Maniac

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Ils y passeront tous, soyez-en sûrs. Alors pourquoi Maniac ne se verrait pas offrir un petit lifting à son tour ? En plus, l’ami William Lustig reprend du service en tant que producteur en compagnie du français Alexandre Aja. Ca sent le French Kiss…

 

Tout le monde chie sur les remakes. Tout le monde. Même dans la crypte, quand une nouvelle version d’un classique est annoncée, on soupire un grand coup. C’est qu’entre les remakes inutiles (The Ring), ceux qui n’apportent rien (Freddy – Les Griffes de la Nuit) et ceux qui sont merdés de chez merdés (Fog), il y a de quoi gueuler un sérieux coup. Mais c’est comme ça, les producteurs n’aiment pas la nouveauté et préfèrent tabler sur des valeurs sûres, il faut s’y faire. Et puis, certains ont été des réussites, comme le Massacre à la Tronçonneuse de Marcus Nispel qui arrivait à rendre hommage au film de Tobe Hooper tout en se forgeant son propre univers, l’excellent L’Armée des Morts de Zack Snyder qui nous proposait une relecture musclée du grand Zombie de Romero ou encore les Halloween de Rob Zombie, tous deux très personnels et au final bien éloignés du film de papy Carpenter. Et puis les remakes, ce n’est pas nouveau. Les productions Hammer, par exemple, étaient des remakes des films de la Universal, tout comme John Carpenter aura modernisé The Thing et Le Village des Damnés. Alors ne crions pas au désastre trop vite et laissons sa chance à chacun, Franck Khalfoun méritant lui aussi que son Maniac soit analysé avant d’être détruit. S’il le mérite, du moins. Et puis William Lustig, réalisateur de l’original, est de la partie en tant que producteur, donnant un nouveau tour à sa société Blue Underground, jusqu’ici cantonnée aux sorties DVD de films d’horreur des années 70 et 80. Mais à la base du projet, on retrouve surtout Alexandre Aja, un habitué des relectures, assez réussies, comme La Colline à des Yeux ou Piranha 3D, et Thomas Langman, producteur français ayant le vent en poupe depuis le succès de The Artist. Une équipe variée dont on ne sait trop ce qu’elle va nous servir…

 

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A la base, c’était l’un des deux scénaristes du film, Gregory Levasseur, éternel acolyte d’Aja (ici second scénariste), qui devait mettre en scène Maniac, ce qui ne s’est pas fait parce qu’il venait d’être papa. C’est vrai que tourner du gore la journée et aller changer des couches le soir, c’est particulier. Qui appeler pour le remplacer ? Franck Khalfoun, pardi, l’homme ayant déjà bossé avec Aja sur 2eme Sous-sol, ce qui évite d’avoir à reconstruire toute une relation. Et contrairement aux trois-quarts des studios hollywoodiens, la fine équipe s’y connaît vraiment en matière d’horreur, ils en sont friands et ont la culture nécessaire pour mener la barque. Et ils savent fort bien que les fantasticophiles ne seront pas tendre avec leur remake s’il est raté. C’est que le classique de Lustig est apprécié, et pas qu’un peu, vu comme l’un des films les plus durs et crus de l’époque. Difficile de passer après, et refourguer une copie carbone n’aidera pas. Une idée leur vient alors à l’esprit: faire tout le film en vue subjective, dans la tête de Frank Zito, un tueur malheureux qui s’en prend aux jeunes filles. En ces temps de Found-Footages, l’idée semble être bonne, et viable commercialement parlant. Et on ne pourra pas trop leur reprocher de singer le film de Lustig, quand bien-même les deux versions sont narrativement proches. Mais il reste un problème de taille: qui pour incarner Frank ?

 

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L’une des raisons qui aura amené le Maniac original au panthéon des films d’horreur est très certainement la présence de Joe Spinell, le tueur du premier film. Pathétique, touchant, effrayant, le bonhomme donna vie à Zito, un homme tiraillé entre l’amour et ses pulsions meurtrières. Si le grand public ne se souvient probablement pas de ce grand acteur parti trop tôt, les fans d’horreur ne sont pas prêts de l’oublier. Mieux vaut là encore partir dans une autre direction, ce qui pousse Aja à choisir Elijah Wood, qui ne risque effectivement pas d’être confondu avec Spinell. De l’ours on passe à un petit être frêle, juvénile. Une décision placée sous le bon sens, aucun risque de comparaison possible entre les deux acteurs, un choix qui permet au film de s’offrir une personnalité différente. Et puis le Hobbit est plutôt bon acteur et, surtout, un vrai fan de cinéma de genre (il a fondé une boite de prod qui ne fera que ça). Bien sûr, avec un tournage en vue subjective, la star du Seigneur des Anneaux sera invisible durant une bonne partie du film, n’apparaissant que lorsque Frank se regarde dans le miroir. Un dispositif obligeant Wood à se trimballer une caméra sur le torse, prête à capter le moindre mouvement de ses mains meurtrières.

 

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Le film s’articule donc de la même manière que l’original, qui nous montrait donc le quotidien de ce pauvre homme qui, tourmenté par sa mère, se mettait à assassiner les femmes qui avaient le malheur de croiser son chemin. Même chose ici, le jeune Zito ayant été le témoin des ébats de sa mère avec de nombreux hommes (parfois en même temps), ce qui l’a choqué au point qu’il n’est plus capable d’avoir une relation normale avec une femme. Son affection, il la trouve auprès de mannequins sur lesquels il place les scalps de ses victimes, discutant avec eux comme s’ils étaient sa seule famille. L’original nous montrait un fou, le remake nous place dans sa tête. Un dingo qui va tomber amoureux en rencontrant Anna (Nora Arnezeder, vue dans des films français pourraves mais qui est ici parfaite), une photographe française qui s’intéresse à lui et à ses mannequins. Entre pulsions et amour, Zito va plonger encore plus profondément dans une folie décidément sans fond, faite de souvenirs qui reviennent à la surface au moment le moins opportun ou de flashs gores. Un pauvre type, pour lequel nous avons mal, mais qui devient soudainement un monstre lorsqu’il se met à courser les filles. Se baladant de longues heures en voiture à la recherche d’une proie, le petit être devient prédateur assoiffé de sang, ne voyant dans les femmes que des démones assoiffées de sexe. Il les punira en les poignardant et les scalpant, la vue subjective permettant de ne pas en louper une miette des effets spéciaux des magiciens de KNB.

 

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Plutôt gore, Maniac version 2012 est aussi un film très sombre. Se déroulant souvent de nuit ou dans des endroits sombres, il ne dispose d’aucune lueur d’espoir. Le monde de Frank est noir et vide, comme le placard dans lequel il se cachait pour observer sa mère coucher avec plusieurs ses nombreux amants. Le film de Khalfoun fait donc partie de ces pellicules qui tentent de vous mettre mal à l’aise, qui n’est pas divertissant à proprement parler. Ce qui ne veut pas dire qu’on s’ennuie, le film étant suffisamment bien rythmé pour garder l’attention du spectateur intacte. Khalfoun se montre être un réalisateur plutôt talentueux et, qui plus est, la vue subjective disposant de mouvement plus amples et naturels que les vomitives caméras qui bougent dans tous les sens des found-footage. Et si ce remake ne parvient pas à faire oublier l’original, il se fait une jolie place parmi les productions actuelles en ne reculant devant aucune noirceur et en plongeant le spectateur dans un monde ultra-glauque. Alors certains reprocheront aux producteurs le choix d’Elijah Wood, jugé peu crédible en tueur. Il est au contraire très plausible, ses victimes ne risquant pas de se méfier d’un adulte avec un corps d’enfant et se trouve très convaincant, que ce soit lorsqu’il doit montrer sa douleur comme lorsqu’il pète un câble et charcute ces demoiselles. Alors le film de Khalfoun, moins d’impact que l’original ? Certainement. Un film qui va au bout de ses idées ? Assurément.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Franck Khalfoun
  • Scénario: Alexandre Aja, Grégory Levasseur
  • Production: Alexandre Aja, Grégory Levasseur, William Lustig, Thomas Langmann
  • Pays: USA, France
  • Acteurs: Elijah Wood, Nora Arnezeder, Liane Balaban
  • Année: 2012

2 comments to Maniac

  • Dirty Max 666  says:

    J’ai moi aussi été conquis par ce remake. Crade et désespéré, ce Maniac 2012 étonne par son parti-pris couillu (l’histoire entièrement shootée du point de vue du tueur)et la performance d’Elijah Wood. Ça nous change du dernier Carrie…

    • Sylvie  says:

      Ouh pinaiz !! Me parle pas de ce dernier Carrie ! Je refuse de le voir (… enfin pour l’instant ^^).
      C’est intelligent d’avoir pris Elijah Wood, ça va sacrément donner un autre angle de perception. C’est pour ça que je déteste les remakes (sauf exception bien entendu), mais si c’est pour faire un copier/collé, autant s’abstenir.

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