Du Sang pour Dracula

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C’est l’hiver, il fait froid et on se chope la crève. Et personne n’est à l’abri, pas même ce pauvre Dracula, tout souffreteux, qui en est réduit à se ridiculiser pour tenter d’obtenir un peu de sang. Il va falloir songer à changer de médecin-traitant, mon vieux…

 

Il y a peu, votre serviteur vous informait un peu à propos de Chair pour Frankenstein, réalisé par Paul Morrissey pour les besoins d’un Andy Warhol désireux de devenir producteur. On peut d’ailleurs noter qu’assez étrangement, Jean Yanne, l’humoriste et acteur français, avait lui aussi le rôle de producteur. Etonnant mais après tout, pourquoi pas ? D’ici à ce qu’on découvre que Louis De Funès a produit des films de zombies philippins et que Jean Dujardin s’apprête à mettre de la thune dans un slasher allemand, il n’y a qu’un pas que je ne franchirai pas. Reste que Chair pour Frankenstein possède un frère jumeau en la présence de Du Sang pour Dracula. Carlo Ponti, le producteur, s’est dit qu’après tout, puisqu’ils sont sur le point de faire un film, pourquoi ne pas en faire deux ? Ainsi, ce Dracula est tourné pile-poil après le Frankenstein, Udo Kier confiant que l’enchainement s’est fait en un jour, Frankenstein se terminant le matin, Dracula débutant le soir. Mais la 3D est oubliée dans le processus, trop chiante à mettre en place, surtout pour les acteurs, Kier ne gardant pas un bon souvenir du tournage du Frankenstein.

 

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Quelques acteurs changent mais le gros de l’équipe reste le même. Morrissey à la réa, Udo Kier dans le rôle titre, Joe Dallessandro jouera encore une fois son ennemi et Arno Juerging qui jouait son assistant Otto dans le précédent film devient cette fois le servant du comte aux dents pointues. Et Antonio Margheriti plane toujours sur le film tel un fantôme sans rôle clairement défini, ou plutôt variant selon les versions. On ne change pas une équipe qui gagne, même si personne ne savait si Chair pour Frankenstein allait être un succès à ce moment-là. Niveau scénario, c’est encore une fois une relecture modernisée du mythe que Morrissey nous pond. Udo Kier incarne le dernier survivant de la lignée des Dracula, qui a bien des ennuis. Ne pouvant se nourrir que de sang de vierge, il a bien du mal à trouver son précieux vin humain, la libéralisation des mœurs faisant que vous avez autant de chances de trouver une vierge dans la rue que de rester éveillé devant un Woody Allen. Son servant, Anton, décide alors de faire un voyage avec le comte jusqu’en Italie, là où ils sont encore très croyants et où la coutume veut que les futures mariées gardent une virginité intacte avant la lune de miel. Par chance, il tombe sur une famille financièrement dans une merde noire et donc prête à marier l’une des quatre filles en leur possession à Dracula en échange d’un peu de pognon. Problème: le jardinier, un chaud lapin, est en train de les niquer toutes les unes après les autres et sur les quatre, deux ont déjà perdu leur précieuse virginité…

 

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Chair pour Frankenstein montrait déjà un cocktail particulier, réunissant des éléments sexuels, gores et humoristiques dans un grand verre, à boire cul sec. La recette du cocktail ne change pas des masses ici, même si de prime abord le film semble plus sage sur le gore, avant de se rattraper dans les cinq dernières minutes. Cette péloche donne l’impression de miser beaucoup sur l’humour, le comte voyageant avec son précieux cercueil sur le toit de sa bagnole, et ses créateurs décrivant le film comme une comédie. Il y a définitivement du grand-guignolesque dans Du Sang pour Dracula, mais très vite l’aspect noir du film prend le dessus sur tout le reste. L’ambiance est lourde, tamisée, et notre pauvre vampire ne nous met guère à l’aise. Malade comme un chien pendant la grande majorité du film, il ne se déplace qu’en fauteuil roulant, se tortille de douleur, dégueule et a une mine affreuse. La classe d’un Béla Lugosi ou d’un Cristopher Lee est loin et l’on est vraiment pris de pitié pour ce Dracula souffreteux, encore une fois merveilleusement interprété par un Udo Kier au sommet de son art qui parvient à nous faire oublier son état de vampire, ne devenant finalement qu’un malade comme un autre, souffrant atrocement. La situation peu conventionnelle dans laquelle sont plongés les personnages permet à Morrissey de poser de nombreuses questions existentielles qui, on le voit bien, l’intéressent plus que l’horreur. Il nous parle de communisme, des mœurs changeantes, du sida en filigrane, des mariages arrangés,… De tout sauf de choses très fantastiques, au fond. Chair pour Frankenstein ne faisait pas peur, Du Sang pour Dracula non plus. Le réalisateur n’essaie pas vraiment et, à la limite, on pourrait presque sentir un certain mépris pour le fantastique. Mais au fond, cela nous permet d’obtenir un film de vampire diffèrent des autres, surtout pour l’époque et nous n’allons pas nous en plaindre. Surtout que le tout se réveille en fin de parcourt et s’autorise de sacrés déferlements de violence.

 

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Contrairement à Chair pour Frankenstein qui aura eu l’honneur d’apparaître sur la liste des Video Nasties, ces vhs bannies en Angleterre, Du Sang pour Dracula ne souffrira que de coupes mineures. La scène ayant posé le plus de problème étant celle où, vraiment en manque, Dracula va lécher du sang au sol. Cela n’aurait probablement gêné personne si le sang ne provenait pas d’un hymen de jeune fille mineure fraichement dépucelée, ce qui est bien évidemment fait pour faire crier tous les curés de la planète. Pour le reste, le film n’entretient au final que peu de choses le ralliant au monde de l’horreur, nous sommes plutôt en terrain tragi-comique. Plus tragique que comique, par ailleurs, car si humour il y a, il est si noir qu’il en devient difficilement perceptible, le film se changeant peu à peu en film social, en étude sur la sexualité, ce qui ne surprendra personne vu comme tout le monde s’envoyait en l’air dans le Frankenstein… Au fond, malgré le peu de temps qui sépare leurs tournages, la nouvelle version de l’œuvre de Bram Stoker ne ressemble pas tant que cela à celle de Mary Shelley. Plus arty, moins bis, peut-être mieux écrite et mieux pensée, elle n’est pas meilleure ni moins bonne. Juste différente et encore plus inclassable. Morrissey n’aura finalement pas fait mieux que les Hammer, mais si l’on pouvait juger son Frankenstein clairement en-dessous de Frankenstein s’est Echappé et ses suites, on ne peut pas vraiment comparer Blood for Dracula au Cauchemar de Dracula et ses séquelles, par exemple. Pas particulièrement une œuvre pour les fans de cinéma fantastique pur et dur, Du Sang pour Dracula reste une œuvre très plaisante, sonnant juste et, au final, assez unique. Alors ne crachons pas dessus trop vite et prenons le temps d’apprécier un spectacle atypique et montrant les vampires sous un jour nouveau. La preuve: Dracula y est blond !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario : Paul Morrissey
  • Titres: Blood for Dracula (USA), Dracula cerca sangue di vergine… e morì di sete!!! (ITA)
  • Production: Andy Warhol, Carlo Ponti, Jean Yanne
  • Pays: Etats-Unis, Italie, France
  • Acteurs: Udo Kier, Joe Dallessandro, Arno Juerging
  • Année: 1974

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