Les Traqués de l’An 2000

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Si l’on vous dit « Australie » et « Survival », il y a toutes les chances que vous gueuliez en cœur « Woooolf Creeeeeek !!! », le représentant le plus connu du genre au pays d’AC/DC. C’est oublier bien vite une petite torpille bien bis qui était venue s’écraser dans nos magnétoscopes dans les années 80 et a refait surface en DVD dans les années 2000, justement l’année où quelques traqués avaient au cul des… détraqués !

 

Brian Trenchard-Smith ne sera jamais au panthéon de l’épouvante, c’est un fait. Ce n’est pas en ayant torché quelques direct-to-video comme les troisième et quatrième opus de Leprechaun ou Night of the Demons 2 que l’on peut s’asseoir aux cotés de Big John ou de Papy Romero et c’est tout juste si l’on peut se placer à la gauche d’un Charles Band ou un Uwe Boll. Mais Trenchard-Smith n’est pas digne du mépris, bien au contraire, lui qui n’a pour ainsi dire jamais arrêté de tourner, obtenant même le joli score de « trois film en 12 mois » pour l’année 1986. Et si les années 90 représentent sa déchéance, entamée avec quelques séries B qui lorgnent sérieusement vers le Z et continuée dans quelques séries télévisées comme Flipper, les années 80 auront été plus tendres avec le britannique. Certains se souviennent peut-être encore de son Le Drive-in de l’Enfer, une oeuvre des plus eighties. Un bon bisseux, qui à près de 70 ans est toujours dans la course et continue de tourner quelques téléfilms. Rien d’aussi marquant que son Les Traqués de l’An 2000 cependant, une petite série B qu’il était parti tourner en Australie en 1982, le pays des kangourous étant en plein dans sa phase fantastique. Pas étonnant d’ailleurs de trouver à la production un certain David Hemmings, touche-à-tout du pays, tour à tour acteur (Harlequin, Les Frissons de l’Angoisse), réalisateur (Running Scared) et donc producteur. Un gars qui semble avoir le bis dans les veines et aide à réunir un peu plus de 3 millions de dollars, ce qui est plutôt confortable pour un film du genre, quand bien-même une partie du budget va s’envoler, poussant Trenchard-Smith à revoir à la baisse ses ambitions. Mais rassurez-vous, ça ne se voit pas trop à l’écran !

 

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Nous n’avons peut-être pas été assez attentifs mais si l’on se fie à ce Les Traqués de l’An 2000, il ne s’est pas passé que de jolies choses en Australie au début du millénaire. Je ne sais pas comment nous avons pu ne pas apprendre que des camps de redressements avaient éclos un peu partout et y accueillaient des « déviants », comme ils disent. Qui peut être considéré comme déviant ? A peu près tout le monde, visiblement, puisque nous faisons la connaissance de trois pauvres innocents en route vers la rééducation, à savoir un résistant qui critique un peu trop ouvertement le pouvoir en place, une jolie blonde qui serait soupçonnée de prostitution et une tenancière d’une boutique chic qui n’a absolument rien fait si ce n’est s’outrer d’un tabassage fait avec un peu trop de zèle de la part de quelques policiers. Voilà donc nos trois nouveaux amis dans les mains du directeur Thatcher, un nom qui n’est bien évidemment pas choisi au hasard et qui est une pique lancée directement sur le cul de la britannique Margaret. Le film se fait d’ailleurs appeler Blood Camp Thatcher pour sa sortie vidéo sur le sol anglais, ce qui a certainement ravi l’intéressée, à l’humour légendaire… Reste que ça doit filer droit dans le camp Thatcher, comme le prouve le passage à tabac que subit une jeune fille qui a eu le malheur de se tromper de note lors d’une chanson ordonnée par le maître des lieux et ses gardes, castrés pour être plus méchants (!!!). Et s’évader n’est pas une solution, il suffit de voir le sort de ceux qui essayent: ils sont brulés vifs. Mais le sadique directeur s’ennuie un peu dans son camp de la mort et se dit qu’un peu de sport ne ferait pas de mal. Il invite alors quelques amis de la haute, dont un secrétaire d’état, qui vont chacun choisir un prisonnier qui sera relâché dans la nature. Le but est simple: partir à la chasse et lui faire passer un dernier quart d’heure atroce.

 

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Alors qu’il commence comme un film carcéral accompagné de la critique de la société qui va avec, pour critiquer la censure et une certaine idée de la normalisation notamment, ce Turkey Shoot (titre original, littéralement « le tire à la dinde ») se mue très vite en un survival pur et dur. On pense d’ailleurs à Running Man, qui sortira trois ou quatre ans plus tard, puisque nous avons encore une fois une petite troupe de héros (cinq prisonniers dans ce cas-ci) qui sont poursuivis par une troupe de traqueurs. Pas de type à la tronçonneuse ou d’adeptes du lance-flammes cette fois-ci, mais des gens de bonne famille qui vont tout mettre en œuvre pour rattraper leurs cibles et les pourfendre. Alors ils ne balancent peut-être pas des éclairs et ne sont sans doute pas très doués au hockey sur glace, mais ils ont tout de même un bel arsenal à disposition, car outre les classiques fusils à lunettes ou mitraillettes, on trouve un amoureux de la tractopelle et une lesbienne vicieuse qui joue de l’arbalète avec des flèches explosives. L’un des chasseurs amène même un monstre avec lui, une sorte de loup-garou qu’il aurait trouvé dans un cirque ! Autant dire que les prisonniers auront fort à faire pour survivre, quand bien même la promesse d’une libération en cas de survie devrait les motiver. Il y a d’ailleurs quelques têtes connues parmi les infortunés, comme le héros Steve Railsback, recroisé plus tard dans le Lifeforce de Tobe Hooper et The Devil’s Rejects de Rob Zombie. Nos regards se tourneront plutôt sur Olivia Hussey, mère de Norman Bates dans le téléfilm Psychose IV et débutante dans le slasher Black Christmas. Il y a également une connaissance australienne parmi les bad guy, à savoir Roger Ward, supérieur de Mel Gibson dans le premier Mad Max, qui prête ici son crane d’œuf et sa moustache au rôle d’un chef de la sécurité costaud et adepte du coup dans la gueule. Un bon gars, quoi, qui va prendre un malin plaisir à participer au sport concocté par son patron, bien plus déviant que ceux qu’il punit.

 

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Et de sport on devrait plutôt parler de jeux olympiques de la mort puisque les façons de se faire tuer dans Turkey Shoot semblent infinies. Participer au jeu de Thatcher, c’est prendre le risque de se faire broyer la colonne vertébrale, d’être coupé en deux, de se prendre une machette dans la caboche, d’avoir les mains coupées, de se faire tirer dans la bite (ouille !), d’avoir la tronche qui explose suite aux impacts de balles, de se prendre une fléchette explosive ou même de se faire arracher un orteil. Et cette liste de sévices est loin d’être complète, Trenchard-Smith ayant visiblement l’intention d’en donner un maximum au spectateur. Si vous voulez du cinéma d’exploitation barbare, vous allez en avoir ! Le réalisateur se permet même un final explosif digne de Commando, avec des avions qui balancent du napalm et la prison qui se rebelle contre ses geôliers, ce qui entraine une véritable guerre où ça tire et jette des grenades dans tous les sens. Les Traqués de l’An 2000 n’a d’ailleurs pas à rougir de la comparaison avec le classique bas du front de Schwarzy, le film australien parvenant à se montrer tout aussi frénétique ! Ca pète donc bien, le réalisateur étant visiblement aussi à l’aise avec l’action que l’horreur. Mais attendez un peu, il manque un élément pour faire de cette bisserie une œuvre d’exploitation complète, non ? Où est le cul ?! Il est là, ne vous en faites pas, nos charmantes demoiselles prenant une douche dans le plus simple appareil (sinon cela n’aurait aucun intérêt), dévoilant leurs poitrines à une caméra complice. Et histoire d’en rajouter une couche, elles sont malmenées par les gardes qui tentent bien évidemment de les violer, passage obligé de tout film du genre.

 

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Récapitulons: des chasseurs dignes du comte Zaroff, un pénitencier ultra-violent, du gore, un monstre, un final explosif, un futur peu enviable et de la fesse. On dirait que tout est là et que nous venons de trouver le film bis ultime, celui qui réunit tous les éléments du genre en une heure-trente bien remplie et jamais chiante. Comment se fait-il que Les Traqués de l’An 2000 ne soit dès lors pas plus cité ? Mystère, le film étant on ne peut plus recommandable, quand bien-même certains des acteurs ne le portent pas dans leurs cœurs. Ils ont pourtant tous tourné bien pire, d’autant que Trenchard-Smith n’est pas mauvais derrière la caméra, nous sortant même quelques plans fort jolis. Il est bien aidé par la magnifique nature qui s’offre à lui, et je ne parle pas d’Olivia Hussey mais bel et bien des l’île sur laquelle se déroule l’action du film, qui permet de varier les décors, qui passent de la forêt à la montagne sans oublier les champs et les mangroves. Ca dépayse et c’est en plus accompagné d’une bande-son qui semble toute droit sortie d’un film italien de la bonne époque, composée par Brian May (les Mad Max ou encore La Fin de Freddy). Il n’y a donc aucune raison de bouder son plaisir: si vous avez envie de vous taper une bonne chasse à l’homme et que Jean-Claude Van Damme est en congé, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Brian Trenchard-Smith
  • Scénario: Jon George, Neill D. Hicks
  • Production: FGH, Filmco Limited, Hemdale Film
  • Titres: Turkey Shoot (Australie), Escape 2000 (USA)
  • Pays: Australie
  • Acteurs: Steve Railsback, Olivia Hussey, Michael Craig, Roger Ward
  • Année: 1982

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