Frankenweenie

Category: Films Comments: No comments

Tim Burton est mort en 1999, juste après avoir réalisé Sleepy Hollow, son dernier grand film. Durant plus de dix ans, les studios hollywoodiens ont utilisé une marionnette à son effigie pour tromper le public quant aux produits formatés qui sortaient sous son nom défunt. Mais il semblerait que Tim Burton, le vrai, commence à sortir de sa tombe, en quête de vengeance…

 

Il y a de nombreux genres de filmographies, presqu’autant qu’il y a de réalisateurs au fond. Nous pouvons tout de même sortir quelques tendances de la masse, comme les filmos parfaites (rares), celles entièrement à chier, celles qui font les montagnes russes niveau qualité, les petites, les grandes,… Celle de Tim Burton semble être coupée en deux. On a d’un coté des débuts presque parfait. Jugez plutôt: Beetlejuice, les deux Batman, Ed Wood, Edward aux Mains d’Argent, Mars Attacks! et Sleepy Hollow. Seul Pee Wee’s Big Adventure semble au final un peu plus difficile à finir d’une traite mais sinon, c’est le sans-faute, le vrai, l’un des seuls. Et puis tout s’écroule dans les années 2000. Cela commence avec un La Planète des Singes oubliable et continue jusqu’à Dark Shadows, en passant par Big Fish, Charlie et la Chocolaterie, Les Noces Funèbres, Sweeney Todd et Alice aux Pays des Merveilles. Pas des daubes suprêmes, mais des films bien fades quand on les compare avec leurs prédécesseurs qui avaient plus à offrir que quelques scènes réussies de-ci de-là. Qu’est-il arrivé à Tim Burton ? Serait-il cadenassé dans son propre style, prisonnier d’une formule qu’il a créé ? Ironique, lui qui s’évertuait à amener sa touche personnelle dans le paysage audiovisuel, vaille que vaille, trimballant avec lui ses souvenirs des films gothiques de la Universal, la Hammer ou de Roger Corman, se retrouve donc enfermé dans son esthétique si particulière. Les studios veulent des films de Tim Burton, qu’importe le message, le fond, la finesse de l’ensemble, ce qui compte c’est l’esthétique singulière du metteur en scène. Et puisque c’est ce que le public veut, c’est ce qu’on va lui donner. En a résulté des films qui ne semblent plus venir du cœur mais plutôt du porte-monnaie, des petites comédies vaguement noires, bien éloignées de la délirante noirceur d’un Beetlejuice ou du carnage hilarant de Mars Attacks!. Des coquilles vides. Tim Burton était en roue libre, en mode automatique et rien ne semblait pouvoir le sauver. Rien sauf Frankenweenie.

 

frankenweenie2

 

1982, Tim Burton réalise Frankenweenie, version courte. Un moyen-métrage (30 minutes) rendant hommage aux films d’horreur des années 30, et à Frankenstein en particulier. Une carte de visite qui permettra de lancer le réalisateur, l’histoire de ce chien ramené à la vie par son jeune maître ne passant pas inaperçue auprès des studios. Trente ans plus tard, celui qui a ramené le cinéma gothique sur le devant de la scène dans les années 90 décide de faire revenir à la vie son premier film, cette fois sous la forme d’un long-métrage d’animation en stop-motion, comme L’étrange Noël de Monsieur Jack. Mais toujours en noir et blanc ! Une volonté casse-gueule, le public n’étant pas très friand du manque de couleur, quand bien même The Artist a cartonné un peu partout. Un retour aux sources étonnant finalement et que l’on ne sait comment accueillir… Quelle est l’idée derrière la démarche de Tim Burton ? Se réconcilier avec ses fans de la première heure, qui sont souvent d’accord pour dénoncer la faiblesse de ses derniers opus ? Pas impossible, d’autant que Burton joue à fond la carte du fan-service en rendant hommage à autant de films que possible, y compris les siens, comme s’il voulait à tout prix que Frankenweenie s’inscrive plutôt dans sa première carrière que dans la seconde. Un jeu de citation qui peut donc gêner et que l’on ne sait trop comment prendre. Sincère ou non ? Après tout, peu importe, ces réserves n’empêchant pas le film d’être particulièrement sympathique.

 

frankenweenie3

 

Paradoxalement, si toutes ces références nous posent des questions, elles participent grandement au plaisir ressenti durant la vision du film. C’est un plaisir de reconnaître les clins d’œil, assez évidents, comme le fait que le héros s’appelle Victor Frankenstein, que la chienne des voisins soit coiffée comme la fiancée de Frankenstein ou le passage du Cauchemar de Dracula à la télévision. Le réalisateur fait même un clin d’œil aux monstres japonais en offrant à Gamera une cousine qui s’appelle Shelley, comme Mary Shelley, auteure de Frankenstein. Mais si Burton aime les films des autres, il adore aussi les siens comme en témoigne les références à ses œuvres passées: le jeune Victor fait des films qui rappellent ceux d’Ed Wood, utilise une chauve-souris qui rappelle Batman pour attirer les éclairs, la banlieue dans laquelle le film prend place rappelle celle d’Edward aux Mains d’Argent,… Le plus touchant des hommages est cependant fait à Vincent Price, le personnage du scientifique lui ressemblant, trait pour trait. Difficile de ne pas verser une petite larme en revoyant ce grand-homme en version animée, dans un film récent. Tim Burton mélange donc les époques pour en faire une comédie animée qui devrait ravir les enfants et leurs parents bisseux, qui pourront pointer du doigt tous les petits détails amusant que Burton leur a mis sous les yeux. Un « où est Charlie » filmique, en somme !

 

frankenweenie1

 

Frankenweenie est un film sur une amitié d’outre-tombe, celle de Victor, un enfant solitaire et à l’imagination débordante (Tim Burton lui-même, en fait), et de Sparky, son chien qui va malheureusement périr, écrasé par une voiture. L’enfant, très intelligent, ne peut se passer de son meilleur ami et décide donc de le faire revenir à la vie, utilisant les éclairs pour lui redonner un bon coup de jus. Mais voilà, la rumeur selon laquelle Sparky est revenu du monde des morts commence à se répandre et les autres enfants ont eux aussi envie de faire revenir à la vie leurs bestioles décédées, d’autant que cela leur permettra peut-être de gagner le prix d’un concours scientifique. Nous sommes en pleine saga Frankenstein, du début à la fin, Burton se calquant sur le film de James Whale pour structurer le sien. Les passages obligés sont donc ici identiques: Victor va chercher son chien dans le cimetière, le fait revenir à la vie dans son laboratoire/grenier, les villageois s’énervent et pourchassent la bête avec leurs torches et le tout se termine dans un moulin qui prend feu. Burton va même piocher dans les deux premières suites du film, pour la coupe de cheveux du chien voisin, donc, mais également pour sortir Edgar, un enfant bossu qui compte bien utiliser l’intelligence de Victor à ses fins. Difficile de ne pas reconnaître là Igor, le diabolique personnage incarné par Béla Lugosi dans Le Fils de Frankenstein ! Mais Burton s’écarte tout de même de la trame des classiques pour offrir aux autres enfants, par ailleurs assez flippants, leurs propres monstres. Une bonne occasion pour le réalisateur de rendre hommage aux autres films de la Universal puisque nous allons croiser un rat loup-garou, un hamster momie, un chat vampire et des petites créatures du lagon qui rappellent aussi les Gremlins de Joe Dante.

 

frankenweenie4

 

Alors, Frankeweenie, le film qui ressuscite Tim Burton en même temps que son chien ? Oui et non, car si le film n’est tout de même pas à la hauteur des films sortis durant les dix premières années du réalisateur, il est aussi largement meilleur que ceux de la décennie passée. Il est même bien plus réussi que les précédentes tentatives d’animations de Burton, L’étrange Noël de Monsieur Jack compris (oui, j’ai jamais accroché à ce film bien trop musical à mon goût) ! Frankenweenie est une belle pièce, bien animée, aux noir et blanc somptueux, aux décors travaillés et à l’humour réussi. Difficile de ne pas sourire devant Mr Moustache, ce chat de mauvais augure au regard fixe qui rêve de vous puis pond une crotte à la forme de la première lettre de votre prénom pour vous le signifier. Délicate attention. Le dernier film de Tim Burton n’est donc pas son meilleur, mais c’est en tout cas un pas dans la bonne direction car cela faisait bien longtemps qu’on ne s’était pas amusé de bout en bout lors d’un film portant son nom. Pourvu que ça dure et qu’il reste dans ces bonnes dispositions, comme celle d’avoir recours aux acteurs de ses débuts, puisqu’il a fait appel à Michael Keaton, Martin Landau, Winona Ryder et Catherine O’Hara pour faire les voix de ses personnages. Ca rassure un peu pour Beetlejuice 2, tout ça…

Rigs Mordo

 

frankenweenieposter

 

  • Réalisation: Tim Burton
  • Scénarisation: Tim Burton, John August
  • Production: Tim Burton, Alison Abbate
  • Pays: USA
  • Voxographie (USA): Charlie Tahan, Michael Keaton, Martin Landau, Winona Ryder, Catherine O’Hara
  • Année: 2012

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>