Grace

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Dark Touch, The Children, le récent remake de Le Monstre est vivant,… On dirait que les réalisateurs (et réalisatrices) officiant dans l’épouvante ont une peur panique de la paternité (ou de la maternité) au vu des horribles rejetons qu’ils créent… Ne comptez pas sur Grace pour inverser la tendance.

 

Certains prennent leur temps avant de sortir leur premier long-métrage, prenant un soin tout particulier à passer toutes les étapes, une à une et dans l’ordre. C’est le cas de Paul Solet. Protégé d’Eli Roth, il a réalisé plusieurs courts avant de se lancer dans des aventures plus longues, prenant même la précaution de réaliser un court-métrage du scénario qu’il aimerait voir en version étirée. Grace, le court, fut donc réalisé en 2006 dans le but de convaincre de potentiels investisseurs à placer un peu d’argent dans Grace, le long. Trois ans plus tard, le film sort enfin, raflant quelques prix dans certains festivals (prix du jury à Gérardmer, notamment) et atterrissant même en DVD chez TF1 Vidéo qui entre deux spectacles de Jamel Debbouze n’oublie pas de sortir quelques galettes plus tendancieuses comme le remake d’I Spit on your Grave. Grace aura même l’honneur d’être vendu en package avec le Mad Movies, permettant aux bisseux francophones de découvrir un film qui n’aura pas fait énormément parlé de lui, petite production indépendante oblige. Un appui bienvenu pour Solet, qui peut également compter sur le réalisateur Adam Green (Butcher, Frozen), ici producteur. Un coup de pouce supplémentaire est donné par Eli Roth qui dira que Grace fait passer son Cabin Fever pour une production Disney. Voilà qui est bien gentil et pourra effectivement aider cette petite série B à se faire un peu plus remarquer, même si la comparaison est assez hasardeuse, les deux films n’ayant absolument rien en commun si ce n’est une actrice…

 

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Madeline et Michael Matheson rencontrent un bonheur discret mais sont deux amants amoureux, juste un peu séparés par certaines phobies de la demoiselle, qui ne supporte pas le contact avec le sang et est adepte du végétalisme. Egalement traumatisée par plusieurs fausses couches, elle refuse toute assistance médicale pour son futur enfant, qu’elle préfère placer entre les mains de Patricia, une sage-femme qu’elle connaît de longue date et avec qui elle semble avoir eu une aventure homosexuelle. Mais les choses dérapent lors d’un accident de voiture (c’est dingue ce qu’on peut voir comme accidents de la route dans les films d’horreur depuis une dizaine d’années, faudrait songer à refaire les routes parce que là c’est l’hécatombe) qui prive Madeline de son époux et de son enfant, décédé en elle. Elle décide malgré tout de ne pas se faire opérer et d’expulser sa fille, qu’elle a nommée Grace, le plus naturellement possible. Mais alors qu’elle pensait donner naissance à un être mort-né, elle se rend compte que la petite est bel et bien en vie. Et que le lait ne lui convient pas vraiment… Ce que Grace veut, c’est du sang… Un poupon douteux, qui semble pourrir si l’on s’en réfère aux mouches qui commencent à envahir sa chambre. Madeline se replie alors sur elle-même et ne sort plus, attirant les soupçons de sa belle-mère Vivian, qui commence à penser que sa petite-fille, tout ce qui lui reste de son fils, serait mieux avec elle… Mais Madeline n’est pas prête à lacher sa progéniture pourrissante comme ça…

 

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Il y a plusieurs types de films d’horreur, plusieurs catégories, qui peuvent répondre à un maximum d’envies. Le bisseux veut se marrer un bon coup devant un spectacle simple mais efficace ? Il a les Destination Finale ou les Bruno Mattei ! Il préfère voir un truc qui fait peur, très premier degré ? Suspiria, L’Exorciste ou The Conjuring (pour citer une œuvre récente et ne pas passer pour le vieux con de service) lui tendent la main ! Mais peut-être ne désire-t-il pas avoir peur ni se marrer mais juste être un peu mal à l’aise, oppressé, comme dans un Polanski ? Grace fera alors parfaitement l’affaire. Le premier long de Paul Solet fait effectivement partie de cette catégorie de films qui doivent autant au drame qu’à l’horreur et qui tablent sur une horreur psychologique, une descente aux enfers mentale et tout en finesse. Pas de grosses effusions de sang, pas de jump-scares ou de décors gothiques, nous sommes ici envoyés dans le plus terne des quotidiens, dans la plus solitaire des existences. Car seule, Madeline l’est pendant tout le film, coincée entre son chat et Grace, qui ne fait que dormir ou… réclamer du sang ! La jeune maman doit alors se rendre à l’évidence: sa fille n’est pas normale. Que faire alors ? L’amener dans une clinique ? Certainement pas ! La jeune femme a déjà eu du mal à avoir son si attendu enfant, elle ne va pas s’en séparer aussi facilement, d’autant qu’il est tout ce qu’il lui reste de son mari… Madeline est donc coincée, elle qui vient de sortir d’une détresse infinie doit maintenant composer avec un bonheur sombre. Grace est une morte-vivante et elle a besoin de sang, ce qui ne signifie rien de bon…

 

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A la vue du synopsis, on pense immédiatement à un déroulement à la Hellraiser, notre cerveau imaginant immédiatement la pauvre Madeline en train d’éliminer tous ceux qui passent le pas de sa porte pour pouvoir nourrir sa descendance. Mais Solet n’est pas un réalisateur de série B classique mais un scénariste complet qui ne compte pas se contenter d’un alignement de clichés. Madeline essaie donc tout ce qui est possible et imaginable pour nourrir la petite sans trop en souffrir, car sa poitrine commence à porter les marques du besoin de sang de son enfant. Solet préfère donc ne pas tomber dans une horreur graphique pour laisser place à une épouvante sociale, celle de la solitude rencontrée par une mère célibataire qui commence à perdre pied… Il se permet également de parler de la perte d’un enfant, la mère du papa vivant très mal le décès de son fils. Possessive et visiblement passionnée par la maternité, elle a gardé la chambre de son fils intacte, avec lit en forme d’automobile à l’appui, symbole de sa folie. Une folie qui se traduit par son besoin d’allaiter, qui la poussera même à demander à son époux de la téter. La sage-femme n’est pas mieux lotie, visiblement marquée par la séparation vécue avec Madeline au point de développer des tics et de devenir envahissante, devenant presque un stalker. Autant dire que nous avons la sensation d’être tombé dans un gouffre de malheur et de folie, chaque personnage étant malsain à sa façon, y compris les plus discrets. Reste que l’interprétation est de qualité, à commencer par la fièvreuse Jordan Ladd qui tient le premier rôle avec maestria. La demoiselle est une habituée du genre puisqu’on l’avait déjà vue dans Cabin Fever, dans le parodique Club Dread ou le Hostel 2 d’Eli Roth. Saluons également la performance de Gabrielle Rose qui fait une belle-mère timbrée mais attachante tout ce qu’il y a de plus crédible. Une habituée du genre là-aussi, vue dans Le Beau-père, Timecop ou Jennifer’s Body.

 

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Vu qu’aucun de ses personnages n’est heureux, Grace est donc en toute logique un film peu rigolo. Drame poisseux, il ne s’autorise guère d’explosions gores, ce qui ne fait que rendre les séquences avec du sang encore plus dégoutantes. Le spectateur épouse le point de vue de Madeline, qui ne supporte pas la vue du liquide rouge et doit pourtant s’y habituer pour nourrir son enfant hors-norme. Solet réussit son coup, nous conditionnant peu à peu histoire de nous mettre à terre avec un plan final mémorable. Il se montre également habile en tant que réalisateur, Grace étant un film gracieux, aux tons froids et déprimants qui collent parfaitement au scénario. Cette première offrande longue durée est donc une réussite, un film objectivement intéressant. Mais subjectivement ? Grace est typiquement le genre de film qui met mal à l’aise, qui veut vous rendre mal assis pendant 1h20 et y arrive très bien. Impossible de nier la réussite accomplie par Paul Solet, mais il est également difficile de dire que c’est un film que l’on ressortira régulièrement. Un peu comme la plupart des films d’horreur « arty », bien faits mais qui ne font pas nécessairement passer un moment agréable, relaxant. Un film important, donc, qui déploie des thématiques bien croquées et développées et qui en prime développe un vrai sens du suspense, mais qui n’est pas à visionner lorsqu’on est malade ou déprimé, le genre de film qui n’a pas réellement pour vocation d’être apprécié mais plutôt de vous mettre la tête dans la boue et vous faire voir à quel point notre monde est sombre, putride et comme gouverné par les mouches. Allez, je me tire une balle et je reviens.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Paul Solet
  • Scénarisation: Paul Solet
  • Production: Adam Green, Cory Neal, Kevin DeWalt, Ingo Volkammer
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jordan Ladd, Spethen Park, Gabrielle Rose
  • Année: 2009

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