Dément

Category: Films Comments: No comments

Et si les doux dingues du chef-d’œuvre Vol au-dessus d’un nid de coucou prenaient la fuite pour faire autre chose que partir à la pêche ? Et si plutôt que de s’en prendre aux poissons ils se mettaient en tête de partir en virée meurtrière ? Cette éventualité, Jack Sholder nous l’offre dans son Dément.

 

Dément est le film de toutes les premières fois. Pour Jack Sholder par exemple, qui signe ici sa première réalisation horrifique, quittant un passé de musicien (il était trompettiste) pour se consacrer au septième art, dans lequel il continuera d’opérer, toujours dans le sang et les frissons, avant de devenir professeur de cinéma. Première fois aussi pour le studio New Line Cinema (qui produira ensuite la saga des Freddy), qui produit ici son premier long-métrage horrifique, qui sera également l’un des premiers films d’horreur à bénéficier d’un son en Dolby Stereo. Et sans parler de débuts car elle travaillait déjà dans le milieu depuis quelques années, on a là aussi l’une des premières apparitions de Lin Shaye (Insidious), sœur du producteur Robert Shaye qui la conviera bien évidemment dans plusieurs de ses productions. Historiquement, ce Alone in the Dark (aucun rapport avec les jeux-vidéos et leurs minables adaptations par Uwe Boll) est donc intéressant et, histoire de continuer dans le bon sens, il se paie une jolie réputation. Celle d’être l’un des slashers les plus intéressants des années 80, ne serait-ce que par son casting qui réunit tout de même Donald Pleasance (les Halloween), Jack Palance (Terreur Extraterrestre pour rester dans le bis) et Martin Landau (Terreur Extraterrestre aussi, il est également le Béla Lugosi du Ed Wood de Tim Burton). Que du beau monde pour ce film qui fut édité en VHS par chez nous mais n’a pas eu l’honneur d’une ressortie sous forme de galette, que ce soit en DVD ou en Blu-Ray. Et comme ce sont souvent les meilleurs qui ne parviennent pas jusqu’à nos lecteurs, on peut légitimement faire confiance à Jack Sholder sur ce coup…

 

alone1

 

Changement de personnel à l’hôpital psychiatrique ! Le docteur Merton met les voiles, préférant se consacrer à d’autres patients, laissant sa place au docteur Potter (Dwight Schultz, aujourd’hui assez actif dans le doublage de dessin-animés) qui vient donc aider Leo Bain (Pleasance) à remettre certains esprits égarés sur des rails plus confortables. Des gens comme Frank Hawkes (Palance), un ancien militaire traumatisé, Byron Sutcliff (Landau), un prédicateur pyromane, ou encore le gigantesque Ronald Elster (Erland Van Lidth, le génial Dynamo de Running Man), pédophile avéré. Sans oublier un étrangleur qui a la manie de saigner du nez lorsqu’il s’attaque à une jeune fille et dont on ne voit jamais le visage, qu’il cache aux inconnus. Tous sont potentiellement dangereux et le plus malin du lot, Hawkes, commence justement à prendre en grippe Potter, qu’il soupçonne d’avoir assassiné Merton avec qui il s’était lié d’amitié, refusant d’imaginer que son précédent docteur soit parti voir ailleurs, le laissant derrière lui. Et bien entendu, c’est en ces journées de troubles psychologiques qu’une coupure de courant générale frappe, permettant aux quatre dangers sur pattes de prendre la fuite de leur institut. Leur but ? Commettre un maximum de meurtres mais surtout d’en finir avec Potter et sa famille, qui n’ont pourtant rien fait de mal…

 

alone3

 

S’il est souvent classé comme un slasher, Dément touche finalement à plusieurs genres sans réellement affirmer une appartenance à une mouvance particulière, ce qui était d’autant plus vrai dans le scénario d’origine qui envoyait la mafia au cul de nos fous, une idée abandonnée car jugée trop cher. Bien sûr, on pense beaucoup à Halloween de Big John, qui partage avec Alone in the Dark quelques éléments, comme Donald Pleasance bien évidemment mais aussi l’échappée d’un asile, le meurtre de baby-sitters à l’arme blanche et un bel automne. Mais le film lorgne également vers le thriller et, s’il sortait de nos jours, il serait sans doute qualifié de Home Invasion puisque nos fous encerclent la maison des Potter et tentent d’y rentrer pour les massacrer. Il serait par contre difficile pour le public de ne pas oublier qu’ils regardent un film des années 80 puisque le film transpire l’époque par tous les pores, que ce soit musicalement (il faut voir le groupe de punks pour le croire) mais également au niveau des fringues des protagonistes. Sorti en 1982, le film a bénéficié des effets de Tom Savini même si, pour être honnêtes, on ne voit pas trop ce qu’il a pu apporter car mis à part un monstre qui surgit de nulle part dans le délire d’un personnage, le reste du métrage est assez soft. On pourra bien observer une machette plantée dans un dos ou une gorge arrachée, mais rien qui dépasse un Vendredi 13, auquel Sholder fait un clin d’œil sans le savoir puisque l’un des psychopathes porte un masque de hockey. Mais en étant tourné quasiment en même temps que le troisième opus des histoires de la famille Voorhees, le réalisateur de La Revanche de Freddy ne pouvait deviner que le grand Jason allait adopter le même look dans son aventure en 3D. Il est évident que Sholder préfère se rattacher à la manière de faire d’un Carpenter plutôt que de suivre la meute de slashers gores qui commençait à traverser l’univers du grand écran à l’époque. Le maître-mot est ici « suspense » et le créateur d’Hidden fait tout son possible pour surprendre le spectateur plus qu’il ne cherche à l’écœurer avec ses effets sanglants. Le film découle donc d’une certaine tradition du film d’effroi, plus proche de l’esprit d’un Hichcock que du film d’exploitation classique. Ce qui n’empêche pas Dément d’avoir sa petite scène de batifolage et son plan nichon, car il faut tout de même vendre des billets, mais on sent bien que le but est d’être un peu moins routinier que les voisins.

 

alone2

 

Cela se ressent d’ailleurs dans le ton et dans le rythme du film, plutôt différents de ce que l’on pouvait avoir dans le genre à la même époque. Les différents protagonistes sont en effet loin d’être des adolescents et seule la babysitter des Potter peut permettre au film de se raccrocher aux wagons des slashers traditionnels. Dément se veut également plus décalé, ne serait-ce que via ses tueurs, imprévisibles. On ne sait jamais s’ils sont très intelligents, terriblement stupides, bons ou mauvais. C’est là l’intérêt du film qui nous propose d’éviter un certain manichéisme de ce coté-là, la bande d’assassins n’étant pas aussi détestables que la plupart des tueurs du genre puisqu’ils gardent une grande part d’humanité. Ce sont juste des êtres perdus qui vont nous faire partager leurs angoisses (le film s’ouvre sur un cauchemar de Martin Landau) et leurs accès de folie. Et c’est parce qu’ils sont difficiles à cerner et capables de changer du tout au tout qu’ils en deviennent effrayants, passant du rire au regard meurtrier en un claquement de doigts. Ils sont imprévisibles, ce qui en tant que bad guy est leur plus belle qualité. Sholder se refuse également à tomber dans la frénésie trop vite, la partie slasher ne s’enclenchant qu’à la moitié du film, le réalisateur (et également scénariste) prenant le temps de placer ses pions avant cela, ce qui ne manquera pas de faire dire à certains « qu’il ne se passe rien », et ils n’auront pas forcément tort. Avouons que la famille Potter n’est pas particulièrement intéressante et que l’on se fiche un peu de les voir assister à un concert, cette scène ne trouvant d’intérêt que lorsque l’un des fous fait de même, plus tard dans le film, histoire de créer un décalage avec ce que l’on a vu précédemment.

 

alone1

 

Si le scénario aurait gagné à être plus mouvementé, Sholder rattrape le coup techniquement. Très jolie photographie automnale, une réalisation assez académique mais qui comporte son lot de jolis plans, un très beau thème musical, le film est assez solide de ce coté sans non plus exploser tout sur son passage. Son atout est plutôt à aller chercher du coté de son casting, forcément séduisant. J’évacue d’emblée Donald Pleasance, que je n’ai pas senti plus impliqué que cela, qui a fait son boulot mais ne m’a pas retourné non plus. L’acteur était assez connu pour cachetonner sans se soucier outre mesure de ce qu’il faisait, je ne dis pas que c’est le cas ici mais l’on sent tout de même que la lassitude commence à poindre… Les grands, ce sont de toute évidence Martin Landau et Jack Palance, tous deux impeccables dans des prestations diamétralement opposées. Landau incarne le petit fourbe, celui qui est plein d’angoisses et ne vit pas des nuits tranquilles mais qui peut également se montrer le plus violent du lot. Il éprouve du plaisir à tuer, comme le prouve son rire dément, et tente de masquer ses actes derrière une religiosité de façade. Tout l’inverse de Palance, qui est le calme absolu, le méthodique de la bande, intérieurement furieux, mais qui se montrera être aussi le plus fragile du lot, le plus tendre, celui pour qui l’amitié est sacrée. Le film doit beaucoup à leur interprétation et c’est eux qui rendent ce premier essai de Sholder méritant, finissant d’en faire un joli film d’angoisse eighties, peut-être pas à la hauteur des attentes que l’on peut poser en lui mais en tout cas divertissant, parfois surprenant, mais surtout intéressant.

Rigs Mordo

 

aloneposter

 

  • Réalisation: Jack Sholder
  • Scénarisation: Jack Sholder
  • Titre: Alone in the Dark (USA)
  • Production: New Line Cinema
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jack Palance, Martin Landau, Donald Pleasance
  • Année: 1982

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>