Massacre à la Tronçonneuse 3D

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Leatherface, plus fort que Django et Bilbo ? Peut-être bien puisque lors de sa sortie américaine notre boucher fou aura tronçonné le cowboy et le nain et remporté le meilleur résultat au box-office (seulement durant ce week-end là, faut pas rêver). L’ennui, c’est que niveau succès d’estime, il y a encore du travail…

 

Pas facile d’être le septième opus d’une saga qui, aux yeux de beaucoup, n’a déjà que trop duré. Pas facile non plus de faire suite à un chef d’œuvre intemporel, Massacre à la Tronçonneuse en l’occurrence, ce que décident pourtant de faire les géniteurs de cette version 3D, foutant par la même occasion un bordel monstre dans la chronologie de la franchise, déjà pas facile à suivre. Rien de compliqué au départ, les deux premiers films (sortis en 1974 et 1986) étant liés: même réalisateur, suite direct, simple comme bonjour. Ca se corse un peu avec le troisième opus, Leatherface (1990), qui est en fait un premier remake, qui sera suivi d’un deuxième remake (1994), pourtant considérés comme les troisième et quatrième films, de simples prolongements. La saga d’origine compte donc déjà deux remakes non-officiels, ce qui n’est pas commun. Arrive ensuite le « vrai » remake de Marcus Nispel, qui sort en 2003, et sera suivi en 2006 d’une préquelle. La série TCM n’est donc qu’un éternel recommencement, une remise à niveau systématique, ce qui est finalement assez logique. Leatherface est un être humain tout ce qu’il y a de plus normal (enfin, on se comprend…), loin du surhomme zombiesque qu’est Jason ou du croquemitaine Freddy Krueger. Pas question pour lui de revenir à la vie parce que sa dépouille est frappée par un éclair ou parce qu’un chien pisse du feu à l’endroit où il a été enterré. Mais justement, à la fin du remake de Nispel (le dernier film si l’on voit la série dans un ordre chronologique puisque le suivant, Au Commencement, se déroulant avant) notre amateur de la tronçonneuse était toujours en vie. Amoché, mais en vie. Il y avait donc moyen de le réutiliser sans avoir recours au reboot et le balancer aux basques de la pauvre Jessica Biel, survivante de la version 2003. Mais c’était sans compter sur les gars de Nu Images (les Expendables) et Twisted Pictures (les Saw, Dead Silence) qui nous ont pondu… une suite du premier film !

 

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Aux oubliettes la première suite de Tobe Hooper, place à Texas Chainsaw 3D (oui, le « Massacre » a sauté, on se demande encore pourquoi d’ailleurs), qui est un cas à part dans le monde de l’horreur. En général, lorsqu’un remake sort, il est impossible de revenir à la saga d’origine, histoire de ne pas perdre un jeune public familiarisé avec les versions plus récentes. On peut donc s’étonner de voir sortir cette « suite » 10 ans après le remake de Nispel et, surtout, 39 ans après l’original. Une décision surprenante et risquée, d’une part parce qu’il n’est pas dit que le public actuel sera intéressé par pareille entreprise (cela dit, le film ne se vante pas de sa filiation directe avec l’original, on peut même à première vue penser que c’est un reboot comme un autre) et, surtout, les fans de la saga seront bien plus intransigeants encore. On ne rigole pas avec TCM, le vrai, un classique, un intouchable, peut-être le film d’horreur le plus adulé au monde. En faire une suite directe, c’est marcher sur des œufs de caille avec des bottes de fer. Même Hooper ne s’y est pas attaqué de front et a préféré prendre un chemin diffèrent, jouant la carte du second degré. Et même lui s’est fait des ennemis avec cette suite rigolarde, comme tous les autres films de la série, aucun ne faisant l’unanimité. Aucun sauf le quatrième et ce Texas 3D, détestés de tous. Bien sûr, il y a quelques défenseurs, une petite poignée d’irréductibles gaulois, mais c’est un pet d’hirondelle dans le ciel face à l’armée de détracteurs. C’est bien simple: impossible de voir un Flop 10 de 2013 sans y voir ce dernier opus, signé John Luessenhop. Un joli torrent de haine qui ne rassure pas des masses et ne donne pas envie de plonger dans le bain de sang que nous a concocté Leatherface. Mais il faudra bien y aller, histoire de se rendre compte par soi-même… Un maillot et on plonge.

 

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Comme précisé plus haut, ce film de 2013 fait suite à celui de 1974 et le montre sans tarder en nous balançant à la gueule des extraits du film de Hooper, les scènes de meurtres mais également la fuite de Marilyn Burns. La filiation est donc soulignée au gros marqueur et je ne suis pas persuadé que c’était la meilleure idée du monde de nous balancer un best-of de l’original, qui donne surtout envie de se retaper le Hooper (non, remonte ton pantalon Tobe, c’est pas ce que j’ai voulu dire)… Le film commence ensuite, reprenant là où Hooper s’arrêtait. Le personnage de Burns est amené à l’hosto, les autorités débarquent chez les Sawyer, nos adeptes de la charcuterie humaine, qui sont par ailleurs bien plus nombreux que dans la version de 74. On ne sait pas trop ce qu’ils foutent là mais un groupe de barbus accompagnent les tueurs, visiblement des membres de la famille eux aussi, ce qui donne surtout l’impression que le tour-bus de ZZTop s’est garé dans le coin et que ses roadies sont venus prendre les armes pour repousser les flics et les habitants du coin, lassés des histoires entourant les Sawyer. Ils décident donc d’en finir une bonne fois pour toute et balancent des cocktails Molotov, faisant flamber la demeure des bouchers fous et ses occupants. La seule à survivre est une gamine, encore bébé, qui sera élevée par l’un des couples vengeurs, qui la renomment Heather et l’élèvent en secret. Une vingtaine d’années passe et voilà que la jeune fille reçoit une lettre venant d’un avocat, la missive lui annonçant la mort de sa grand-mère, la vraie, qui lui lègue un magnifique manoir situé au Texas. La demoiselle prend donc la route, accompagnée de ses copains et d’un autostoppeur indélicat qui va s’amuser à voler tout ce qu’il y a de la valeur dans la demeure. Sa chasse au trésor l’amènera dans les sous-sols de la baraque où il tombera nez à nez avec… Leatherface !

 

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Je sais ce que vous vous dites: « c’est totalement con ». Et c’est vrai, ça l’est un peu. Leatherface a donc survécu à la vendetta des apprentis justiciers du coin, dont le chef est d’ailleurs devenu maire, et a vécu une vingtaine d’années planqué dans la cave de sa grand-mère, qui s’occupait de lui durant tout ce temps. Le premier réflexe est de se dire que ce n’est pas lui, que c’est un autre dingue qui sait manier la tronçonneuse, mais non, c’est bien lui, aucun doute possible. Bien entendu, le gaillard profite de sa liberté nouvellement acquise pour courser la pauvre Heather et charcuter tous ses amis, les années n’ayant visiblement pas trop de prises sur lui (il tient toujours une sacrée forme pour un mec qui doit quand même approcher la soixantaine, ce qui n’est pas facile à établir vu qu’il porte toujours un masque). Il est même champion au lancé de tronçonneuse, un sport olympique qui est surtout utile pour justifier la 3D, quand bien même votre serviteur n’en a pas profité puisqu’il possède le DVD (oui, j’ai acheté TCM 3D, moquez-vous). Je vous avouerai d’ailleurs que je n’ai pas eu la sensation de rater grand-chose, car à part quelques moments où la tronçonneuse s’approche de l’écran, le relief ne semble pas très utilisé. Nous voilà donc balancé dans un slasher pur jus qui, finalement, ne ressemble pas aux précédents films. Si ces derniers gardaient toujours un petit coté slasheresque, il était contrebalancé par une grosse touche de survival. Pas ici, Luessenhop tombant dans le classique petit jeu du chat et de la souris, Leatherface se cachant ici ou là, attendant d’avoir une victime à exploser à coup de marteau ou à couper en deux. Et c’est sans doute le problème le plus évident du film: ce n’est pas passionnant pour un sou.

 

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On doit bien se l’avouer: on ne perçoit pas un TCM comme un autre film, c’est un nom, une marque de fabrique, une institution, une saga qui a un sens particulier dans le monde du fantastique. On est donc plus facilement intransigeant avec un film portant son patronyme qu’avec un slasher lambda, ce qu’est le film durant une bonne partie. Ce n’est pas nécessairement désagréable à regarder et, finalement, nous avons tous un jour apprécié un spectacle de qualité similaire, pas bien finaud mais qui fait passer le temps. Mais voilà, un TCM c’est censé aspirer à mieux, avoir un peu plus de personnalité qu’un film d’horreur vite torché pour engranger quelques millions. Car une grande partie de Massacre à la Tronçonneuse 3D laisse penser que le niveau d’implication de l’équipe devait être proche du zéro. Visuellement rien de particulier et la réalisation est d’une évidente banalité. Le scénario se réserve quelques petites originalités (j’y reviendrai) mais les dialogues sont mauvais et sans saveur, comme les personnages, jamais attachants. On se fout donc bien de leur sort (vous me direz, c’est comme ça dans 99% des slashers) et heureusement que les meurtres sont assez sanglants (il y a tout de même un mec balancé dans une broyeuse de viande) et quelques effets à l’ancienne (un corps coupé en deux en gros plan), qui doivent cohabiter avec d’autres, numérisés et par ailleurs forts laids. Mais le spectateur ne se sent jamais impliqué, bien plus concentré sur le corps de la jolie Alexandra Daddario, dont la plastique avantageuse qui risque fort de rester le principal attrait du film. On ne peut d’ailleurs pas particulièrement saluer ses talents d’actrice, même si elle n’est pas aussi mauvaise que le reste de la troupe, tous à coté de la plaque et qui semblent sortir d’une série Z de Full Moon. Quelques vieux briscards viennent passer le coucou, comme le toujours sympatoche Richard Riehle (que vous avez tous vu au moins une fois, même sans le savoir, dans le premier Butcher par exemple si je veux rester dans les slashers) qui incarne ici un avocat, le seul perso agréable du film, mais aussi Gunnar Hansen (histoire de faire genre « on respecte l’original et on est des fans ») et Bill Moseley. On se demande d’ailleurs s’il est là pour incarner un nouveau personnage ou si c’est un clin d’œil à Chop Top, ce qui n’est pas impossible. Mais vous avouerez que ça fait peu et c’est d’autant plus frustrant que lorsque le film commence à devenir intéressant, il se dégonfle comme une baudruche. Il suffit de voir la scène de la fête foraine, par exemple, dans laquelle Leatherface débarque furibard. On se dit forcément que ça y est, on va avoir droit à une scène qui claque, à un vrai massacre qui donnera au film un intérêt. Mais non, personne ne meurt dans cette scène. PERSONNE ! Pas une goutte de sang n’y est versée. Décevant et l’on comprend mieux pourquoi le mot « Massacre » a été viré du titre original…

 

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Mais il y a encore un autre problème, franchement gênant. A un moment, histoire de surfer un peu sur la vague du found-footage, une scène montre un flic se balader dans la tanière de Leatherface, le tout étant visible via un écran d’IPhone. C’est là que nous nous sentons perdus dans un monde où le temps n’a pas droit de cité puisque nous nous pensions dans les années 90. Ben oui, le premier se passe dans les années 70, l’héroïne y est née, elle a visiblement la vingtaine, ça nous amène donc dans les années nonante comme on dit chez les belges, logique. Alors que fout un Iphone là-dedans ? Connerie des scénaristes ? Mauvais casting qui aurait dû privilégier une tête d’affiche plus vieille ? Peu importe, la cohérence en prend un coup et il est difficile de ne pas pouffer de rire en constatant la bêtise… Le courroux des fans était donc déjà bouillant et il n’allait pas refroidir avec le dernier acte (attention, ça va spoiler sévère) puisque notre Leatherface est présenté comme une victime, un être attachant, et que l’héroïne va le sauver des griffes du vilain maire, bien décidé à éliminer tous les Sawyer. Mieux (ou pire)! Elle décide de rester dans le manoir pour vivre avec son cousin meurtrier, dont elle s’occupera désormais. J’aime autant vous dire que cette fin pour le moins originale n’a pas que des amis mais elle n’est pas si surprenante que cela quand on regarde qui l’a écrite: un certain Adam Marcus. Ca ne vous dit rien ? Ca devrait puisque cet homme a réalisé Jason va en Enfer, neuvième Vendredi 13 qui, lui aussi, prenait de sacrées libertés avec le matériau d’origine (c’est le cas de le dire…). Il faut croire qu’il apprécie partir dans des directions nouvelles, pas toujours heureuses mais en tout cas courageuses.

 

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Bizarrement, cette fin ne m’a pas dérangé. J’irai même jusqu’à dire qu’elle est peut-être la plus grosse qualité du film. Je comprends les arguments des fans, car finalement elle ne fait pas très TCM (comme tout le film, qui délaisse la poussière pour un joli manoir propret) mais elle a le mérite de surprendre, d’être audacieuse. Et je trouve qu’elle ne fonctionne pas trop mal. Elle ne fait pas oublier la fadeur du spectacle qui a précédé, elle est sans doute tirée par les cheveux (l’héroïne change de comportement en un clin d’œil), mais elle a le mérite de tenter quelque-chose de nouveau. Tous les films TCM se ressemblent (a l’exception du deuxième), singeant le film de Hooper jusqu’à en filer la nausée, et j’avoue préférer un peu de nouveauté, même quand c’est fait aussi maladroitement. Le film en devient même assez intéressant, donnant la sensation d’avoir deux buts diamétralement opposé. On a cette volonté de proposer de l’inédit d’un coté, puis celle de faire un slasher lambda et facile à vendre de l’autre. Massacre à la Tronçonneuse 3D est un film bipolaire, qui a deux facettes qui semblent se détester, comme si le final criait à la première heure « vas te faire foutre, on va pas faire comme d’habitude » et qui logrne pas mal du coté de Rob Zombie (le début renvoie à The Devil’s Rejects, la fin à Halloween 2). Ca n’en fait pas un film réussi, mais c’est en tout cas assez intrigant. Avouons aussi que la volée de bois vert que se ramasse le film est un peu exagérée… Oui, le film est bancal, ne sait pas sur quel pied danser et est enseveli sous de nombreux défauts, tous assez gênants, mais soyons honnêtes: c’est le cas de nombreux autres slashers, qui ne se font pas chier dans la bouche comme celui-ci. Ils ne bénéficient pas d’autant d’exposition, il est vrai, et on attend moins d’eux que d’un TCM, c’est vrai aussi, mais revoyez les opus 3 et 4 et vous verrez qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil, que la saga avait déjà connu une sacrée dose de médiocrité. Tous les trois sont des mauvais films, mais à choisir, je préfèrerai toujours celui qui a tenté quelque-chose, même si c’est raté dans les grandes largeurs.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John Luessenhop
  • Scénarisation: Adam Marcus, Kirsten Elms
  • Production: Nu Images, Twisted Pictures, Lionsgate Films
  • Titres: Texas Chainsaw 3D (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Alexandra Daddario, Dan Yeager, Richard Riehle, Paul Rae
  • Année: 2013

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