The Collector

Category: Films Comments: No comments

collectorteaser

« Par les scénaristes de Saw IV, V et VI ». Si TF1 Vidéo pensait que c’était avec pareille accroche qu’ils allaient donner envie aux bisseux d’acheter leur tambouille, ils se trompaient lourdement. Mais les bisseux qui sont passés à coté de The Collector sans lui jeter un œil se sont tout aussi lourdement trompés…

 

Il faut bien l’avouer, les Saw ne valent leur visionnage que pour le gore, certainement pas pour leurs scénarios alambiqués, à base de « Jigsaw a 150 000 complices tous moins charismatiques les uns que les autres, devinez qui est le prochain ». Le bisseux moyen se contentera donc des scènes où la barbaque s’étale et sautera poliment le reste, soit des bavardages inutiles, des enquêtes mollassonnes et des twists foireux en fin de parcours. Alors quand la pochette de The Collector tente de nous vendre le film en mettant en avant les scénaristes de l’interminable saga entamée par James Wan, on recule de deux ou trois mètres en se bouchant le nez. Pourtant, ce premier long-métrage de Marcus Dunstan en tant que réalisateur est certainement l’une des meilleures surprises de ces dernières années, et peut-être même le meilleur film associé à la mouvance du Torture-Porn, auquel l’homme est rattaché puisque derrière les scripts des Saw 4 à 6, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a fait que ça avec son éternel acolyte Patrick Melton puisqu’ils ont aussi écrit les Feast et Piranha 3DD. Pas vraiment des modèles, donc, mais dans la crypte on est des gentils, on laisse sa chance à chacun. The Collector vient d’un court-métrage à l’époque appelé The Thief sur lequel les deux compères bossaient lorsqu’ils étaient encore en école de cinéma, avant de le transformer en un scénario de long, cette fois titré The Midnight Man. Malins, ils essaient de vendre leur manuscrit comme une préquelle de Saw mais l’idée ne séduit pas les producteurs, qui les envoient balader, mais pas suffisamment fort pour que le duo abandonne son idée, qu’ils changent en The Collector, éliminant tout rapport avec la saga de Jigsaw. La suite, on la connaît: un joli succès en 2009, le film de Dunstan faisant le buzz dans le petit monde de l’horreur et s’attirant les faveurs des spectateurs avides de sang frais.

 

collector2

 

The Collector débute calmement, en nous présentant Arkin (Josh Stewart, vu dans le tout pourri The Dark Knight Rise, mais me demandez pas dans quel rôle), un ouvrier qui s’occupe de la maison d’une famille bourgeoise, les Chase, qui semble avoir pas mal de jolis bijoux dans le coffre-fort. Et ces bijoux, il en aurait bien besoin vu qu’il est en ce moment menacé par des sales types auprès desquels il semble avoir des dettes, une addition suffisamment salée pour que les mafieux menacent de mort son ex-femme et sa fille. Arkin décide donc d’aller cambrioler la famille friquée, les pensant partis en vacances. Mais ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il n’est pas seul dans la maison, le collectionneur étant de la partie. Et que collectionne cet homme masqué ? Les êtres humains. Et son choix s’est porté sur les Chase, qui sont tous tenus prisonniers à divers endroits de la maison, piégée de la cave au grenier. Arkin a donc le choix: soit il se tire avec les bijoux (s’il y arrive), soit il tente de sauver tout le monde. Un point de départ séduisant qui a la bonne idée de ne pas tarder à se mettre en place, le scénario de The Collector ne prenant pas 105 ans pour venir à son sujet. On peut d’ailleurs remarquer que Dunstan et Melton sont plus appliqués que pour les Saw, les péripéties de leur bébé étant mieux amenées que dans la plus populaire des franchises gores. C’est qu’on fait toujours plus gaffe à nos propres gosses qu’à ceux des autres…

 

collector1

 

Ce concept évolue bien sûr très vite en un survival à huis-clos, Arkin tentant d’échapper au collectionneur, qui se ballade dans la maison telle une araignée dans sa toile. Une comparaison qui n’est pas anodine, le bad guy ayant placé des fils un peu partout dans la baraque, lui permettant de repérer ses proies et d’actionner ses pièges. Un petit jeu du chat et de la souris se met alors en place dans cette maison plongée dans le noir, une sorte de Tom & Jerry angoissant et gore. Angoissant car le collectionneur peut débarquer à tout moment, la baraque prenant au final des airs de labyrinthe glauque duquel il est impossible de s’échapper. Arkin s’est jeté de lui-même dans la gueule du loup et ses crocs se sont refermés sur lui, sans espoir qu’ils se rouvrent un jour. Quant au gore, inutile de dévoiler les surprises que le collectionneur vous réserve, mais sachez que vous allez être mâchés dans tous les sens, recrachés puis piétinés. The Collector a plusieurs idées assez branques, parfois clairement dégueulasses, et ne ménage pas ses effets. Les fans en auront pour leur argent, Dunstan leur servant un repas complet malgré les maigres moyens mis à sa disposition.

 

collector3

 

Avec 3 millions en poche, difficile de faire des folies, Dunstan le sait bien. C’est d’ailleurs pour cela qu’il concentre l’action dans une maison, les lieux uniques étant les amis des portefeuilles vides. Un mal pour un bien, la tension étant justement palpable car en se concentrant sur un lieu précis et dans une période donnée, le film se passe quasi en temps réel. Un bon moyen de plonger le spectateur dans le piège infernal concocté par ce tueur dément, à la gesticulation si particulière et au masque à première vue très simple (un masque noir avec des trous pour les yeux et la bouche) mais au final très inquiétant. Une présence un brin fantomatique mais pourtant si tangible qu’elle donne au film une petite touche malsaine supplémentaire. La réalisation tient elle aussi la route, Dunstan faisant ses débuts de manière convaincante, s’éloignant des standards du torture-porn pour quelque-chose de plus ancré dans le passé, l’image blafarde qui habille les autres pelloches du style laissant la place à une lumière qui rappelle le Dario Argento des débuts, toutes proportions gardées bien évidemment.

 

collector4

 

The Collector fut donc une très belle surprise lors de sa sortie dvd en 2009, nous lavant de ces crasseuses suites que sont les Saw, quand bien même il reste quelques points communs entre les deux films (ce qui est normal vu que l’un était censé être la préquelle de l’autre), mais cela s’arrête là. The Collector est un vrai bon rollercoaster, une petite série B inventive et généreuse, qui ne baisse jamais de rythme et arrive à jouer sur tous les tableaux. Glauque, gore, effrayant, on tient très certainement là l’un des meilleurs Torture-Porn sorti jusqu’ici, et l’un des meilleurs films d’horreur des années 2000. Bonne affaire puisqu’ayant triplé sa mise, le film aura eu droit à une suite, The Collection, qui si elle s’avère sympathique ne parvient jamais à retrouver l’intensité de son modèle. Mais pas de quoi cracher sur un Dunstan qui est finalement bien plus prometteur que ne le laissait entrevoir des débuts peu rassurants.

Rigs Mordo

 

collectorposter

 

  • Réalisation: Marcus Dunstan
  • Scénarisation: Marcus Dunstan, Patrick Melton
  • Production: Fortress Films
  • Pays: USA
  • Acteurs: Josh Stewart, Madeline Zima, Andrea Roth
  • Année: 2009

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>