Frankenhooker

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Fuck la mort ! Crever, c’est pour les nazes ! Et si c’est votre compagne qui meurt, mettons en étant déchiquetée par une tondeuse, et bien vous n’avez plus qu’à récupérer les morceaux, prendre un peu de scotch et redonner sa jeunesse à madame !

 

Frank Henenlotter est un coquin de première catégorie, doublé d’un doux cinglé attachant. Regardez sa filmographie pour vous en convaincre: ce mec a fait un film dans lequel un gus trimballe son monstrueux frère siamois dans un panier et un autre mettant en scène une espèce de caca qui injecte de la drogue dans le cerveau d’un type. Vous imaginez un peu l’état de la caboche d’un mec qui vous sort des histoires pareilles et vous vous doutez bien que c’est pas ce mec que vous retrouverez en train de mater un Woody Allen avec un verre de vin rouge en main. Mais en même temps, est-ce bien pour nous déplaire ? Vu que dans la crypte on a une certaine affection pour les cramés du bulbe, vous vous doutez bien que non et le Frank fait définitivement partie de ces gars dont on se sent proche, de ces réalisateurs qui ne sont pas nés derrière les bancs d’une école tendance mais bel et bien dans les salles de cinéma crasseuses. Déjà gosse, le gaillard passait ses journées à arpenter les rues sales de la 42e Rue, regardant tous les films d’exploitation que les cinoches cradingues diffusaient en masse, encastrant dans son crâne les violences de la blaxploitation, les chaudes émotions du cinéma érotique et, surtout, les cascades sanguinaires du cinéma de genre. Comment voulez-vous que ça donne un bon enfant de chœur tout ça ? Non, le père Frank avait sa place toute désignée chez nous, l’amicale du mauvais goût qui sent bon !

 

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Jeffrey Franken (James Lorinz, vu dans Street Trash ou Robocop 3) est un électricien génial mais légèrement dingue, du genre à créer un cerveau avec un œil sans savoir ce que cette abomination est censée être ou représenter (il répond « je sais pas » quand on lui demande ce que c’est que cette merde). Ce qui ne l’empêche pas d’avoir une petite amie très belle et d’entretenir de bons rapports avec sa belle famille, qui l’invite à l’anniversaire du patriarche. Histoire de ne pas venir les mains vides, Jeffrey crée une tondeuse à gazon qui peut être pilotée via une manette, ce qui permettra à son beau-père de liquider sa pelouse tout en étant bien assis, le cul au fond d’un bon transat. Mais voilà, sa copine Elizabeth se fait découper en morceau par la machine tandis qu’elle montre à son père son fonctionnement. Jeffrey entreprend alors de faire revenir sa copine à la vie… Comme vous l’aurez compris dès le titre Frankenhooker (Frankenpute pour ceux qui sont vraiment très nuls en anglais), nous sommes là en pleine parodie de Frankenstein. Jeffrey a pour nom de famille Franken et sa copine se nomme Elizabeth Shelley, comme Mary Shelley à qui l’on doit le roman que nous connaissons tous. Mais ne vous attendez pas à une relecture gothique et classieuse digne de l’original. Non, plutôt que d’aller déterrer des morts dans un cimetière comme ses prédécesseurs le faisaient, Jeffrey décide d’aller chercher les morceaux de puzzles qui lui manquent pour ramener sa copine à la vie dans les bordels et les quartiers dangereux, véritables supermarchés du corps. Le voilà donc en train de faire son panier dans les ruelles sales, choisissant les nichons de celle-ci, les jambes de celle-là, créant peu à peu un être né de toutes les prostituées du coin mais qui ne ressemble à aucune d’elles…

 

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On le sait, Henenlotter n’est pas forcément le plus grand réalisateur qui soit. Il y a toujours deux ou trois plans qui font plaisir dans ses longs-métrages mais globalement il ne se distingue pas particulièrement des autres sur ce plan. L’intérêt du bonhomme est ailleurs, comme prouvé par Elmer le Remue-Méninge: c’est dans l’écriture que l’auteur trouve son originalité, et son intérêt, laissant libre cours à ses idées les plus folles. Comme la manière qu’à Jeffrey de tuer les prostituées nécessaires au bon déroulement de son plan. Trop couard pour les tuer lui-même, à l’ancienne, ce savant fou confectionne une drogue qui les tuera à sa place. Mais l’overdose proprette et attendue ne vient pas, laissant la place à quelque-chose de nettement plus déjanté: les putes explosent en un incroyable feu d’artifice. Autant dire que, malgré des effets spéciaux rudimentaires, le délire de la scène la rend instantanément culte. Et au fond, c’est ça Henenlotter: des choses qu’on ne verra jamais ailleurs que dans son esprit fou, ce qui le rend forcément inestimable. Car si un jour vous croisez un mec qui vous demande où il peut voir une dizaine de filles de joie éclater dans un déluge de couleurs lui rappelant le feu d’artifice qu’il a fait en 1996 chez Tata Ginette, que voulez-vous lui conseiller d’autre que Frankenhooker ? Rien, il n’y a que chez Henenlotter que l’on peut trouver pareil spectacle et quoique l’on puisse penser de son œuvre, qui n’est pas faite pour plaire à tout le monde, il faut reconnaître qu’il a le mérite de sortir des sentiers battus, de quitter le petit cocon, si confortable, du cinéma de genre traditionnel pour aller fouiner dans son imaginaire débridé. Autant dire que l’homme est des plus précieux…

 

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Contrairement à Brain Damage (titre VO d’Elmer) ou Basket Case, Frankenhooker laisse un peu tomber l’horreur et pousse plus loin l’humour, déjà présent dans les précédents travaux du réalisateur mais pas aussi souligné qu’ici. Véritable comédie fantastique, la péloche est trompeuse. On ne sait jamais si l’on a affaire à un faux film subversif ou à une fausse comédie familiale. Car derrière ses excès gores se cache une vraie bonne humeur et vice-versa. Le cul entre deux chaises, Frankenhooker ne semble pourtant pas hésitant, cette dualité faisant partie de la personnalité du film, qui ne semble pas se soucier de ce que l’on dira de lui, se contentant d’être lui-même, le plus simplement du monde. Bien décidé à nous offrir un spectacle aussi marginal que les personnages qu’il met en scène, Henenlotter nous amuse sans mal. Bien sûr, tous les gags ne sont pas réussis, on sent parfois un coté un peu ringard, mais on s’éclate franchement devant ce délire généreux et d’une sincérité à toute épreuve. Et, vite fait, le réalisateur nous rappelle que nous sommes aussi en face d’un film fantastique avec une effrayante bande de morceaux humains collés les uns aux autres, un moment répugnant et qui constitue un sacré moment horrifique qui pourrait dresser quelques poils sur vos petits bras. Freaks, la Monstrueuse Parade en mode déconne, en somme, constamment sur le fil, comme un trapéziste qui ne sait pas s’il va tomber à gauche ou à droite, dans la bassine du gore ou celle, plus parfumée, d’un humour déjanté.

 

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Bien que plus porté sur l’humour que les autres travaux signés Henenlotter, Frankenhooker ne dépareille pas du reste de sa filmo. On y retrouve le même amour inconditionnel pour les marginaux, qui mettent ici en avant leur coté drôle et tendre. Car si le tout est enrobé d’une grosse louche d’humour débile et de gore crado, il y a définitivement du cœur dans cette histoire. Après tout, notre Frankenstein du jour n’est pas un être fier qui brave la mort par ambition, par égo, mais bel et bien parce qu’il veut retrouver celle qu’il aime. C’est pour serrer dans ses bras l’élue de son cœur qu’il brave le Styx et commet des actes innommables, mais bien entendu tout ne se passera pas comme prévu. Si l’on se marre bien, nous sommes donc assez touchés par cette bande de bras cassés, que ce soit ce docteur du pauvre qui ne semble bon qu’à foirer ses inventions, qui lui font plus de mal que de bien, ou cette créature de Frankenstein qui découle du plus grand des amours mais se comporte finalement comme la plus idiote des bécasses. Elle est ridicule mais terriblement attachante en même temps. Et va bien entendu faire des ravages chez ces messieurs, mais pas dans le sens qu’ils espèrent… L’estimé Bill Murray ne s’y est pas trompé, lui qui déclarait en 1990 que si les gens ne devaient voir qu’un film cette année-là, c’était Frankenhooker. Alors si le vieux Peter Venkman vous le dit, vous savez ce qu’il vous reste à faire. Personnellement, il ne me viendrait pas à l’idée de lui donner tort, car Frankenhooker, et Frank Henenlotter plus généralement, c’est de la balle. Une chandelle qui explose et crée un arc-en-ciel qui tâche dans ciel noir du cinéma du genre. Un artiste, un vrai, mais sans le coté chiant qui va souvent avec.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Frank Henenlotter
  • Scénarisation: Frank Henenlotter
  • Production: Frank Henenlotter
  • Pays: USA
  • Acteurs: James Lorinz, Patty Mullen, Joseph Gonzalez
  • Année: 1990

 

2 comments to Frankenhooker

  • Dirty Max 666  says:

    Frank Henenlotter est un artiste authentiquement culte ! C’est clair, il n’y en a pas deux comme lui. Ses films sont toujours bricolés avec génie et s’enfoncent dans le « mauvais goût » avec une jubilation communicative. Une œuvre essentielle et salutaire.

  • Ranx Ze Vox  says:

    Pas vu celui ci mais j’avais aimé Elmer, je me mets en mode recherche.
    Hugo Spanky

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