Les Monstres Invisibles

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Des hommes invisibles, ça ne surprend plus personne, j’irais même jusqu’à dire que c’est du déjà-vu ! Mais des cerveaux à antennes d’escargots qui viennent sucer la cervelle des pauvres fermiers du coin, vous avouerez que c’est déjà plus rare…

 

Les années 50, une période riche en « Monsters Movies » s’il en est. Un gorille martien à tête de crâne, des crabes géants télépathes, un gigantesque vautour s’attaquant aux avions et, bien sûr, les cerveaux. Car oui, les ciboulots maléfiques avaient la cote et semblaient motiver les réalisateurs, qui nous auront balancé quelques films avec le mot « Brain » dans le titre. The Brain from Planet Arous, They saved Hitler’s Brain (téléfilm des années 60, celui-là), The Brain that wouldn’t die, The Brain Eaters, Creature with the Atom Brain et j’en passe ! Dans ce sous-sous-sous-genre du cinéma horrifique, le plus apprécié est généralement Fiend without a Face (Les Monstres Invisibles lors de sa faible distribution dans les salles de quartiers francophones) qui est ironiquement le seul du lot à ne même pas afficher son appartenance à la mouvance écervelée dans son patronyme. Reste qu’il fait partie des plus remarqués et mémorables quand bien même son influence sur le genre reste assez faible dans nos contrées. Ce sont surtout les américains qui s’en souviennent et le considèrent généralement comme l’une des séries B les plus représentatives du cinéma horrifique américain des fifties. Ce qui est plutôt amusant compte tenu du fait que le film est en fait anglais ! Adaptation d’une nouvelle d’Amelya Reynold Long parue dans les années 30 dans le magazine Weird Tales sous le nom « The Thought Monster« , ce film de 1958 est réalisé par Arthur Crabtree (qui réalisera l’année suivante Crimes au musée des horreurs) d’après un scénario d’Herbert J. Leder (également scénariste de It! et The Frozen Dead) qui était censé réaliser Fiend whithout a Face avant que des problèmes de permis de travail ne viennent entraver ses plans. C’est qu’en tant qu’américain, il lui fallait le fameux permis s’il voulait pouvoir réaliser le film en Angleterre, et il ne put l’avoir à temps, forçant les producteurs à se tourner vers Crabtree. D’ailleurs si 95% du film est british, tout a été fait pour donner une patine américaine à cette petite série B. Le récit se déroule au Canada, les acteurs principaux sont américains et si les secondaires sont bel et bien anglais, ils furent doublés par des yankees pour éviter un accent qui risquerait de les trahir.

 

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Ce Les Monstres Invisibles nous balance dans une base militaire où nos forces armées sont bien emmerdées. Déjà peu appréciés par les habitants du coin depuis qu’ils se sont mis à faire des tests nucléaires, les soldats deviennent carrément détestés lorsque les fermiers régionaux sont retrouvés morts, le cerveau et la colonne vertébrale envolés. Tous les soupçons sont donc portés vers les bidasses qui se seraient bien passées de cette publicité malvenue et sont forcés d’enquêter pour prouver leur innocence. De fil en aiguille, ils finissent par s’intéresser à un docteur qui se révèle être un savant fou coupable de ces méfaits. C’est toujours la faute d’un savant fou, de toute façon. Celui-ci, spécialiste de la télékinésie, s’est mis en tête de développer ses talents, notamment pour pouvoir tourner les pages d’un livre sans avoir à utiliser ses petites paluches. Mais son expérience a bien évidemment foiré et sa pensée est devenue si puissante qu’il a créé des monstres invisibles qui sont désormais en liberté en train de se nourrir des méninges d’un peuple qui n’avait rien demandé. Et c’est lors du final que les monstres révèleront leur apparence, celle de cerveaux rampant dotés d’antennes d’escargots. De bien vilaines bêtes qu’il va falloir arrêter… Nous voilà donc face à un script des plus classiques, de ceux qu’on croise régulièrement si l’on se penche un peu sur ce qu’il était coutume de produire dans les années 50. Le but de l’entreprise n’était de toute façon pas de se distinguer du reste de la troupe horrifique puisque les anglais espéraient bien toucher le marché américain. Ils y parviendront si bien que des débordements se feront sentir lors de la sortie du film, la faute à une réplique des cerveaux visibles (ou invisibles selon les moments) dans le film qui grognait et faisait peur aux passants. Les flics finiront même par demander le retrait de la bestiole qui finissait par créer trop de chahut et troublait l’ordre public. Ces foutus cervelles étaient décidément intenables !

 

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Si ce cerveau limaçon faisait beaucoup causer en rue, il en est de même dans le film, assez bavard. Car les agissements des monstres font parler. Beaucoup parler. Sans doute pour cause de budget restreint, les cerveaux restent invisibles durant la première heure d’un film qui ne dure que 75 minutes. Que faire durant les 60 premières ? Papoter, pardi ! Nous allons donc observer les héros causer de choses et d’autres, se rendre compte que, tout de même, c’est fort bizarre ces cadavres retrouvés sans leur matière grise, mais promis juré, l’armée n’y est pour rien ! Ce sont donc des palabres de gradés avec des moins gradés, de parentes de victimes furibardes envers les divers soldats ou du palabre de scientifique qui vont nous servir de long apéritif avant que le plat principal ne daigne enfin sortir des cuisines. Et il faut bien avouer qu’on s’emmerde un peu car tout ça, on l’a déjà vu dans de nombreux films, et souvent en mieux. On aimerait donc que le film nous montre un peu moins ce qu’on connaît déjà et soit enfin disposé à mettre en lumière ce que l’on ne voit pas mais qui reste pourtant la principale attraction. Par chance, Crabtree n’est pas mauvais lorsqu’il s’agit de jouer un peu avec le suspense et les agissements invisibles de ses créatures sont des scènes plutôt agréables à suivre, rendues assez dégoutantes par des bruitages plutôt cradingues. Mais c’est bien peu, ces séquences ne représentant qu’une quinzaine de minutes réparties sur tout une heure où l’on devra surtout suivre l’enquête de personnages peu attachants car bien trop clichés et à peine caractérisés. Les acteurs semblent faire de leur mieux et ne sont pas particulièrement mauvais, mais on ne peut pas dire qu’ils soient spécialement doués non plus. Il n’y a par ailleurs personne de réellement intéressant pour le bisseux dans le casting, la majorité des acteurs s’étant contenté de Fiend without a Face comme incursion dans le fantastique. La seule personnalité réellement intéressante est Douglas Hickox, ici assistant, futur réalisateur de Théâtre de Sang avec Vincent Price et père d’Anthony Hickox (Hellraiser 3, Waxwork).

 

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Mais si la première heure est peu mémorable, il n’en est pas de même pour le final, qui rattrape le coup sans trop de difficultés. Nos fameux monstres deviennent enfin visibles et commencent à s’attaquer à un petit groupe de survivants, qui vont riposter avec ce qui leur tombe sous la main, à savoir des revolvers et une hache. Et c’est là que les surprises arrivent. La première c’est l’animation des cerveaux, qui est en stop-motion, ce qui est très étonnant pour une si petite production de l’époque. La plupart des autres films de l’époque se seraient contentés de quelques cerveaux pendus à des fils voir de marionnettes mais ne se seraient certainement pas lancés dans une entreprise aussi longue et couteuse que l’animation en stop-motion. C’est ici une équipe allemande qui s’est chargée du boulot et on peut dire qu’ils ont mérité leur chèque car voir ces créatures diaboliques en mouvement est un réel plaisir, un gâteau qui va bientôt recevoir sa cerise. A savoir du gore décomplexé. Je sais, ça parait surprenant, voire improbable, de se dire qu’un simple film de science-fiction des années 50 puisse se permettre du gore, mais c’est pourtant le cas. Car lorsque les héros tirent ou plantent leur hache dans les cervelles, celles-ci se mettent à chier du sang, qui gicle dans tous les sens à grand renfort de bruitages qui n’invitent pas à passer à table. C’est là encore une très belle réussite technique, bien entendu, mais c’est surtout un vrai plaisir de fantasticophiles puisque, même de nos jours, on ne voit pas tous les jours des cerveaux se faire démolir de la sorte. C’est très probablement la séquence la plus sanglante des années 50, ce qui vaudra d’ailleurs au film des problèmes dans son pays d’origine, les anglais appelant à la censure et reprochant aux producteurs de se lancer dans un cinéma putassier qui ne devrait convenir qu’aux américains. Une scène qui en gêna plus d’un mais qui est aujourd’hui la principale raison de vous envoyer le film…

 

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Car si The Fiend Without a Face sort la tête de l’eau, c’est grâce à ce final dantesque et inédit, surtout pour l’époque. Il ne serait pas scandaleux de vous dire que ce ne serait pas bien grave si vous décidiez de vous contenter des dix dernières minutes et de faire l’impasse sur les soixante premières qui, si elles ne sont pas mal réalisées (c’est du travail très propre), ne proposent pas grand-chose… Mais la fin vaut clairement le coup d’œil et l’on se prend à rêver d’un remake, qui aurait pu tout déchirer dans les années 80, époque où les thèmes classiques des années 50 étaient réactualisés par des effets gores à l’ancienne qui n’hésitaient pas à pousser le bouchon aussi loin que possible. Il suffit de voir le The Thing de Carpenter ou Le Blob de Chuck Russel pour s’en convaincre. C’est probablement ce qu’a pensé Roy Frumkes, scénariste du délirant Street Trash et réalisateur du docu Documents of the Dead qui s’attarde sur le travail de George A. Romero, qui tente de monter un remake de Fiend without a Face depuis quelques années. On espère de tout cœur qu’il arrive à ses fins car le même film que celui des années 50 avec un peu moins de papotage et plus de scènes comme le final et on peut avoir une tuerie à s’en faire sauter le caisson. Alors on en croise un max !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Arthur Crabtree
  • Scénarisation: Herbert J. Leder
  • Titre: Fiend without a Face (ENG, USA)
  • Production: John Croydon, Richard Gordon
  • Pays: Grande-Bretagne
  • Acteurs: Marshall Thompson, Kynaston Reeves, Kim Parker
  • Année: 1958

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