Virus Cannibale

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Ah Bruno Mattei… Il n’était jamais le dernier pour nous tirer dans les tréfonds du Z, nous laissant circonspects devant son talent, assez relatif mais toujours plaisant. Et, si en passant, il pouvait nous balancer dans les enfers du stock-shot, il ne se gênait pas non plus! En avant pour le plus culte des mauvais films de zombies !

Tout le monde le sait: dans les années 80, l’Italie était un pays de fieffés coquins qui ne se gênaient pas pour copier les grands succès du reste du monde, et surtout ceux venant des USA. Parmi les réalisateurs habitués à l’exercice de la copie à la bolognaise, Bruno Mattei est l’un des plus acharnés. Enfin, Bruno Mattei… Peut-être dois-je l’appeler Vincent Dawn, Bob Hunter, Pierre Le Blanc, David Hunt, Jordan B. Matthews, Werner Knox ou encore Martin Miller. Plus fort que le docteur Lao et ses sept visages, Mattei est un peu l’homme aux mille alias, et je ne vous en ai mis qu’une petite poignée de cette liste presque sans fin. Histoire de vendre leurs films plus facilement, les italiens avaient pour coutume de faire sonner leurs noms plus anglais (ou parfois plus français) et c’est sous ces pseudonymes que ce brave Bruno nous refourguait des photocopies de grands succès du moment (il a fait ses Terminator 2 et Jaws 5 dans son coin avant de devoir les retitrer Shocking Dark et Cruel Jaws suite aux menaces de procès). Et il n’était pas le seul à s’en donner à cœur joie dans la contrefaçon, par ailleurs parfois meilleures que les originaux ! Star Crash et Contamination de Luigi Cozzi sont des relectures bis de Star Wars et d’Alien, La Mort au Large et Les Nouveaux Barbares d’Enzo G. Castellari singent Les Dents de la Mer et les Mad Max, Umberto Lenzi se fait son Conan et son Zombie avec La Guerre du Fer et L’Avion de l’Apocalypse et Ruggero Deodato n’est pas en reste avec son Les Barbarians, cousins (très) éloignés de Conan. Même certains réalisateur plus côté s’y mettent, comme Lucio Fulci dont L’Enfer des Zombies n’est autre qu’une tentative de surfer sur le Zombie de Romero, ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le film s’appelle Zombi 2 en Italie. Et ce dernier film sera d’ailleurs l’un des rares films de l’époque à obtenir un succès, ce qui va bien entendu émouvoir ce cher Bruno Mattei qui se dit qu’il en ferait bien une copie. Oui, une copie d’une copie ! Croyez-moi, parole de Mordo, vous n’allez pas être déçus du voyage…

 

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L’Enfer des Zombies est souvent considéré comme l’une des œuvres les plus cultes du cinéma bis, surtout du transalpin, et beaucoup le classent, avec L’Au-delà, parmi les plus belles réussites de son auteur, Lucio Fulci. Assurément de bons films mais qui ne sont pas, selon moi, les pics de qualité du réalisateur (je lorgnerais plutôt du coté de L’éventreur de New-York ou La Maison près du cimetière de mon coté). Car aussi réussies soit les scènes horrifiques, les passages « parlés » de L’Enfer des Zombies ne sont pas des plus passionnants, Fulci étant toujours plus à l’aise lorsqu’il s’agit de tomber dans le gore que lorsqu’il faut discutailler. En un mot comme en cent, si j’aime bien Zombi 2, je ne suis pas non plus forcément très enthousiaste à l’idée de me faire la photocopie délavée qu’est très certainement Virus Cannibale (qui, ironiquement, s’appelle Hell of the Living Dead aux USA, soit la traduction exacte du film de Fulci dans nos contrées), qui vaut effectivement beaucoup moins que L’Enfer des Zombies. La question ne se pose même pas, objectivement il y a un monde entre les deux œuvres. Mais subjectivement ? C’est là que ça devient intéressant, car le film de Mattei proposait finalement quelque-chose d’inédit qui pourrait ne pas laisser indiffèrent. Sans le savoir, et sans le faire exprès, l’italien a effectivement inventé le courant qui est aujourd’hui très populaire, celui de la zombedy, une comédie zombie. Fuck Shaun of the Dead, la première zomcom, c’est Virus Cannibale ! Car cette série Z est une daube, un nanar pur jus, une comédie involontaire plus drôle que les volontaires. Il faut dire qu’avec une équipe constituée de Mattei à la réalisation et de Claudio Fragasso (Monster Dog, Troll 2, que des grands films quoi), on ne pouvait que se marrer.

 

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Le film commence de la plus classique des manières pour un film de morts-vivants: par un accident dans une centrale nucléaire. En Papouasie, alors qu’ils sont en train d’appuyer sur des boutons de toutes les couleurs pendant cinq minutes et qu’ils parlent de Secteur Antares et autres machins censés être super compliqués (mais surtout super ringards), les scientifiques ne se rendent pas compte qu’une de leur citerne laisse s’échapper un gaz mauvais pour la santé. Deux clampins en combinaison vont voir ce qu’il se passe et se font attaquer par un rat (une habitude pour Mattei qui a déjà offert aux rongeurs un joli nanar: Les Rats de Manhattan) qui rentre dans la combi de l’un d’eux. Évidemment, budget serré oblige, pour donner l’illusion, l’acteur doit faire bouger son bras dans son costume. C’est le début d’une terrible invasion de zombies… Évidemment, personne ne sait très bien ce qu’il s’est passé et il faut bien trouver quelqu’un pour aller enquêter. On envoie alors quatre soldats d’élite pour tirer ça au clair, parce que décidément, ça ne va pas. Enfin, une élite… En partant du bas, sans doute. Parce que je peux vous dire que les mecs ne sont pas des plus futés. On nous les présente durant un assaut contre des écologistes qui commettent une prise d’otages. Dans une pareille situation, il est de bon ton de se camoufler un minimum, de se la jouer ninja, mais non, nos quatre super soldats débarquent dans des tenues plus que voyantes. Ils les aiment tellement qu’ils les garderont en Papouasie, où ils croiseront une journaliste et leur caméraman, qui les accompagneront dans leur merveilleux voyage.

 

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Cette fine équipe va donc se diriger vers l’usine, rencontrant des zombies de manière régulière, pour ne pas trop endormir le spectateur. Enfin, ce serait mentir que de dire qu’on est tendu comme un arc au fond de son siège lors des attaques des cadavres ambulants. La gueule peinturlurée de bleu pour tout maquillage pour la plupart (il y a tout de même un prêtre défiguré et un zombie plein d’algues, pour dire que…), ils ne font peur à personne. Les soldats d’élite (ah ah, j’en ris à chaque fois que je le dis) se foutent clairement de leur gueule et seule la journaliste tente comme elle peut de nous faire croire qu’elle en a peur, dans des mimiques qui pourraient tout aussi bien incarner l’hilarité. Plus effrayants que ces pauvres morts revenus à la vie sont finalement les acteurs, tous très mauvais. Ce n’est pas la surprise de l’année, il ne faut bien entendu pas s’attendre à voir des oscarisés dans un bis transalpin, plus habitués au cabotinage effréné qu’à la performance toute en finesse. Margit Evelyn Newton vouera d’ailleurs sa carrière à ce cinéma alternatif puisqu’on la retrouvera dans d’autres bandes du même type, comme dans Les Aventures d’Hercule. Leurs personnages ne sont guère sympathiques, quand ils ne sont pas antipathiques. Au mieux ils sont insipides ou ridicules, comme le personnage de Zantoro, incarné par un Franco Garofalo cabotin, qui passe son temps à faire des yeux hallucinés et à insulter les zombies. Il semble le seul à s’amuser et éclate le spectateur par la même occasion, on peut même dire qu’il est l’acteur le plus intéressant à suivre ici (on le retrouve aussi dans L’Autre Enfer, toujours de Fragasso et Mattei) puisque le plus « généreux ».

 

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Si Virus Cannibale s’est taillé avec les années une solide réputation de nanar, c’est surtout grâce (à cause ?) à deux choses. La première, c’est cette utilisation abusive de stock-shots. Vous savez, ces courtes scènes prises dans une banque d’images, généralement utilisées pour montrer le paysage. Mattei lui, va en faire un usage au-delà de l’imaginable. Se rendant compte qu’il a tourné le tout dans un bosquet à coté de Rome alors que son film se déroule en Nouvelle-Guinée, le réalisateur se dit qu’il lui faudrait des images d’animaux, histoire de faire passer la pilule. Il n’est donc pas rare de voir les personnages tourner la tête pour admirer la faune locale. Mais il y a deux problèmes. Le premier c’est qu’il y a un décalage flagrant entre les images du film et celles tirée de la banque de données du père Mattei. Changement de qualité, de ratio, de photographie, de tout ce que vous voulez, on voit que c’est pas la même chose quoi ! Et le deuxième problème, c’est que les animaux présentés ne sont pas toujours trouvable en Papouasie ! C’est le cas du dingo ou de la gerboise sauteuse (des espèces d’Australie) ou d’éléphants d’Afrique. Le facteur débile du film monte alors en flèche et c’est entre le rire et la consternation que nous laissent ces magnifiques pauses animalières. La deuxième chose qui aura permis à Virus Cannibale de rentrer dans les annales du nanar, c’est une scène. Je vous vois venir. « C’est pas possible qu’une scène rende tout un film nanar ». Ben si. Vous me direz que Virus Cannibale avait déjà de sérieux antécédents avant ce moment tragique, mais elle n’arrange définitivement rien. Je vous plante le décor: nos héros sont dans une maison visiblement abandonnée, il y a des zombies un peu partout dehors. Bref, c’est dangereux. Que fait l’un de nos soldats d’élite (hi hi hi) ? Il se barricade ? Il se poste dans un lieu qui lui permettra de shooter les zombies sans danger ? Il cherche de la nourriture parce qu’elle commence à manquer ? De l’essence ? Rien de tout ça. Il fout un tutu vert et se met à chanter Singing in the Rain. Vous ne me croyez pas ?

 

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Vous voyez, je ne mens pas. Jusque là, le comique du film était involontaire, Bruno Mattei étant probablement persuadé de faire un film tout ce qu’il y a de plus convenable. Alors comment expliquer cette scène qui débarque presque comme un cheveu sur la soupe ? Claudio Fragasso, qui a écrit la scène, raconta dans une interview qu’il trouvait l’idée très amusante et qu’il pensait que cela allait faire un peu redescendre la pression. Ah ça ! Je confirme ! Une grande idée de Claudio, encore ! Enfin, venant du mec qui a fait Troll 2 (dans lequel on voit quand même des trolls crever parce qu’un gosse mange un hamburger), ça ne surprendra personne. Et ça ne m’étonne pas plus que son vieux pote Bruno ait accepté l’idée et l’a tournée sans se plaindre. Car Mattei ose tout et nous le prouve une fois encore avec ce film. Les idées les plus malsaines, celles que les autres réalisateurs ne veulent pas, lui il prend. On voit ainsi un gamin zombie mordre la gorge de son père et le tuer avant de se fait tirer dessus à plusieurs reprises au fusil à pompe, avec une sorte de délectation étonnante. Toujours osé ce final on ne peut plus pessimiste et cette mort ultra gore de l’actrice principale ! Sans oublier cette scène incroyable d’un chat sortant du ventre d’une mamie morte, qui se réanime juste après ! Et tant qu’il est dans les stock-shots jusqu’au cou, autant piquer carrément des morceaux d’autres films ! C’est ainsi qu’on se retrouve avec plusieurs minutes du film La Vallée, film/documentaire sur certaines tribus reculées. Bien pratique pour Mattei qui n’a que trois figurants à nous montrer pour donner vie à son village papou. Alors piquons des pans entiers de La Vallée et tant pis si ce n’est pas les mêmes tribus et que ça se voit ! Et tant pis aussi si on voit des vrais cadavres dans le documentaire ! C’est gratos ! Et la gratuité, Mattei la connait bien et nous en donne un bel avant-goût. Alors que nos héros arrivent dans ce fameux village, ils sont un peu paniqués. Et si les papous ne les accueillaient pas bien et se mettaient à leur planter des lances dans le cul ? Mais heureusement pour eux, ils sont accompagnés d’une grande journaliste française qui va amadouer ces aborigènes. Comment ? En se foutant à poil et en se grimant plus ou moins comme eux ! Ce qui permet au père Bruno de nous montrer le plan nichon le plus gratuit qu’il m’ait été donné de voir ! Je vous l’offre tout aussi gratuitement.

 

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Le pire c’est que ce plan nichon n’est jamais justifié puisque les soldats arrivent en même temps que la journaliste aux seins nus et qu’on sent bien que cela n’aurait rien changé qu’elle soit habillée. Et tout le film est comme ça, une succession de scènes pour remplir un cahier des charges déviant et rédigé en dépit du bon sens et en copiant sur son voisin. L’une des scènes cultes de Zombie montre des morts-vivants dans un ascenseur ? Et bien on fait pareil ! Mattei veut surfer sur la vague du film de zomblar et emballe son film aussi vite que possible. Pas le temps de tourner ça convenablement, pas le temps de faire des maquillages corrects, pas le temps d’apprendre aux comédiens à bien jouer, pas le temps quoi ! Par contre quand c’est pour étirer la prise d’otages du début, ça il le prend. Car si Virus Cannibale est très amusant, il faut avouer qu’on se fait un peu chier au début, perdus que nous sommes dans cette mission qui semble durer dix plombes. Mais une fois en Papouasie, le film prend son envol dans la médiocrité la plus crasse, pour notre plus grand bonheur. Ah si ! Il y a tout de même un truc à sauver dans le film ! Je sais, ça fait bizarre. Mais la musique du film, signée par les Goblins (Suspiria), est magnifique et permet même au film de remonter la barre quand elle apparait. Mais vous savez quel est le problème ? Cette putain de musique est tirée d’autres films !!! De Zombie de Romero par ici et de Contamination de Luigi Cozzi par là ! Et oui, la seule vraie qualité du film n’est même pas vraiment à lui… Faut croire que Mattei n’avait pas le temps non plus pour faire composer une bande-originale… C’est désespérant mais le film n’a aucune réelle qualité, hormis les nanardes. Remarquez que c’est déjà ça et qu’au moins on s’amuse. Alors peut-être qu’on rit plutôt de lui qu’avec lui mais il n’empêche qu’on en vient à regretter sincèrement que Bruno Mattei soit mort le 21 mai 2007. Car ses films avaient beau être très cons et mal branlés, ils étaient très attachants et c’est le plus sincèrement du monde que nous les aimions.

Rigs Mordo

 

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  • Titres : Virus (ITA), Hell of the Living Dead (USA), Zombie Creeping Flesh (ENG)
  • Réalisation : Bruno Mattei
  • Scénario : José María Cunillés, Rossella Drudi, Claudio Fragasso et Bruno Mattei
  • Production : Sergio Cortona, José María Cunillés et Isabel Mulá
  • Pays: Italie, Espagne
  • Année: 1980
  • Acteurs: Margit Evelyn Newton, Franco Garofalo, Selan Karay, Gaby Renom

2 comments to Virus Cannibale

  • Dirty Max 666  says:

    Une excellente chronique qui m’a replongé dans ce chef-d’œuvre du nanar, une perlouze tellement portnawak qu’elle touche au sublime. Et que dire de ce plan nichon ! Une image aussi traumatique que l’œil coupé d’Un chien andalou !

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