre au fil du film…

 

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Eric Weston fait ici ses débuts, Messe Noire étant le point de départ d’une filmographie qui ne contient pas grand-chose de très intéressant (soyons honnêtes) et qui a récemment été complétée par un Hyenas qui semble des plus Z. Ses premiers pas ne se sont en tout cas pas fait d’une manière particulièrement brillante même si le travail est des plus propres et que la réalisation se montre efficace, à défaut d’être inspirée. Il peut en outre se reposer sur une musique bien pensée et qui accentue autant le coté grave de la situation que les aspects plus mystiques, des chœurs féminins ne cessant de répéter « SATANAS » en boucle, ce qui est un peu rigolo mais colle finalement bien avec le sujet. La scène la plus surprenante est sans doute celle d’introduction, qui nous semble s’échapper d’un film bis européen, et très précisément d’un film des Templiers d’Amando de Ossorio. On retrouve quelques prêtres et moines sur une plage, excommuniant l’un des leurs, le sinistre Esteban, qui va sans attendre rejoindre ses fidèles du culte satanique et se lancer dans un petit rituel, avec demoiselle dénudée à la clé (sinon quel intérêt?). Un coté très espagnol donc, qui est en adéquation avec l’origine du fameux Esteban, qui comme son nom l’indique provient d’Espagne. D’autres séquences resteront gravées dans les mémoires des bisseux, comme ces effets 3D vus sur l’écran d’ordinateur de Coopersmith, peu impressionnants de nos jours mais qui firent sensation à l’époque, car ce n’était pas tous les jours que l’on voyait un pentacle tourner sur lui-même dans un effet en relief. Le film obtient par ailleurs une petite dose de psychédélisme bienvenu lors de ces séquences vintages et bien agréables à l’œil.

 

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Le clou du spectacle est bien évidemment le final, très gore, où les têtes se décrochent, quand elles n’explosent pas carrément (dans des effets voyants mais tout de même bien réjouissants) et où de furieux porcs débarquent pour manger les adolescents turbulents. D’autres effets viendront s’ajouter aux festivités mais je vous laisse le soin de les découvrir par vous-mêmes, d’autant que tout a été fait en plateau, avec des effets en durs qui ont parfois failli éradiquer quelques techniciens, certaines flammes n’étant visiblement pas faciles à contenir. Le film se finit donc sur une note aussi amusante qu’amère, car le récit reste malgré très dur et le pauvre Coopersmith continue de vivre en nous après la séance, mais c’est en tout cas une dernière entrevue plutôt bénéfique pour le film, qui se clôt de manière satisfaisante. On peut tout de même reprocher un rythme un peu trop pépère lors de la première partie, car si on ne se fait pas chier, on ne serait pas contre un peu plus de mouvement non plus. Un ou deux meurtres en plus n’auraient pas été de trop et auraient permis à cette série B de maintenir un rythme un peu plus nerveux. Car les recherches de Coopersmith dans son livre prennent un peu trop de temps, même si elles ont le mérite de bien placer l’histoire. Rien de bien grave en tout cas, Evilspeak étant une série B recommandable, surtout si l’on aime celles des années 80, celle-ci pouvant difficilement masquer son appartenance à cette douce décennie. Et puis, étant un Video Nasty (même s’il fait partie de la seconde liste, celle des films qui ne sont pas restés bannis), il mérite de toute façon une vision pour qui veut se rappeler ce qui pouvait choquer les anglais voilà trente ans. On peut comprendre que les croyants n’aient pas apprécié la scène où l’un des clous maintenant Jésus sur sa croix se décroche pour aller s’enfoncer dans le crâne d’un curé, mais ils doivent également comprendre que c’est justement pour ce genre de scène qu’Evilspeak mérite d’être revu ! Notons cependant que le DVD édité par Zylo souffre de quelques petits soucis (dont un son et une image pas top) si j’en crois certains avis vus ici et là sur la toile, certains se plaignant d’un décalage entre le son et l’image. Je n’ai rien vu de tel sur ma copie mais soyez vigilants, il semblerait que Satan s’amuse avec quelques galettes… Sacré coquin.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Eric Weston
  • Scénarisation: Eric Weston, Joseph Garofalo
  • Titre Original: Evilspeak
  • Production: Eric Weston, Sylvio Tabet, Gerald Hopamn
  • Pays: USA
  • Acteurs: Clint Howard, Don Stark, R.G. Armstrong
  • Année: 1981

3 comments to Messe Noire

  • Dirty Max 666  says:

    Mince, j’aurais dû choper le dvd en pack avec Mad Movies ! En lisant ton texte, je regrette bien de ne pas l’avoir fait. Travail critique impeccable comme d’hab. Bonne soirée, Rigs.

  • Jean-Pascal Mattei  says:

    De Palma, mais aussi Kubrick, celui de « Full Metal Jacket »…
    http://lemiroirdesfantomes.blogspot.fr/2014/07/messe-noire-full-metal-jacket.html?view=magazine

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