Maniac Cop

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Woop-Woop! That’s the sound of da police! Woop-Woop! That’s the sound of the beast! Cette chanson ô combien poétique n’a jamais été aussi vraie que depuis la venue au monde de Matt Cordel, un flic qui fait régner la justice à sa manière,toute personnelle.

 

Quand il s’agit de parler d’illustres représentants du genre horrifique, les metteurs en scène les plus cités sont souvent John Carpenter, Wes Craven, Georges A. Romero ou encore Tobe Hooper. Mais William Lustig, jamais (ou presque). Il est vrai que sa contribution peut sembler plus mineure en comparaison de ces ténors aux filmographies plus longues qu’un phallus de cheval, lui qui n’a « que » cinq films d’horreur à son actif (le reste étant des métrages axés thrillers urbains, comme le fort bon Vigilante). Et c’est vrai que sur ces cinq films, deux sont plutôt moyens (Maniac Cop 3 et Uncle Sam), mais c’est largement rattrapé par la qualité des trois autres: Maniac, Maniac Cop et Maniac Cop 2. On peut dire que les maniaques réussissent à Lustig puisqu’ils feront de lui une valeur sûre des années 80 et des videostores. Après avoir fait entrer l’excellent et regretté Joe Spinell dans la légende pour son interprétation de Frank Zito dans le tout aussi bon Maniac, Lustig, aidé de son ami de toujours Larry Cohen (également réalisateur de séries B comme The Stuff), offre au cinéma fantastique une nouvelle icône en la personne de Matt Cordel, le Maniac Cop himself.

 

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Tout New York se chie dessus. Et pour cause, il y a un flic qui se ballade dans la nuit noire, assassinant les innocents qui ont le malheur de croiser sa route tout en laissant s’échapper les vandales et autres criminels. Le lieutenant Frank McCrae (Tom Atkins) est chargé de l’enquête, persuadé que l’assassin est dans son service, au grand dam de son supérieur, le commissaire Pike (Richard Roundtree). Ce dernier préfère accueillir la bonne nouvelle qu’est l’arrestation de l’officier Jack Forrest (Bruce Campbell), présumé coupable de ces horreurs parce qu’il a été trouvé sur les lieux du crime de sa propre femme. Car bien que tous les éléments le pointent du doigt comme le taré qui trucide à tour de bras dans les rues mal famées, le pauvre Jack n’y peut rien… Voilà un scénario étonnamment développé pour ce qu’on pensait n’être qu’un slasher de plus, non ? Mais la surprise passe lorsqu’on se rend compte que derrière le script se cache Larry Cohen. Bien connu pour quelques séries B de qualité (Meurtres sous contrôles, Le monstre est vivant), l’homme est aussi un scénariste émérite et reconnu, notamment pour le thriller Phone Game avec son Collin Farrel bloqué dans une cabine téléphonique, à la merci d’un sniper. Nous savons donc que Maniac Cop ne sera pas un simple Vendredi 13 qui se contentera de remplacer Jason Voorhees par un flic tordu. Car si Matt Cordel tue beaucoup de monde (joli bodycount qui dépasse la dizaine de morts) et place définitivement le film dans le genre horrifique, Larry Cohen lui donne une structure digne d’un vrai film policier. Pas très surprenant de la part de quelqu’un qui a écrit plusieurs épisodes de la série Columbo. Certes, nous ne sommes pas devant un suspens incroyable ou un whodunit digne d’Agatha Christie, mais le film peut au moins se reposer sur un squelette scénaristique plus que solide.

 

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Si les scénars de Larry Cohen ont une qualité, c’est bien celle d’être assez imprévisibles. Changement de héros en cours de route, mélange des genres, nouveaux personnages qui apparaissent,… Cohen utilise tout ce qu’il peut pour surprendre le spectateur en l’amenant régulièrement dans de nouvelles directions, comme un chauffeur de bus fou qui vous amènera bel et bien à destination, mais seulement avec l’itinéraire de son choix. Maniac Cop bénéficie de ce talent et si le film peut sembler conventionnel une fois fini, il faut bien reconnaître que l’on ne sait pas vraiment comment les choses vont se dérouler durant sa vision. Le film ne cesse de sauter de scène en scène, rebondissant comme une balle magique. C’est du solide, tout comme les personnages, adultes et loin des habituelles têtes à claques qui se font découper en forêt. Franck McCrae nous est très vite sympathique et l’on n’a certainement pas envie de le voir mourir, la faute au charisme de Tom Atkins. Grand monsieur du genre, il a trimballé sa carcasse dans bon nombre de films horrifiques des années 80, comme Fog ou New York 1997 de John Carpenter ou le trop sous-estimé Halloween III. Toujours dans les figures emblématiques du genre, Bruce Campbell incarne le pauvre accusé. Enfin, pauvre… Présenté comme un héros secondaire, Campbell trompe sa femme, causant la mort de cette dernière, qui tombe sous les coups de Cordel parce qu’elle a suivi son mari infidèle. Une preuve supplémentaire de l’écriture déconcertante de Larry Cohen puisqu’il est assez rare de voir ce que l’on pourrait appeler des héros négatifs, des gus qui font des choses mauvaises mais sont malgré tout parachutés héros. La star d’Evil Dead n’est ici pas aussi bonne que lorsqu’elle interprète Ash mais qu’importe: c’est Bruce Campbell!

 

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Histoire de compléter un casting déjà bien achalandé, Richard Roundtree vient jouer le commissaire légèrement salopiaud sur les bords. Connu pour son interprétation de Shaft dans la série du même nom, ce bon vieux Roundtree est un habitué des écrans puisqu’on le retrouvera dans Seven et qu’il avait déjà tourné pour Larry Cohen dans Epouvante sur New York, faisant face à une sorte de dragon qui attaquait la ville. Enfin, impossible de ne pas citer Robert Z’Dar. Sorte de Hulk sans la peau verte, cet acteur au physique atypique deviendra connu grâce à son interprétation de Matt Cordel. Enfin, « connu »… Vous vous doutez bien qu’il est pas emmerdé dans la rue comme un Al Pacino ou un Di Caprio et que c’est plutôt les bisseux élevés au bon grain des années 80 qui risquent de le reconnaître. Il n’empêche qu’il n’a jamais arrêté de tourner, bien que ce soit principalement dans des nanars genre Samurai Cop, bande fauchée qui essaie de se faire passer pour le film de Lustig auprès de quelques naïfs. On aura quand même pu voir le gros Robert dans quelques films plus nantis, comme Tango et Cash, où il affrontait Stallone et Kurt Russel. Il y a pire. Mais à force de s’attarder sur toute l’équipe, on oublie le boss, le réalisateur William Lustig. Que dire si ce n’est qu’il fait du bon boulot ? Le vieux Bill a toujours aimé représenter la crasse des quartiers mal famés, le New York noir et brumeux de nuit, avec ses putes, ses dealers, ses cinglés et ses bouches d’égout qui fument. Formellement parlant, Maniac Cop tient clairement la route, doté d’une belle photographie, d’une bonne bande-son et de plans réussis.

 

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Bien sûr, on pourra reprocher à Lustig de tomber parfois dans une certaine simplicité, il n’est pas à proprement parler un maestro de la caméra comme peut l’être Dario Argento (enfin… le Dario Argento des débuts). Mais il se rattrape toujours avec un plan réussi par-ci par-là, notamment lorsqu’il s’agit de filmer Matt Cordel, qu’il iconise à la perfection. Il donne également du rythme à son film, rendant justice au scénario de son pote Larry, et on ne s’ennuie jamais devant Maniac Cop. En une heure et vingt minutes, la messe est dite, et personne n’aura moufté lors de cette belle tentative d’apporter un coté policier au slasher, genre qui tournait en rond depuis un bon moment déjà. Une preuve que William Lustig aurait mérité plus de reconnaissance, un statut qu’il finira par avoir auprès des collectionneurs de dvd. En effet, depuis une dizaine d’années, le vieux Bill a fondé la société Blue Underground, qui édite un paquet de films d’exploitation, des vieux Lucio Fulci aux westerns en passant par quelques films érotiques. Pas étonnant de la part de Lustig, le réalisateur ayant débuté sa carrière dans le porno alors qu’il avait seulement 17 ans! Et oui, le mec faisait des films qu’il n’avait légalement pas le droit de regarder! Sacré Bill, tu nous surprendras toujours…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: William Lustig
  • Scénarisation: Larry Cohen
  • Production: Larry Cohen
  • Pays: USA
  • Acteurs: Tom Atkins, Bruce Campbell, Robert Z’dar, Laurene Landon, Richard Roundtree
  • Année: 1988

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