Le Scorpion Rouge

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S’il y a bien un film qu’Olivier Besancenot ne doit pas apprécier, c’est bien Le Scorpion Rouge, alias Red Scorpion, puisqu’on peut y voir notre athlète suédois préféré, Dolph Lundgren, s’allier avec des africains et foutre une branlée monumentale à ses anciens alliés: les communistes.

 

Joseph Zito, voilà un nom bien connu des amateurs de slashers, le réalisateur américain ayant fait couler le sang des adolescents à deux reprises durant les années 80, après avoir touché au film de psychopathe avec Bloodrage. On lui doit donc les carnages perpétrés dans The Prowler (alias Rosemary’s Killer) et Vendredi 13 chapitre 4: chapitre final, deux péloches recommandables pour qui aime le genre, bien gores, le Vendredi 13 étant par ailleurs l’un des plus réussi de la longue série. Autant dire que les goreux l’aiment, le Joseph, mais ils ne sont pas les seuls, l’homme étant aussi apprécié des amateurs de grosses pétoires et de grenades qui explosent du militaire. Zito participa en effet aux grandes heures de la série B d’action des années 80 avec deux Chuck Norris: Portés Disparus, sorti en 1984, et Invasion U.S.A., qui déboulera avec ses gros flingues l’année suivante. Et il faudra attendre trois ans pour qu’un nouveau Zito explosif vienne cribler les salles d’impact de balles, ce qui sera fait avec Le Scorpion Rouge, qui mettra en scène Dolph Lundgren. L’un des premiers films en tête d’affiche pour le grand blond de fer puisqu’il n’avait fait que trois films avant cela: le James Bond Dangereusement vôtre dans lequel il fait de la figuration, Rocky 4 qu’on ne présente plus et Les Maîtres de l’Univers où il pouvait parader avec un look digne d’un chanteur de glam-rock puisqu’il incarnait un Musclor bien décidé à foutre sa branlée à Skelettor. Un début de carrière donc, mais également l’âge d’or de l’acteur, la période où ses films seront les plus visibles, s’octroyant des sorties en salle, un honneur que Dolph perdra dès les nineties…

 

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Red Scorpion fait partie de ces films relativement peu connus du cinéma d’action, de ces vétérans oubliés de la guerre des vidéoclubs, dont la mémoire est seulement célébrée par quelques fans de la star suédoise, qui voient là l’un de ses meilleurs films. Les autres sont moins tendres, lui trouvant un rythme défaillant et une idéologie un peu trop pro-américaine et anti-communiste jusqu’à en devenir stupide. La philosophie du film ne lui permet donc pas de se faire des amis et il en fut de même durant le tournage, pour une tout autre raison: le film s’est tourné en Afrique du Sud, en plein Apartheid, brisant par la même occasion le boycott international qui touchait les lieux. Et même les producteurs en voulaient au pauvre Zito, qui aura largement dépassé le budget qui lui était alloué de 8 à 10 millions de dollars, l’amenant aux environs de 16 millions ! Enorme pour une petite série B d’action qui aura par ailleurs bien du mal à se rembourser, le résultat au box-office US n’affichant qu’un timide 4 millions, un triste résultat sans doute imputable à la sortie du film, un brin tardive, lui faisant louper le coche et profiter de la mode lancée par les Commando et autres films de gros durs. Le reste du monde comblera les trous mais c’est une terrible déconvenue pour Zito, qui mettra dix ans à monter un nouveau film, Delta Force One avec Gary Daniels. Ce qui est d’autant plus dommage que ce Red Scorpion ne manque pas de piquant…

 

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Si l’on doit définir cette bande musclée en quelques mots, on pourrait dire que c’es « un sous-Rambo qui ne vaut pas moins que les épisodes 2 et 3 de la saga de Stallone ». Les ressemblances avec le troisième opus des aventures de John Rambo ne manquent d’ailleurs pas, le cadre désertique où se déroule l’action rappelant forcément Rambo 3, mais on ne pourra pas parler de plagiat puisque les deux films sont sortis la même année, ce qui fait un peu court pour reprendre le moule et pondre une copie carbone. La mode était de toute façon aux séries B guerrières et Zito était déjà coutumier du fait, il n’est donc pas étonnant de le voir balancer un soldat dans le sable chaud pour y vider quelques chargeurs dans la gueule de ses ennemis. Signalons par ailleurs que de ce coté là, le film ne ménage pas ses efforts puisque ça saute dans tous les coins. Les grenades volent, les roquettes passent, les obus s’écrasent, pour le plus grand bonheur des amateurs de la pyrotechnie qui devraient avoir un petit coup de chaud à la vision du film. Course-poursuite entre des véhicules lors de l’évasion d’une base, assaut de cette même base avec des rebelles armés jusqu’aux dents, fusillade près d’un étang, toutes ces scènes proposent une action débridée et pétaradante, pas forcément mieux torchée que chez la concurrence, mais en tout cas très efficace et satisfaisante. Là où le bas blesse, c’est lorsque l’on se rend compte que l’un dans l’autre le film ne contient pas tant d’action que cela. Sur l’heure-quarante que dure Le Scorpion Rouge, seule une vingtaine, peut-être une trentaine, de minutes montre de l’action, ce qui peu paraître court, même si pour être honnête je ne l’ai remarqué qu’une fois le DVD sorti du lecteur, en y repensant, et que je ne me suis pas ennuyé lors de la lecture du film. Mais je semble être minoritaire dans ce cas puisque la plupart des spectateurs s’accordent à dire que ça bavasse un peu trop et que Zito n’a pas assez bien dosé le rythme de son film, il est vrai assez peu fun.

 

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Red Scorpion est en fait l’un des rares films de l’époque à tenter d’offrir un scénario un poil plus étoffé que le tout venant, ou en tout cas de développer son personnage principal un minimum. Ce héros, c’est Nikolaï, l’élite de l’élite des Russes, une machine à tuer qui ne desserre jamais les dents, un Terminator humain. La nouvelle mission qui lui est assignée est simple: il doit se démerder pour devenir ami avec l’un des membres des forces rebelles africaines pour que ce dernier le mène à son chef, que Nikolaï devra abattre. Notre héros, on le comprend bien vite, n’est donc pas dans le camp des gentils. Vu que son futur pote est emprisonné et va bientôt se faire exécuter, il se fait passer pour un ivrogne et se met à tabasser ses collègues dans un bar, ce qui lui vaut une nuit au mitard qui lui permettra de croiser Kallunda avec qui il va se lier d’amitié lorsqu’il le sauvera de son exécution et lui permettra de fuir le camp, non sans amener avec eux un journaliste américain particulièrement virulent envers les russes. Puisqu’il a acquit la confiance de Kallunda, Nikolaï arrive jusqu’à sa cible, le chef des rebelles, mais ne parvient pas à l’éliminer, ce qui lui vaut une belle correction de la part de ses supérieurs, qui le torturent et s’apprêtent à le liquider. Mais notre soldat est bien entrainé et parvient à s’enfuir, faisant de lui un homme traqué par les siens, les rouges, mais qui ne peut pas aller se réfugier chez les rebelles… Pour un personnage principal d’une série B d’action, Nikolaï est donc plutôt intéressant à suivre: mutique (il a dix phrases dans tout le film), robotique, il ne ressent rien et se joue du pauvre Kallunda. Bien entendu, il se met à douter lorsqu’il voit tout le mal que les siens font, traversant des villages dévastés par sa propre armée, devant faire face aux femmes et enfants qui prennent peur à sa seule apparition, comme s’il était le diable incarné. Nikolaï se met donc à douter, tiraillé entre ces rebelles qui tentent juste de survivre et sa patrie. Entre le bien et le mal. Et alors qu’on le verrait facilement tomber du coté des gentils, Nikolaï choisit dans un premier temps de faire le mal et essaie d’assassiner le boss des rebelles. Il ne se range donc pas tout de suite du coté des bons et c’est justement ce qui pose problème aux amoureux de l’action qui fait BOOM.

 

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Sa mission échouée, sa patrie ne veut plus de lui et ne peut lui promettre que la mort, le forçant à fuir et mener un parcours initiatique. L’ami Dolph va en effet rencontrer une tribu reculée et peu évoluée, vivant dans la brousse, ce qui sera l’occasion pour lui de revivre et de découvrir un monde bien différent du sien. En un mot comme en cent, Nikolaï va obtenir une âme, va être accepté comme un être humain et ne sera plus une simple arme de destruction massive. Et c’est ce qui gêne la plupart des fans du genre: ça prend trop de temps. Car durant une bonne trentaine de minutes, il n’y a pas un coup de feu de donné, pas un nez de cassé, pas un ongle incarné. Juste Lundgren et son ami africain qui ne sait pas parler en train de chasser ou se la couler douce autour d’un feu, « Rendez-vous en Terre Inconnue avec Dolph » style. Et effectivement, on peut comprendre leur désarroi, car lorsqu’on achète un film avec Ivan Drago, c’est pour le voir faire décoller des crânes et réduire des couilles en bouillie, pas pour qu’il fasse un pique-nique dans la savane. Reste que de mon coté j’ai été assez content de voir le personnage bien développé, car en dépit des horreurs qu’il a pu commettre (notez qu’on en voit rien, mais il est vendu comme un vrai tank le gars) il est sympathique et très charismatique. Lundgren trouve là l’un de ses meilleurs rôles, parfait pour lui puisqu’à part sourire deux fois, il doit se contenter de rester de marbre, droit comme un i, et faire jouer sa mitraillette. On ne lui en demande pas plus et il s’acquitte parfaitement de sa tâche. Plus gênant aux yeux de beaucoup est le discours qui selon eux tombe trop dans le pro-américanisme et l’anti-communiste. Difficile de nier le deuxième point, les russes et communistes n’apprécieront sans doute pas le spectacle (ils sont décrit comme « le mal des peuples » quand même…) et il faut bien avouer que le film est un poil binaire à ce sujet. Par contre, je suis plus réservé concernant le discours sur l’Amérique, qui ne m’a pas sauté au visage. Certes, le seul américain du film ne fait rien de mal et est là pour informer, prenant des risques pour que le monde ouvre les yeux sur les horreurs du communisme, mais on ne peut pas dire qu’il soit particulièrement mis en valeur. Râleur, trop bavard, impoli, sans aucune reconnaissance envers Nikolaï (qui lui évite la mort, tout de même), voire fourbe et sans loyauté, voilà ce qu’est ce reporter américain. Alors si c’est ce qu’on appelle du pro-américanisme, il me semble contre-productif pour le coup… Que Zito ne soit pas favorable au communisme, c’est un fait, mais qu’il soit particulièrement fier de son pays ne m’est pas évident et j’ai la sensation que les seuls à sortir indemnes sont les africains. Le discours de Zito me semble donc plutôt être « laissez-les vivre comme ils le veulent, ils ne demandent rien à personne ».

 

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Comme vous l’aurez compris, à mes yeux, les défauts que tout le monde trouve dans Red Scorpion n’en sont pas vraiment. Il y en a d’autres plus apparents sur lesquels taper, comme le ridicule de certaines situations (Dolph en short en train de chasser le sanglier), une mauvaise utilisation de certains acteurs (quand on a cette incroyable trogne de Brion James au casting, on la montre plus que cinq minutes !) et, surtout, une réalisation peu inspirée. Zito ne nous offre aucun plan intéressant et semble se contenter de filmer ce qu’il a devant lui sans se poser plus de questions que ça. Planning serré ? Manque d’envie ou de talent ? Peu importe après tout, il n’est pas cohérent d’en demander trop à pareille production, avant tout produite pour tout faire péter dans tous les sens et qui propose tout de même de belles séquences, comme celle de Lundgren, à moitié-mort, devant se cacher dans le désert, un gigantesque hélicoptère le cherchant dans la nuit. Le pari est donc à moitié réussi mais il n’empêche que nous avons là l’un des meilleurs Lundgren qui, dans tous les cas, mérite une vision et aurait mérité mieux que le bide qu’il s’est ramassé. Mais en sortant en 89, le film sonnait daté, d’une part de par son discours politique, d’une autre parce que le cinéma d’action changeait peu à peu et les gros musclés solitaires et mutiques laissaient la place aux gars normaux et ironiques comme Bruce Willis. Malheureusement, il n’est pas toujours évident de s’y retrouver au niveau des DVD sortis du titre, la plupart étant scandaleusement mauvais (il existe même un Blu-ray pirate et français mais qui a la réputation d’être de piètre qualité) et sont toutes censurées (il manque un massacre au lance-flamme, seulement visible au Japon). Posséder une bonne copie de Scorpion Rouge ne semble pas aisé (j’en sais quelque-chose puisque la version disponible sur le DVD que je possède a clairement été tirée d’une VHS avec un son moisi). Je ne vais pas vous faire un guide, il sera plus simple de vous conseiller la version Arrow, disponible en Blu-Ray, qui ne dispose certes pas d’une version française mais est All-zone et dispose de nombreux bonus. Notons qu’elle est actuellement trouvable sur Amazon France pour seulement 5€, ce qui est donné pour un Blu-Ray importé ! Si à ce prix-là vous ne tentez pas le coup…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Joseph Zito
  • Scénarisation: Arne Olsen
  • Production: Jack Abramoff
  • Titres: Red Scorpion (USA)
  • Pays: USA, Afrique du Sud
  • Acteurs: Dolph Lundgren, Al White, T.P. McKenna
  • Année: 1989

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