Mimic

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Le cafard, dieu de la saleté, représentation ultime de la crasse, synonyme de grosse déprime, pourrait également être notre salut. Car lorsque tous les enfants américains se mettent à cracher leurs poumons, un groupe de scientifiques se servent de nos amies les blattes pour éradiquer le problème. Perso, j’aurais plutôt choisis des tigres, ou des loups. Mais bon, l’égout et les couleurs…

 

En parlant de divinité, Guillermo del Toro en est une bonne. C’est qu’à même pas cinquante ans (c’est jeune dans le milieu du cinéma) le mexicain s’est déjà créé une église, remplie par les millions de fidèles qui voient en lui le messie qui sauvera le cinéma fantastique des griffes du grand méchant Hollywood. Il est d’ailleurs bien difficile de leur donner tort, les films de cet amoureux du cinéma de genre étant toujours réussis et transpirant la sincérité par tous leurs pores monstrueux. Un cinéma gluant, qui se déverse sur vous et ne vous lâche plus: quand vous avez vu un del Toro, vous avez envie de voir les autres ! Mais celui qui s’évertue à nous offrir des blockbusters plus sentimentaux que la moyenne du style n’a pas toujours évolué dans des sphères aussi friquées, ses premiers films Cronos, Mimic et L’Echine du Diable étant des films d’horreur qui pourraient presque passer pour intimistes à coté du bestiaire de monstres proposé par les Hellboy ou de l’action d’un Blade II. Et ne parlons même pas du gigantisme de Pacific Rim… Des films plus modestes si on regarde le larfeuille mais qui étaient déjà bien généreux thématiquement parlant et qui montraient déjà l’habilité de Guillermo au scénario, le papa du Labyrinthe de Pan sachant tenir une plume. Mais le réalisateur n’est pas toujours très satisfait de ses œuvres, et de Mimic en particulier. Il ne le renie pas, mais il a la désagréable impression qu’il aurait pu mieux faire si on lui avait donné carte blanche et le final cut, une demande impossible lorsqu’on a comme producteurs les frères Weinstein, jamais les derniers à intervenir dans le montage d’un film. S’ils ont foutu de nombreux films en l’air, ils n’ont visiblement pas réussi à saccager Mimic, qui reste un film de monstre plus que recommandable. Et del Toro se sera vengé il y a peu, un director’s cut sortant en 2011. Pas de quoi modifier de long en large un film qui de toute façon ne ressemblera jamais à la vision qu’il en avait lorsqu’il en a rédigé le script sur la base d’une nouvelle des années 40, pensant encore à l’époque que ses cafards ne seraient les stars que d’un segment d’un film en contenant trois, mais de quoi s’approcher un peu plus de ce qu’il avait en tête. Guillermo n’aime donc pas trop cette version cinéma, sur laquelle nous allons nous pencher.

 

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C’est pas la joie à Manhattan, on peut même dire que les gens ont le cafard (ah ah !). La raison ? Ces enfoirés de cancrelats sont en train de répandre une maladie touchant les enfants et les tuant à petit feu. Une tragédie à laquelle il faut répondre et l’idée du docteur Susan Tyler (Mira Sorvino, qui n’a jamais vraiment percé depuis) est simple: elle va créer une nouvelle race de cafards, les Judas, une fusion entre la termite et la mante religieuse, un prédateur qui va bouffer les pestiférés des égouts. Mais pas d’inquiétude, ces insectes mutants mourront naturellement dans les six mois, leur créatrice ayant tout prévu. Enfin ça, c’est si tout se passe bien, et quatre ans plus tard les petites bestioles sont devenues des sales bêtes de taille humaine qui bouffent les clochards et autres marginaux des quartiers sales et du métro. Et lorsque deux gosses amènent à Susan un bébé Judas qui doit avoir la taille d’un clebs, elle commence à piquer un stress et se dit qu’il serait temps de faire quelque-chose. Comme vous le voyez, nous sommes dans un film de monstres relativement classique, rappelant les films des années 50 à la Des Monstres attaquent la ville et ses fourmis géantes, victimes d’essais nucléaires. La différence qu’apporte Mimic étant bien évidemment le fait que cette fois, le monstre est créé volontairement et est vu comme un remède. Un remède qui devient bien vite une malédiction, une peste qui se répand dans les égouts et pourrait bien vite devenir impossible à arrêter. Et comme dans Des Monstres attaquent la ville, nos héros n’ont pas le choix: il va falloir descendre dans le royaume noir des cafards.

 

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Oubliez les univers colorés de Pacific Rim ou Hellboy, avec son deuxième film c’est dans la crasse sombre que nous balance del Toro, dans des égouts où ce ne sont pas les tortues ninjas qui nous attendent mais des mutants bien moins sympathiques. Car les Judas ne vous offriront pas une pizza, préférant vous bouffer la gueule sans attendre. Ils n’ont même pas de pitié pour les enfants, l’ami Guillermo n’hésitant pas à en sacrifier deux, histoire de bien faire comprendre au spectateur que le politiquement correct au cinéma, il se torche avec, et que personne n’est à l’abri de la mort. Après tout, il a déjà fait mourir des centaines de marmot dès le début de son film avec sa maladie, alors pourquoi ne pas en déchiqueter deux de plus dans les couloirs sombres du métro ? Les personnages sont donc prévenus: ils ont tout intérêt à faire gaffe à leurs culs, qui risquent bien d’être au menu. Il faut d’ailleurs saluer le travail de caractérisation fait par del Toro et son co-scénariste Matthew Robbins, réalisateur du Dragon du Lac de Feu et scénariste de Don’t be Afraid of the Dark, produit par le Guillermo, les deux hommes nous offrant une brochette d’individus plus attachants que la moyenne. On retrouve donc un scientifique décontracté (Josh Brolin, qui n’était pas encore la star que l’on sait), un flic black de mauvais poil mais au grand cœur (Charles S. Dutton, Alien³), un père désœuvré à la recherche de son fils (Giancarlo Giannini, le flic italien aux trousses de Lecter dans Hannibal) et même quelques seconds rôles qu’on s’amusera à reconnaître, comme F. Murray Abraham (Le Nom de la Rose) qui incarne un petit rôle de scientifique, ou un Norman Reedus (Daryl dans Walking Dead) pas encore connu qui joue un employé cradingue d’une station des eaux. Il faut croire qu’il se sera bien entendu avec le réalisateur, qui l’emploiera à nouveau dans Blade II en tant qu’assistant du chasseur de vampires. Finalement, c’est encore le duo de héros qui sont les moins intéressants… Passe encore le petit-ami de Susan, aussi scientifique qu’elle (et joué par Jeremy Northam, vu dans Cypher), pas très intéressant mais bien croqué. C’est sa dulcinée qui est plus gênante, sa culpabilité vis-à-vis de la création des Judas n’étant que survolée (dans cette version cinéma du moins), le personnage se contentant d’être une héroïne de base, guère plus passionnante que ses voisines d’autres production du même accabis. Mira Sorvino fait donc ce qu’elle peut mais ne parvient pas à rendre son perso attachant, ce qui est tout de même gênant quand il s’agit du protagoniste principal…

 

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On sent d’ailleurs bien que ce n’est pas tellement ces humains qui intéressent del Toro. Ses centres d’intérêt, vous les connaissez bien: les monstres d’un coté, les enfants de l’autre. Niveau marmot, c’est un autiste qui va capter l’attention, seul témoin des agissements des Judas, ne se rendant pas compte que cet être selon lui amusant et doté de « drôles de chaussures » est en fait un insecte énorme qui le boufferait volontiers. Le petit s’en sortira d’ailleurs en utilisant des cuillers avec lesquelles il peut reproduire tous les sons, une jolie idée qui permet d’opposer la naïveté à la monstruosité, le gosse reproduisant le bruit des Judas, qui vont dès lors le voir comme un des leurs. Il est d’ailleurs dommage que del Toro ait préféré se focaliser sur Susan Tyler alors que le père du petit, Manny (Giannini, donc), est largement plus attachant et que sa quête dans les ténèbres des égouts pour retrouver son mioche est bien plus généreuse en émotion que le coté purement scientifique et cette volonté de sauver le monde qu’entretient Mira Sorvino, une intention bien louable mais vue un million de fois. Et coté monstres, il n’y a rien à redire, les Judas en imposant toujours, plus de quinze ans après leur éclosion. Les blattes sont à la fois créées à partir d’effets plateaux qui sont toujours impeccables mais ont eu droit à des effets numériques pour les scènes où ils bougent. Ils auraient d’ailleurs pu vieillir plus mal, car si on ne peut pas comparer avec les films récents à la Pacific Rim, les Judas restent toujours mieux foutus que les crocodiles des derniers Lake Placid et autres films de requins de Syfy. On peut par contre reprocher au script d’être un peu trop prévisible. Attention, ça va spoiler un peu: dès que l’on voit Sorvino et son copain déçus de ne pas arriver à procréer (remarquez, elle a déjà pondu plusieurs dizaines de monstres), on sait d’emblée que le petit autiste va rejoindre la petite famille, signant dès lors l’arrêt de mort du père.

 

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Le final n’est d’ailleurs pas exempt de défauts, avec un happy end un peu trop forcé, même s’il semblerait que ce soit là une idée des Weinstein, del Toro n’étant pas fan de la manière dont se termine Mimic. Il se serait d’ailleurs bien passé des explosions qui détruisent la ville lors du final, préférant une conclusion plus intimiste et surprenante, ce qui aurait sans doute mieux collé avec le reste du métrage. Mais bon, on ne va pas faire les fines bouches, d’autant que cette scène pyrotechnique en impose pas mal. Comme tout le film d’ailleurs, qui est bien construit et arrive à amener de l’âme à ce qui pourrait n’être qu’une série B de monstres comme une autre. Guillermo del Toro se montrait déjà très à l’aise avec une caméra, nous offrant de biens jolis plans, comme celui de cette salle remplie de lits à baldaquins contenant des dizaines d’enfants mourants. On peut donc dire que sa plongée dans les sous-sols sales de la ville se fait sans encombre et que s’il n’a pas signé un chef d’œuvre, il nous a tout de même proposé un très bon petit film à la musique magnifique et qui survit sans mal à ses petits défauts. C’est que le cafard est une monstruosité résistante… Au point d’avoir eu droit à deux séquelles, mais ça, c’est une autre histoire…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Guillermo del Toro
  • Scénarisation: Guillermo del Toro, Matthew Robbins
  • Production: Dimensions Films, Miramax Films
  • Pays: USA
  • Acteurs: Mira Sorvino, Jeremy Northam, Giancarlo Giannini, Charles S. Dutton, Josh Brolin
  • Année: 1997

One comment to Mimic

  • Dirty Max 666  says:

    D’une œuvre de commande parasitée par les Weinstein, del Toro a su tirer un chouette monster flick. La marque des grands cinéastes !

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