Mutations

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La pluie. Son doux son, ses hachures, sa sombre beauté. Et ces saletés de limaces qu’elle nous amène ! Ces foutus cigares rampant sortent de leurs tanières à du deux à l’heure dans le but de vous chourer quelques salades, qu’ils adorent grignoter. Mais attention, les limaces de Mutations préfèrent la chair humaine à la verdure… Gardez vos doigts en poche !

 

Les insectes ont toujours eu le vent en poupe dans le cinéma d’horreur, inspirant une multitude d’artisans du bis, qui se permettront même de les agrandir au besoin. Il faut dire que ces bestioles étant souvent peu ragoûtantes, il est fort logique de les retrouver catapultées stars de séries B horrifiques. Les plus utilisées sont bien sûr les araignées, vedettes de toute une tripotée de films, des plus anciens (Tarantula!) aux plus récents (Arac Attack!), mais il ne faut pas oublier les moustiques (Mosquito), les tiques (Ticks), les sauterelles (The Day of the Locust), les vers (La nuit des vers géants),… Manquerait plus qu’un film sur les limaces, tiens! Non, vous avez raison, c’est improbable, personne n’aurait peur d’un truc si lent et qui ne représente à priori aucun danger. Quoi ? Qu’est-ce que vous me racontez ? Ca existe ??? Et ça s’appelle Mutations ? Arrêtez, vous vous foutez de moi ! Vous avez le dvd ? Montrez voir un peu… Ah oui… C’était vendu avec le Mad Movies il y a une dizaine d’années? Ils se sont pas foutus de vos gueules… Et c’est bien? Non, ne dites rien, nous allons voir ça ensembles.

 

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Mutations est donc un film sur des limaces mutantes qui s’attaquent à une petite bourgade, dévorant les malheureux habitant, s’infiltrant chez eux par les chiottes. C’est vrai que si tu vois une grosse limace dans la cuvette, tu te dis pas « tiens, une limace », tu te dis « merde, j’ai pas tiré la chasse et mon cigare est toujours là ». Pas connes, les limaces. Ne cherchez pas beaucoup plus d’histoire que ce que je viens déjà de vous conter, Slugs (titre original plus parlant) étant une série B somme toute assez banale qui mise plus sur l’originalité de son choix de bestiole que sur un scénario bien rôdé. Ecrit vite fait en n’oubliant pas de stéréotyper les personnages selon les codes des années 80, le script choisit pour héros un certain Brady (oui, comme le cinéma culte des bisseux parisiens des années 70 et 80), un brave gars responsable de l’environnement de la région. Et comment dire… Il est certainement l’un des héros les moins efficaces du cinéma. Prenons un exemple très clair pour illustrer la bêtise de l’individu: il est appelé avec le sheriff dans une maison pour y déloger un alcoolique. Mais, surprise, le vieil homme est mort, comme bouffé par on ne sait trop quoi (enfin, le spectateur sait, lui). Brady retrouve ensuite énormément de traces gluantes de limaces, un peu partout dans la cuisine. Mais il n’en prend pas réellement note. Il rentre ensuite chez lui et découvre dans son jardin d’énormes limaces noires en train de bouffer ses aubergines. Il tente de les toucher et l’une d’elle lui bouffe le doigt, ce qui le panique suffisamment pour capturer la crotte qui rampe et l’amener dans le labo d’un pote scientifique. N’importe quel demeuré ferait le lien entre les limaces et la mort du vieux, dans la minute, mais pas Brady. Il se pose, réfléchit en fronçant les sourcils et se tape des flashbacks remontrant le cadavre, les traces et les limaces. Autant dire que les limaces ont trouvé encore plus lent qu’elles. Et même lorsqu’il aura la certitude que les limaces sont dangereuses, le pauvre Brady ne prendra encore que des mauvaises décisions. Entre nous, si vous aviez une femme et que vous saviez que des limaces mutantes et mangeuses d’hommes rôdent, vous la laisseriez seule ? Non, bien sûr, à moins que vous n’aimiez pas votre femme. Mais Brady aime la sienne et cela n’empêche rien. Il laisse sa gonzesse seule comme une conne alors que le danger semble être partout, derrière chaque cuvette. Un héros comme on n’en fait plus, assurément!

 

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Le manque d’un script digne de ce nom n’est pas particulièrement surprenant quand on reluque du coté du réalisateur, l’espagnol Juan Piquer Simon. L’homme était un habitué du bis, qui aura certes pondu quelques films d’aventure inspiré par Jules Vernes, mais qui est surtout connu de nos services pour avoir plagié Massacre à la Tronçonneuse avec son Pieces, alias Le Sadique à la Tronçonneuse. Pas un grand film, mais une série B gore qui contente les fans de charcuterie et qui plait aussi aux amateurs de nanars. Ce qui explique un scénario assez simple pour Mutations, l’homme préférant soigner ses effets que son récit, pourtant adapté d’une nouvelle populaire écrite par Shaun Hutson: La Mort Visqueuse. Difficile de comparer les deux œuvres puisque je n’ai pas lu la nouvelle, mais on peut imaginer qu’elle soigne un peu mieux ses personnages, ici trop nombreux et présenté en deux secondes, histoire de pouvoir servir de bouffe pour les limaçons. C’est le premier défaut qui saute aux yeux, d’ailleurs: le film ne prend jamais le temps de se poser un peu pour caractériser ses personnages, même un minimum. Ils sont réduits à leur métier, untel étant le gentil mec de l’environnement, un autre le brave gars qui bosse dans les égouts, tous deux opposés au méchant maire et à cet enfoiré de mec de la compagnie des eaux, tandis que les jeunes ne pensent qu’à baiser et faire la fête. Impossible de s’attacher à qui que ce soit dans ces conditions, ce à quoi Juan Piquer Simon vous répondra probablement qu’il s’en fout et que vous êtes là pour le gore. Et, au fond, il a sans doute raison.

 

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Car s’il y a bien un truc qui permet au film de sortir la tête de l’eau, c’est le gore. Mutations est sanglant, très sanglant, voire même dégoutant dans ses bons moments. Si vous n’avez jamais vu un gars pisser le sang du nez avant d’avoir les yeux qui éclatent en projetant des vers, c’est le moment. De même, si voir une jeune fille nue se faire dévorer par des limaces vous attire particulièrement, vous savez quel dvd vous procurer. Des excès guère surprenants quand on connaît un peu le réalisateur, pas le dernier à aimer le gros rouge, et aux effets spéciaux plutôt réussis et bien crades comme il faut. Tellement crades que plusieurs pays censurent le film, quand ils ne l’interdisent pas carrément. Les limaces sont elles aussi réussies, ces grosses masses noires, constituées de vraies comme de fausses, et qui, contre toute attente, parviennent à être menaçantes. Ce n’était pas gagné vu les bestioles mais le pari est remporté, elles sont aussi dégueulasses que stressantes, un sentiment renforcé par le son qu’elles produisent, très crémeux. Pas mal pour un film au budget modeste (moins d’un millions de dollars) coproduction entre les USA et l’Espagne. Enfin modeste… Modeste au point de rayer une limace géante du scénario car trop chère à fabriquer, mais pas assez modeste pour éviter la destruction massive de la fin du film. Car (Attention SPOILER), histoire de virer les limaces, ils font sauter les égouts et… quelques maisons! A sûr que les gens sont tranquilles coté limace, mais niveau baraque aussi… C’est malin…

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Vous l’aurez compris, si vous aimez le gore, Slugs vaut le détour. A l’inverse, si vous êtes rebutés par des corps dévorés et que le sang vous fait tourner de l’œil au point que vous comptez fermer les yeux durant les attaques des limaces, ce n’est pas la peine de perdre votre temps. Cette petite série B ne vous apportera rien et mise tout sur ses effets choc, le reste n’étant là que pour faire remplissage et atteindre une durée correcte (80 minutes), ce qui est visible au peu de soin apporté aux scènes d’exposition. Les acteurs sont tous très mauvais, la musique est inégale (les jolies plages se disputent la place avec d’autres d’un kitsch pas croyable) et la réalisation est des plus fonctionnelles (pas de plan vraiment marquant). Ce qui n’empêcha pas le film d’être un petit succès de vidéoclubs, et il a bien failli avoir une suite, tout comme la nouvelle en avait eu une. Mais le projet tomba à l’eau, rejoignant les limaces au fond des égouts. Dommage, malgré tous ces défauts, Mutations aura au moins eu le mérite de divertir durant une heure et vingt minutes, ce qui est déjà bien. Et puis merde quoi, ya une tête qui explose à cause de la pression interne des limaces! C’est pas une idée génialement bis, ça ? Et puis il y a la scène de la limace qui bouffe un hamster, la pauvre bête ayant été visiblement emmerdée pendant le tournage à porter une fausse limace. Mais ça ne l’empêche pas de donner la meilleure prestation de ce film sympathiquement con!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Juan Piquer Simon
  • Scénarisation: Juan Piquer Simon, Ron Gantman
  • Titres altenatifs: Slugs: The Movie (USA), Slugs, Muerte Viscosa (ESP)
  • Production: Dister Films
  • Pays: USA, Espagne
  • Acteurs: Michael Garfield, Kim Terry, Alicia Moro
  • Année: 1988

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