La Révolte des Morts-Vivants

Category: Films Comments: 2 comments

revolteteaser

Pas une semaine ne passe sans que votre serviteur ne peste contre ce foutu ciel qui offre aux américains de belles éditions de films qui restent, et resteront sans doute, tristement inédits chez nous. Et quand le film en question est une pépite absolue du bis comme La Révolte des Morts-Vivants, ce n’est pas rageant, c’est impardonnable !

 

Ils ne s’en rendent peut-être pas compte mais les américains sont vernis. Car avec tous les bons éditeurs qui fleurissent dans leurs contrées, ils ont à disposition un grand choix de DVD et Blu-Ray tapant dans le bis d’antan alors que nous, pauvres francophones, devons nous contenter de deux ou trois éditeurs qui font bien entendu de l’excellent boulot mais qui ne peuvent bien entendu pas couvrir toutes les sorties des années 60, 70 et 80. Bien entendu, il reste des inédits au pays de l’oncle Sam, comme partout, mais disons qu’il y en a moins, un fan de cinéma de genre italien ayant de quoi se sustenter avec les dix mille éditions des films de Fulci, Argento ou même Mattei. Heureusement, la plupart de ces éditeurs ont bien compris qu’en dézonant leurs galettes ils pouvaient les écouler plus facilement, notamment à des français de plus en plus prêts à passer par l’import pour satisfaire sa soif de sang frais. Mais il lui faudra également un lecteur All Zone, ou au moins un lecteur Zone 1, s’il veut pouvoir se caler dans les gencives quelques perles qui restent impossibles à visionner sur nos engins. C’est le cas de la saga des « Blind Dead », constituée de La Révolte des Morts-Vivants, Le Retour des Morts-Vivants, Le Monde des Morts-Vivants et La Chevauchée des Morts-Vivants, quatre classiques du cinéma bis espagnol qui auront inspiré bon nombre d’artistes, et pas seulement du milieu cinématographique. On ne compte effectivement plus les groupes de metal à avoir un jour fait référence aux Templiers, sinistres cadavres qui se réveillent pour faire de nouvelles victimes dans leurs catacombes. Les plus connus sont les excellents Cathedral et Hooded Menace, ces derniers utilisant même ces zombies espagnols pour leurs logos et pochettes. Et quand on voit ces séries B, on comprend aisément pourquoi.

 

revolte3

 

Cette tétralogie d’outre-tombe (qui aura également des opus non-officiels) a été portée à bout de bras par un seul homme: Amando de Ossorio. Né en 1918, mort de vieillesse en 2001, le réalisateur/scénariste aura eu une jolie filmographie, constituée d’un peu plus d’une quinzaine de films qui, malheureusement, ne le satisferont guère. Le père des Templiers n’était effectivement pas des plus ravis lorsqu’il regardait dans le rétroviseur, déplorant qu’aucun de ses films ne ressemblaient à l’idée qu’il s’en faisait avant de les tourner, les restrictions budgétaires l’empêchant de laisser libre court à son imagination, bridée par ses producteurs. Fatigué de ne pas voir ses œuvres arriver à la hauteur de ses ambitions, il prend sa retraite en 1984, après un The Sea Serpent qui le déçoit encore plus que ses précédentes offrandes au bis. Il ne lâcha pas ses Templiers pour autant, les faisant vivre à travers ses peintures, qu’il vendait aux fans de sa saga. Et des fans, il y en a (vous en lisez un en ce moment même, comme quoi ils ne sont pas durs à trouver). Il faut dire que ces fameux Templiers font clairement partie de ce que le fantastique aura enfanté de meilleur, ne serait-ce que sur un plan visuel. Imaginez une horde (car ils sont nombreux, les enfoirés) de zombies putréfiés, armés d’épées, des toges de moines déchirées et poussiéreuses sur le dos, chevauchant parfois des chevaux infernaux, ça ne donne pas envie ? Bien sûr que si, l’évocation de cette image suffisant probablement à donner une monstrueuse érection à tous les fantasticophiles de la planète, et ne parlons même pas des bisseux. Je dis que ce sont des zombies mais cela ne plairait pas à de Ossorio, qui préférait les considérer comme des momies sataniques, il est vrai très éloignées des êtres sans vie qui vagabondent sans but, si ce n’est dans l’idée de mordre le premier passant venu. Les Templiers sont encore doté d’une certaine intelligence, ont un modus operandi et ne tuent pas les jeunes filles pour se nourrir mais bel et bien pour offrir leurs âmes à Satan. Mais bon, ils sont tout de même des morts-vivants, même le titre le dit, donc qu’ils le veuillent ou non, ils restent cousins de nos bons zombies, quand bien-même de Ossorio se refuse à toute modernité, comme nous allons très vite nous en rendre compte.

 

revolte4

 

Sorti en 1971, soit une paire d’années après La Nuit des Morts-Vivants, La Révolte des Morts-Vivants préfère faire machine arrière et ne pas suivre la voie tracée par Romero, revenant à un cinéma d’ambiance, au postulat fantastique et finalement très Hammerien. Si chez Saint Romero les zombies se réveillent suite à des erreurs humaines, c’est une malédiction qui permet à nos Templiers de sortir de leurs tombes. Et en bon amateur du cinéma d’épouvante à l’ancienne qu’il est, de Ossorio prend son temps. Une bonne partie du film est donc sans dialogues, l’espagnol se contentant de filmer l’une de ses actrices déambuler dans des ruines, se cherchant un coin sec et chaud où elle pourra passer la nuit. Mais bien entendu, sa présence alerte les revenants, qui se mettent en chasse après ce nouveau gibier. Une bonne vingtaine de minutes passe ainsi sur ce qui ne devait tenir que sur trois pages dans le scénario, et encore. Mais comme vous le savez, lenteur n’est pas nécessairement synonyme d’ennui, Armando de Ossorio profitant justement du manque d’intérêt scénaristique que représente cette partie pour peaufiner son ambiance, à grand coups de décors magnifiques et majestueux. Il déploie alors tout l’attirail du gothique anglais, qu’il déplace dans une nature hispanique du plus bel effet, ce village abandonné et maudit permettant presque à lui seul au film de devenir un classique. Car ce n’est de toute évidence pas le scénario qui fait de ce La Noche del Terror Ciego un classique du cinéma que nous chérissons, l’histoire étant réduite à peau de chagrin. Un couple rencontre une jeune femme, une ancienne amie qui a justement eu une relation saphique avec la jeune femme dudit couple, ce qui entraine des tensions et pousse cette dernière à sauter en marche d’un train, atterrissant dans la campagne. Le seul lieu où elle peut se reposer semble être le village abandonné de Bouzano, que tous les habitants du coin évitent. Et pour cause, les Templiers zombies continuent d’y séjourner, tuant ceux qui osent fouler les lieux. Bien évidemment, la pauvre fille est tuée, ce qui intrigue ses amis qui vont tenter de découvrir ce qu’il s’est passé.

 

revolte5

 

De toute évidence, le script n’est qu’une excuse pour balancer d’innocents personnages dans le cimetière de nos chers Templiers, qui se feront une joie de les décimer. C’est vraiment l’aspect graphique qui intéresse ici le réalisateur, qui donne tout ce qu’il a pour nous projeter dans un trip cauchemardesque, irréel, où l’image est reine et l’imaginaire roi. La Révolte des Morts-Vivants est d’une gratuité absolue et c’est en cela qu’il est bon, car il ne s’appesantit pas dans des dialogues qui, de toute évidence, n’intéressent personne, sauf lorsqu’il s’agit d’en savoir plus sur les Templiers, de leur vivant des satanistes portés sur la torture et le sacrifice qui furent pendus et dont les yeux ont été crevés par des corneilles (d’où l’appellation « The Blind Dead Saga » par les américains). Mais alors qu’il pourrait se contenter de faire parler son historien (personnage toujours pratique lorsqu’il s’agit d’expliquer les origines de la menace), de Ossorio préfère encore une fois boucler les bouches de ses personnages pour nous proposer un flash-back montrant les Templiers, à l’époque toujours vivants, en train de faire subir un rite sacrificiel à une jeune fille. Une image vaut mille mots et de Ossorio semble être d’accord avec ce proverbe. Il aurait d’ailleurs bien tort de ne pas montrer ses Templiers autant que possible, ses macchabés médiévaux ayant fière allure. Poussiéreux, accompagné d’un épais brouillard, ils en imposent et il est rare que des zombies aient semblés si maléfiques, si ce n’est chez Lucio Fulci. Ils ont beau être lents, leur nombre et leur faculté à encercler leur proie (ils débarquent de partout, et en silence) les rend stressants. Et mieux vaut ne pas tomber dans leurs doigts osseux, les gaillards étant bien armés et assez sadiques…

 

revolte2

 

Son bestiaire a beau être parfait, De Ossorio ne se repose pas pour autant uniquement dessus et garde sous le coude quelques séquences horrifiques qui ne met pas en scène sa troupe de squelettes. Puisque l’action ne se déroule à Bouzano qu’au début et à la fin, il lui faudra quelque-chose pour faire frémir les spectateurs en cours de route, en pleine ville. Il décide alors de transformer la première victime en zombie suite à la morsure des Templiers, seule réelle concession au mythe moderne du zombie, la jeune morte déambulant alors dans une morgue ou un magasin rempli de mannequins pour faire de nouvelles victimes. L’occasion d’une magnifique scène, très giallesque dans les éclairages comme dans le principe, où une femme se cache derrière une rangée de mannequin pour échapper à cette menace féminine, là encore assez flippante. Et tant pis si nous ne stressons pas pour les victimes, le spectacle est bel et bien là. Notons tout de même que le metteur en scène, également scénariste, a tenté de fournir des personnages qui sortent un peu des sentiers battus, comme un employé de pompes funèbres malsain, un contrebandier ou nos héroïnes, dont l’homosexualité permet à de Ossorio de les caractériser sans trop de difficultés tout en se réservant une séquence érotique (passage obligé dans le bis) qui sera suivie vers la fin du film par un viol, peu nécessaire mais qui là encore permet aux producteurs d’avoir leurs quota de nibards à proposer aux spectateurs.

 

revolte1

 

Vous l’aurez compris par vous-mêmes, je suis un grand fan de ce La Révolte des Morts-Vivants que je considère comme une pièce maîtresse du fantastique, et sans problème l’un des meilleurs films bis sur le marché. De Ossorio regrette le manque de moyens qui lui ont été alloués mais il n’empêche qu’il s’en tire déjà merveilleusement bien avec ce qu’il avait. Ses Templiers ne puent pas le pognon, c’est sûr, mais ça ne les empêche jamais d’en imposer un max. Peut-être que les quelques scènes gores, assez soft et aux trucages il est vrai assez ratés (il faut voir le torse de jeune fille laminé par les épées des Templiers…), peuvent décevoir un peu, encore que le film n’aurait rien gagné à être aussi corsé qu’un Braindead. C’est au contraire son aspect bis qui continue de rendre le tout sympathique, d’autant que ce n’est pas si fréquent de tomber sur des scènes aussi parfaites que le réveil des Templiers dans des films au budget aussi bas. Ce premier volet de la saga est un modèle de cinéma bis, une œuvre qui transpire le fantastique européen des années 70 tout en gardant un pied dans les années 60 auxquelles il emprunte le soin apporté aux ambiances. Un film tout simplement génial dont le seul défaut est peut-être un léger passage à vide avant la visite finale au village des damnés, mais rien de suffisamment dérangeant pour entacher ce diamant qui a en plus la bonne idée de se finir sur une scène aussi audacieuse que cruelle. Tout simplement génial.

Rigs Mordo

 

revolteposter

 

  • Réalisation: Amando de Ossorio
  • Scénarisation: Amando de Ossorio
  • Production: Salvadore Romero, José Antonio Pérez Giner
  • Titres: La Noche del Terror Ciego (Esp), Tombs of the Blind Dead (USA)
  • Pays: Espagne
  • Acteurs: Lone Fleming, María Elena Arpón, César Burner
  • Année: 1971

2 comments to La Révolte des Morts-Vivants

  • IEUFDFF  says:

    Salut, pour info,j’ai mis un article sur le blog avec un lien vers ta critique.

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>