Citadel

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Le moins que l’on puisse dire c’est que le cinéma du Royaume-Uni ne constitue pas une très bonne office du tourisme. Car après Eden Lake, Heartless, Harry Brown, Outlaw ou même Attack the Block, voilà que débarque un Citadel qui ne sera pas plus tendre envers la jeunesse anglaise…

 

Attention, cette chronique contient quelques petits spoilers.

 

Le cinéma anglo-saxon n’a pas peur du politiquement incorrect, c’est un fait. Il suffit de voir Harry Brown et Outlaw, deux très bons films de vigilante qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent de la violence juvénile et des solutions qu’il faut adopter pour lui faire face. Des films qui ne donnent en tout cas guère envie de mettre un pied dans ces pays tant ils véhiculent une atmosphère de misère, à la limite du post-apocalyptique, comme si nous étions dans l’île-prison de New-York 1997. Mais sans Snake Plissken pour nous sauver les miches. Et ça, Tommy, le héros de Citadel, va vite s’en rendre compte. Alors qu’ils sont en plein déménagement, sa femme enceinte se fait attaquer par un trio de gamins encapuchonnés. Grièvement blessée, elle parvient tout de même à accoucher, tombant dans un coma dont elle ne sortira jamais, décédant quelques mois plus tard. Complètement traumatisé et devenu agoraphobe, Tommy se recroqueville dans un petit appartement qu’il quitte le moins possible, incapable de s’occuper de sa fille, qu’il peine à aimer. Son seul soutien provient de l’infirmière Mary, attirée par le jeune-homme et prête à l’aider à combattre sa peur des autres. Une peur qui ne va pas s’évaporer avec la rencontre d’un prêtre qui souffle à Tommy que les assassins de sa femme vont revenir pour lui prendre sa fille, Elsa. Ce qui ne manque pas d’arriver…

 

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Fait rare, Citadel est un film sur la peur. Car étrangement, le cinéma horrifique ne s’est pas penché si souvent que cela sur l’effroi que ressentent les victimes, la plupart des protagonistes du ciné de genre se transformant rapidement en de fiers guerriers prêts à foutre une branlée à l’ennemi. Le pauvre Tommy, admirablement interprété par Aneurin Barnard, sosie d’Elijah Wood, n’a rien de l’homme fort qui se relève après un choc, qui combat, fait face à l’ennemi et lui fait payer. Epouvanté par ce qui est arrivé à sa femme, il se terre dans son nid, prenant de longues minutes pour réunir le peu de courage qu’il a lorsqu’il doit sortir de chez lui. Citadel n’est pas un film qui s’intéresse aux agissements des délinquants, le réalisateur préférant braquer son objectif sur les victimes, le mal-être dont elles souffrent et la panique de chaque instant qu’elle subissent. En attaquant sa femme sous ses yeux, les petites brutes du film ont également volé toute vie à Tommy. Un portrait admirablement croqué, la peur ressentie par ce « héros » voyageant jusqu’au spectateur sans accroc. Une constatation peu étonnante lorsque l’on se penche un peu sur le cas du réalisateur, Ciaran Foy, qui fut agressé au marteau et à la seringue usagée lors de son adolescence, s’enfermant chez lui sans oser en sortir durant une longue période. Autant dire qu’il sait de quoi il parle, Citadel étant une œuvre on ne peut plus cathartique.

 

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Une œuvre qui fait aussi polémique, certains semblant y voir une morale douteuse, comme ce fut le cas également pour Harry Brown, jugé nauséabond par certains journalistes. Si c’est compréhensible pour la vengeance orchestrée par Michael Caine, ça l’est moins pour Citadel. Certes, la manière dont le héros se débarrasse de ses adversaires est un brin ambiguë, mais nous ne sommes par contre pas face à un film de justicier. On ne ressent à aucun moment une envie de vengeance chez Tommy, qui ne cherche qu’à protéger sa fille, et son escapade finale dans la tour où elle est tenue prisonnière tient plus de l’opération de sauvetage que de l’expédition punitive à la Charles Bronson. Le personnage du prêtre est peut-être plus troublant, symbolisant une sorte de grand-frère des quartiers qui aura essayé de ramener la jeunesse à de meilleurs sentiments avant d’abandonner pour en venir à des solutions plus costaudes. Si l’on peut voir en lui un éradicateur aux méthodes extrême, et donc un début de discours type « extrême droite », le film change en une seule phrase, l’homme admettant qu’il est la cause de tout, le curé ayant abandonné sa femme et les jumeaux monstrueux qu’elle avait mis au monde. Le sous-texte du film bascule alors, soumettant qu’au final, ces êtres violents sont devenus ainsi à cause de la société, qui les a abandonnés depuis longtemps, les livrant à eux-mêmes, sans marque paternelle pour les guider. Ciaran Foy semble nous dire que les choses ne sont ni toute blanche ni toute noire, son film balançant d’un point de vue à un autre. Comme s’il nous disait qu’il ne faut certes pas perdre son humanité face à la délinquance, mais qu’il ne faut pas non plus la victimiser au risque d’oublier ceux qui en souffrent. Un propos un brin politiquement incorrect qui ne permet pas au film de se faire que des amis.

 

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La politique et le social, c’est une chose, l’horreur c’en est une autre et, jusqu’à preuve du contraire, c’est ce qui nous réunis ici. Que vaut Citadel une fois son message mis de coté ? C’est la question à laquelle de nombreux festivaliers semblent répondre positivement, le film gagnant même le prix du public au Paris International Fantastic Film Festival de 2012. Et s’il est vrai que le film a pour lui de nombreuses qualités, votre serviteur ne sera peut-être pas aussi enthousiaste. Certes, le film aborde le thème de la peur avec maestria et en profondeur et son personnage principal est particulièrement touchant. Il contient également quelques scènes plutôt flippantes, comme cette intrusion de la part des petits monstres dans la demeure de Tommy. Et l’ambiance du film est oppressante à souhait, restituant parfaitement le malaise des personnages, perdus dans un enfer de béton, où toute civilisation semble éteinte, où l’on survit peut-être mais où l’on ne vit certainement pas. Mais à coté de cela, le film souffre de son évident manque de moyen. La réalisation n’est pas mauvaise mais pas particulièrement incroyable non plus et il faut aimer les éclairages ternes comme les petits budgets modernes nous y habituent depuis maintenant plusieurs années. Il faut aussi avouer que la venue du fantastique dans le film se fait de manière un peu malheureuse, avec le cliché du prêtre qui sait tout et qui est accompagné de l’étrange gamin aveugle de service. Notons également un final assez décevant, le voyage dans l’immeuble abandonné et nouveau quartier général des démons à capuches n’étant pas aussi prometteur que l’on aurait pu l’espérer. Et puis il faut bien admettre que le film souffre également de l’existence d’Heartless, grand film avec lequel il partage pas mal de points communs. Cela n’empêche pas Citadel de mériter le coup d’œil, le film étant tout de même l’une des meilleures bandes à petit budget sorties ces dernières années. Elle n’est juste pas aussi bonne que sa réputation le laissait entendre. Mais il faut toujours se méfier des bêtes de festivals… Reste que pour un premier film, Ciaran Foy frappe juste (à défaut de fort) et qu’il est plus que prometteur.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Ciaran Foy
  • Scénarisation: Ciaran Foy
  • Production: Katie Holly, Brian Coffey
  • Pays: Irlande, Grande-Bretagne
  • Acteurs: Aneurin Barnard, James Cosmo, Wunmi Mosaku
  • Année: 2012

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