Grizzly, le monstre de la forêt

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Dans les années 70, Spielberg avait fait de la mer l’endroit le moins sûr du monde et nombreux furent ceux qui n’osaient plus y mouiller un orteil. William Girdler, lui, veut plutôt vous écœurer des bois, et ce à grand renfort de griffes dans la gueule. Alors remballez vos tentes!

 

Les Dents de la Mer… Parmi les films ayant été copiés maintes fois, le requin de tonton Steven figure en bonne place, au panthéon des animaux meurtriers. C’est que le milieu aquatique marchait bien, jadis, et il ne fallut pas attendre bien longtemps pour voir arriver les cousins énervés et amphibiens que sont Orca, La Mort au Large et autres Piranhas. Mais voilà, barboter ça va cinq minutes, le public finit par se lasser, voire par remarquer qu’on lui refourgue toujours le même plat, réchauffé au micro-onde en deux minutes. Alors il faut ruser, maquiller, rajouter de la sauce pour masquer l’odeur de rance. C’est ce que se dit l’équipe à l’origine de Grizzly, le Monstre de la Forêt, qui doit penser que piquer le scénario du chef d’œuvre de Spielberg en le transposant dans un milieu forestier suffira à faire avaler la pilule au public. L’idée d’origine provient du scénariste et producteur Harvey Flaxman qui se retrouve nez à nez avec un ours alors qu’il était en train de faire du camping. L’envie de faire d’un gros nounours la star d’un film horrifique ne tarde pas à germer et il s’associe avec William Girdler, réalisateur de films horrifiques oubliés comme The Manitou ou Abby. Après entrevue avec un producteur, ils obtiennent un budget de 750 000 dollars pour boucler le film. Autant dire le fond du larfeuille… A ce prix-là, il ne sera pas possible de faire un grand film mais au moins pourront-ils surfer sur la vague initiée par Les Dents de la Mer et doubler la mise. C’est là le but premier, après tout.

 

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L’histoire, vous la connaissez déjà. Deux campeuses se font bouffer par un grizzly, créant la panique dans cette réserve naturelle, mais pas suffisamment pour que le propriétaire des lieux accepte de fermer son parc le temps que l’animal soit éliminé. Ce qui laisse bien entendu à notre grand poilu le temps de déchiqueter quelques promeneurs. Oui, c’est le scénario des Dents de la Mer, repris quasi tel quel, jusque dans les personnages. On retrouve donc notre garde forestier du coin, cowboy dans l’âme (et pour cause, il est interprété par Christopher Georges, habitué des westerns, également vu dans Frayeurs de Lucio Fulci) et notre adorateur des ours (joué par Richard Jaeckel, là aussi un ancien cowboy), tous deux bien décidés à stopper la bête. Des personnages par ailleurs assez nombreux, trop pour pouvoir tous les développer suffisamment. On se demande encore quelle est l’utilité de cette femme qui semble attirée par Christopher Georges, tout comme le père de celle-ci, qui nous parle de sa cave à vin au début du film alors qu’on ne le reverra jamais par la suite ! Du remplissage pour étirer un peu la durée du film ? Il n’en a pourtant guère besoin, lui qui nous assomme déjà à coup de disputes pour savoir comment agir face au grizzly qui décime la population. Le film s’articule d’ailleurs sous cette structure: attaque de l’ours, dispute sur la démarche à adopter, attaque de l’ours, dispute sur la démarche à adopter, attaque de l’ours,… Vous aurez compris la suite. On ne peut donc pas dire que l’on s’amuse franchement lors de ces scènes de causette, qui ne font que souligner leur parenté avec Jaws, le génie en moins, cela va sans dire…

 

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Vous allez me dire, il reste les attaques de l’ours. Elles aussi sont calquées sur le grand frère à nageoire, approches en vue subjective à l’appui. Grizzly ose même reproduire l’impensable: un nouveau meurtre d’enfant! A première vue, on pourrait dire que Girdler n’ose pas aller aussi loin dans le cruel puisque son mouflet s’en sort. Mais pas sain et sauf puisqu’il laisse une jambe dans la bagarre contre Winnie l’ourson mécontent, ce qui est déjà fort sadique et, avouons-le, digne d’intérêt pour une production de cet acabit. Mais c’est malheureusement le seul moment réellement marquant de Grizzly, les autres attaques du monstre étant aussi mémorables que le temps qu’il faisait à Grenoble le mardi 11 juin 2002. La preuve: vous ne vous en souvenez pas ! Des assauts qui ne sont pas spécialement mauvais, même assez violents et sanglants, mais le manque de moyen empêche ces tueries d’être réellement impressionnantes, principalement à base de fausse patte d’ours s’abattant sur les campeuses. Et pour ne rien arranger, les plans sont suffisamment brefs pour que nous ne voyons pas grand-chose du gore, furtif (vous vous en rendrez compte en voyant les magnifiques screens que je vous ai fait et auquel je me vois forcé de joindre des légendes). Admettons tout de même que l’utilisation d’un vrai ours permet aux attaques finales d’être plus impressionnantes que les premières. Et il faut aussi reconnaître à la bête qu’elle frappe assez régulièrement, nous réveillant toutes les cinq minutes, le film étant finalement assez proche d’un slasher. Remplacez Jason Voorhees par un Bisounours qui aurait perdu son miel et vous avez le film de Girdler !

 

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Le gamin qui perd une jambe.

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Le cheval décapité.

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Le type qui mange salement et se fout du ketchup plein la tronche.

 

Vous l’aurez compris, Grizzly n’est pas une franche réussite et ce ne sera pas une grande perte pour vous si vous décidiez de passer à coté. Emmerdant quand ça parle, tout juste acceptable quand ça tue, on a là un avatar peu friqué de Jaws qui ne plaira qu’aux bisseux confirmés. Peut-être rigoleront-ils de quelques incohérences, comme lorsque l’ours décapite un cheval d’un seul coup puis frappe son cavalier qui lui se retrouve avec une simple griffe sur la joue. Et encore, parlez de traces de ketchup serait plus juste vu la pauvreté de l’effet qui rappelle que vous pouvez, vous aussi, faire un film d’horreur avec un hamburger (Claudio Fragasso l’a prouvé)… Histoire de rester dans la médiocrité, l’édition dvd n’est pas particulièrement exempt de défauts elle non plus. Le son de la VF est loin d’être bon et les sous-titres de la VOST contiennent quelques fautes, et ça, c’est quand ils nous font l’honneur d’apparaître. Reste que Grizzly a une petite base de fans nostalgiques qui apprécie le coté 70’s très prononcé, jusque dans la musique. Ah, on me souffle dans l’oreillette qu’elle est piquée à celle de… Jaws! Les habitudes ont la vie dure! Le film rencontra d’ailleurs un joli succès, l’un de ses producteurs se félicitant d’ailleurs de l’opération en ajoutant que c’est la meilleure chose qu’il aura produite, ce qui nous laisse perplexe quant à la qualité du reste de sa filmographie. Le film fonctionna si bien qu’une suite fut prévue, et tournée, mais n’eut jamais les honneurs de sortir, sous quelque format que ce soit. A la base un projet original titré « Predator: The Concert« , cette suite, toujours écrite par le même scénariste, David Sheldon (qui parfois crédité comme co-réalisateur du premier film par ailleurs), racontait le carnage perpétré par la mère de l’ours du premier film (!!!) lors d’un concert de rock. Un pitch alléchant qui en prime avait un sacré casting: Louise Fletcher, John Rhys-Davies, Georges Clooney, Charlie Sheen et Laura Dern (la femme de Sam Neill dans Jurassic Park). De nombreuses scènes furent tournées, y compris le concert de rock, en Hongrie, mais avant que soit utilisé un imposant ours mécanique, le producteur disparaîtra avec les fonds, scellant le sort de cette séquelle qui semblait plus prometteuse que son modèle. De quoi nous donner l’humeur d’un ours mal léché…

Rigs Mordo

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  • Réalisation: William Girdler, (David Sheldon ?)
  • Scénario: Harvey Flaxman, David Sheldon
  • Production: Harvey Flaxman, David Sheldon
  • Titres: Grizzly (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Christopher George, Andrew Prine, Richard Jaeckel
  • Année: 1976

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