The Collection

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Certains entassent des timbres, d’autres empilent les images Panini ou les jouets Star Wars. Et puis il y a ceux, plus raffinés, qui préfèrent les êtres humains, qu’ils soient morts ou vivants. Vous voulez jetez un œil aux collections de ces doux dingues ?

 

The Collector avait été la surprise de 2009, le film dont on n’attendait rien, sorti de nulle part et confectionné par des faiseurs dont le CV était principalement constitué des scripts de la saga Saw. L’étonnement n’en fut que plus intense lorsqu’on découvrit que la première réalisation de Marcus Dunstan était bien meilleure que les interminables (surtout minables, d’ailleurs) aventures de Jigsaw et ses dizaines de complices dénués de charisme. Bonne affaire financière, le premier opus se devait de connaître les joies d’une suite et c’est ainsi que trois ans plus tard débarque The Collection, qui voit son budget gonfler: de 3 millions pour le premier film on passe à 10 millions, soit à peu près les recettes obtenues par The Collector. Les producteurs ont probablement pensé qu’au vu du succès de l’original, il serait aisé de tripler à nouveau la mise, d’autant que le film aura droit à une sortie ciné plus importante. Fortune en vue. En théorie du moins, car en pratique cela ne s’est pas passé aussi bien qu’ils l’espéraient, le film faisant un bide (du moins par rapport à son budget), ne rapportant que 8 millions, ce qui est inférieur aux résultats de The Collector. Les producteurs auraient-ils eu les yeux plus gros que le ventre ? C’est plus que probable mais la qualité de The Collection est peut-être à mettre en cause, elle aussi… Car le résultat est loin d’égaler la bonne surprise que fut le point de départ de cette nouvelle franchise qui semble être déjà compromise…

 

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The Collection reprend les choses là où The Collector finissait, à savoir avec la capture du pauvre Arkin, cambrioleur de son état et, surtout, héros du premier film. Le Collector est désormais connu de la population, les journaux télévisés multipliant les reportages sur son compte et avançant le chiffre de cinquante personnes kidnappées par le sadique. Une médiatisation qui ne fait pas peur à ce dernier, qui va s’immiscer dans une boite de nuit pour y capturer Elena Peters, la fille unique d’un homme riche, relâchant Arkin par mégarde dans le même temps. Mais le cambrioleur n’est pas sorti d’affaire pour autant, une poignée de mercenaires embauchés par le père d’Elena l’obligeant à les accompagner dans la tanière du Collector pour récupérer la jeune fille. De retour dans la gueule du loup, Arkin va devoir tenter de ressortir de l’enfer dans lequel il est à nouveau plongé. Un concept proche de celui de Predator ou d’Aliens, le retour, qui mettaient eux aussi des gros durs armés jusqu’aux dents face à une menace aussi joueuse que diabolique. Le collectionneur compte bien les faire tomber comme des mouches, d’autant qu’il joue à domicile, dans un hôtel abandonné appelé « Hotel Argento », l’occasion de faire un gros clin d’œil à s’en arracher la paupière à une influence assez évidente. Si The Collector rappelait déjà les œuvres du maître italien au détour de certains plans, The Collection renvoie définitivement à Inferno, l’un des plus grands films estampillés Dario Argento. Hôtel labyrinthique, éclairages variés, apparitions fantomatiques du Collector, passages secrets,… Difficile de ne pas penser à l’hôtel particulier de la mère des ténèbres, même si les lieux n’atteignent bien entendu pas le niveau d’esthétisme incroyable de la suite de Suspiria. Ce qui n’empêchent pas toutes ces pièces d’être mortelles, pointes, pièges à loup et autre cramés du bulbe s’attaquant à notre troupe d’élite, quand ils ne tombent pas sur la collection en question, constituée de corps découpés et collés les uns aux autres dans un style assez personnel. C’est ça l’art, ma bonne dame.

 

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Concept prometteur, n’est-ce pas ? Le premier film était excellent avec cinq personnages dans une baraque, le deuxième avec sa dizaine de persos coincés dans un hôtel devrait tout exploser. Oui mais non… Si The Collector était aussi réussi, c’était pour son ambiance, pesante, et son coté survival, le pauvre Arkin devant jouer de discrétion pour éviter le tueur, qui ne savait même pas qu’il avait une nouvelle mouche dans sa toile au départ. Pas de ça ici: tout le monde débarque avec ses grosses pompes, les couilles dans le slibard, en faisant un max de bruit. Difficile d’éprouver un réel sentiment de crainte et de se faire du mouron pour des personnages armés de mitraillettes. On a beau savoir qu’ils vont tous y passer, on ne stresse pas comme dans le premier film, c’est un fait et ce même lorsque l’on suit les moins costauds Arkin et Elena, pourtant plus prompts à se faire dessouder. La faute également à une direction artistique bien différente. Alors que le premier film se passait presque exclusivement dans le noir, The Collection nous catapulte dans un train fantôme coloré. Ce qui n’est pas forcément un mal, cela a au moins le mérite de varier les plaisirs visuels, mais c’est définitivement moins angoissant. Tout comme la fameuse collection et les lieux, pas aussi impressionnants que l’on aurait pu le penser. On imaginait un véritable enfer sorti de l’esprit taré du collectionneur, mais on est au final dans un hôtel dégueu à mi-chemin entre l’usine et le carnaval… Un brin décevant, notre imaginaire (ou en tout cas le mien) nous faisant nous attendre à bien plus. Une déception qui va s’étendre jusqu’aux scènes chocs et gores du film, pas aussi marquantes que précédemment…

 

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C’est connu, si vous voulez happer le spectateur, vous avez tout intérêt à frapper fort dès le début. Marcus Dunstan le sait fort bien et nous confectionne un massacre à la moissonneuse dans une boite de nuit du plus bel effet. On ne voit pas ça tous les jours, il faut bien le confesser. L’ennui c’est que ça frappe tellement fort que du coup le reste du film parait un peu faiblard. S’il est plus gore que le premier Scream venu, The Collection nous déçoit un peu, ne paraissant pas aussi fou que le premier film. Une bonne partie du casting se fait d’ailleurs dessouder au couteau par le Collector, un manque d’originalité flagrant que l’on n’attendait pas de lui, le public s’attendant à voir des pièges incroyables comme la pièce remplie de glue acide du premier film. Et comme les personnages ne nous seront pas vraiment sympathiques… La famille du premier film était tombée dans la toile d’araignée du Collector, qui l’avait choisie. Cette fois, ce sont des bourrins qui se rendent chez lui d’eux-mêmes et vu qu’ils ne jouissent d’aucune caractérisation, difficile de s’inquiéter de leur sort. Cela nous amène aussi à un nouveau problème, celui de la narration, ultra-pressée et calquée sur celle des Saw. On se retrouve donc devant un film très court (1h15, et encore…) qui ne prend pas le temps de développer ses personnages. Cela peut se comprendre pour Arkin, que le public connaît déjà, mais les autres ? Elena se résume à une jeune fille sourde qui a failli mourir dans un accident de voiture et nous ne connaitrons rien des gus du commando, pas un seul trait de caractère. Le but des scénaristes Dunstan et Melton est ici d’envoyer tout le monde dans la baraque du Collector et le plus vite possible, quand bien-même ce film court-sur-pattes  pourrait se permettre de prendre un peu plus le temps. Une course contre la montre qui ne sert jamais le film, les moments de calme étant souvent aussi importants dans un film d’horreur que ceux de terreur…

 

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Petit remontée de qualité niveau réalisation, par contre, Dunstan semblant être plus à l’aise et se permettant quelques plans réussis. Il prend par ailleurs un malin plaisir à iconiser le collectionneur, qui débarque en défonçant une porte, accompagné de deux clebs mangeurs d’hommes et d’une mitraillette. Très joli, certes, mais un brin inadapté… Le pauvre collectionneur perd d’ailleurs un peu de sa superbe: de la veuve noire calme et tranquille qui observe les autres on passe à une mygale sautillante qui attaque tout le monde sans distinction ou calcul particulier. Et, sacrilège ultime, on en sait un peu plus sur sa vie de tous les jours ! Une drôle d’initiative, surtout lorsque l’on sait que Dunstan prévoit un troisième film, The Collected. Difficile d’espérer la sortie de ce qui formerait une trilogie, ce deuxième volet semblant déjà de trop. Pas nécessairement mauvais, le film est d’ailleurs divertissant, mais bien décevant face à son modèle dont il ne retrouve jamais les qualités ou la grâce. Moyen, ce The Collection terni déjà un peu la saga, alors pourquoi tenter le diable encore une fois ? De toute façon, vu la faible performance financière que ce musée des horreurs aura faite, il n’est pas garanti que l’on puisse en manger une troisième part…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Marcus Dunstan
  • Scénarisation: Marcus Dunstan, Patrick Melton
  • Production: Fortress Features, Lidell Entertainment
  • Pays: USA
  • Acteurs: Josh Stewart, Emma Fitzpatrick, Lee Tergesen, Christopher McDonald
  • Année: 2012

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