La Colline à des Yeux 2

Category: Films Comments: No comments

On ne peut plus se cacher nulle part, c’est bien connu. Un séjour en forêt et t’as Jason Voorhees qui vient te couper en deux, un en mer et t’as un requin qui te croque la queue. Et même le désert et ses collines ont leurs emmerdeurs…

 

La Colline à des Yeux fait partie de ces sagas qui ont toujours mieux marché commercialement qu’artistiquement. Même si le temps en a fait une œuvre culte, le premier film, réalisé par Wes Craven, se voit aujourd’hui comme un B sympathique mais pas transcendant. Et ne parlons pas de sa piteuse suite, toujours par Craven, qui est restée dans les mémoires pour sa crétinerie plus que pour d’éventuelles qualités que l’on cherche encore. Finalement, c’est encore le remake en 2005 par le frenchy Alexandre Aja qui s’en sort le mieux. Bonne affaire financière, le film fait consensus dans le petit monde des goreux et même le grand public ne s’y est pas trompé. Une telle réussite ne pouvait pas rester sans suite et ça, le papa de Freddy Krueger l’a bien compris. Producteur avisé et heureux des bénéfices du remake de son propre film, il sait qu’il faut battre le fer tant qu’il est chaud, quitte à s’en bruler les doigts. Alors il lance la machine très vite, écrivant avec son fils un scénario en un mois à peine. Un délai court pour un film de cette trempe, d’autant que le réalisateur n’aura pas son mot à dire, contrairement à un Aja à qui Craven a laissé passer quelques caprices. Mais Martin Weisz n’aura pas ces honneurs et devra se contenter de mettre en boite le script de la famille Craven tel un simple homme de main, un faiseur.

 

hill5

hill6

 

Weisz n’est pas un inconnu des fans d’horreur puisqu’on lui doit Rothenburg, titré Confession d’un Cannibale pour sa sortie dvd dans nos contrées. Une série B passée assez inaperçue chez nous et relatant l’histoire vraie du cannibale ayant passé la petite annonce pour pouvoir se payer son casse-croute et dévorer un homme consentant. Craven reconnaît en lui un réalisateur qui n’aura pas peur d’aborder des sujets difficiles et l’embauche tout en se disant qu’en bon débutant il sera sans doute plus malléable qu’un vieux briscard du genre… La Colline à des Yeux 2 sort donc deux ans à peine après la version délivrée par Aja, lui faisant suite. Contrairement à ce que beaucoup pensaient, le film n’est pas une version modernisée de la suite de l’original, parue dans les années 80. Cette fois, pas de familles ou d’ados en vacances, juste des militaires qui s’entrainent non loin de mines désaffectées du Secteur 16 où la famille du premier se sont fait trucider. Suite à un appel de détresse, les pauvres bidasses tombent dans le piège de notre famille de dégénérés énervés. Quand on se ballade un peu sur le net ou qu’on rouvre les magazines ayant traité du film à sa sortie, on se rend compte qu’il est vu comme une merde immonde, une série Z banale, sans imagination. Certains le comparent même aux films de Bruno Matteï et Claudio Fragasso ! Bref, si l’on en croit les critiques, on part un peu pour se salir les bottes. Mais pouvons-nous décemment éviter un film, même merdique, s’il nous apparaît devant les yeux soldés pour 2 petits euros ? Non, bien entendu. Alors est-ce que le film est une réussite ? Non. Mais est-ce qu’il est aussi nul que tout le monde le dit ? Pas tout à fait…

 

hill7

 

Le premier remake réalisé par Aja était un film globalement sérieux, on ne rigolait pas beaucoup lors de sa vision, la violence faisait mal et il y avait de la tension. Alors si vous voulez voir un truc dans la même veine, autant vous le dire tout de suite, refaites-vous le Aja car cette suite n’a pas du tout la même ambiance et sent la décontraction à plein nez. On s’en aperçoit bien vite avec l’entrainement de nos militaires, présentés comme les derniers de la classe, des incapables qui ne trouveraient même pas leur bite s’ils l’avaient en main. C’est bien simple, même les mongoloïdes des montagnes semblent être de vrais intellectuels face à ces soldats qui laissent trainer leurs armes n’importe où, se séparent toutes les cinq minutes, gèrent leurs munitions comme des branques (à force de tirer pour rien, on finit par être à court de balles…) et passent plus de temps à draguer ou se faire des blagues que s’inquiéter de leur mission. C’est bien simple, même dans la septième compagnie on n’en voudrait pas et Pierre Mondy passe pour Rambo à coté de ces amateurs. Pas bien dur pour les mutants de service de se payer leur tête avec leurs pièges, que ne renieraient sans doute pas Vil Coyote et Grosminet. On ressent donc fortement l’envie qu’à Weisz de faire son Aliens dans son coin, même si l’on est plus proche d’un Dog Soldiers qu’autre chose.

 

hill8

 

Dans sa structure, La Colline à des Yeux 2 est un film d’horreur on ne peut plus classique, à mi-chemin entre le survival et le slasher, ce qui se ressent jusque dans le casting. Si le premier tentait d’amener à lui des acteurs pas forcément connotés horreur, comme Aaron « X-men 2 » Staanford ou Ted « Le Silence des Agneaux » Levine, sa suite fonce plein pot dans les habitués du genre. Daniella Alonso se retrouvait déjà dans Détour Mortel 2 et allait apparaître dans The Collector, Jessica Stroup jouait dans Broken et ils ne sont pas allés chercher bien loin pour les mutants. Car outre Derek Mears (futur Jason Voorhees dans le remake de Vendredi 13), on a jugé bon de réutiliser Michael Bailey Smith, qui incarnait Pluto dans le premier et se retrouve ici parachuté père de famille dans le rôle de Papa Hadès. Ces habitués feront ce qu’ils ont l’habitude de faire dans leurs films habituels: se faire tuer pour les uns, tuer pour les autres. La Colline à des Yeux 2 ne propose rien de plus que ce que vous pouvez voir ailleurs: des mecs se faire éparpiller menu par une bande de dingos. Et dans le genre, le second film de Martin Weisz ne trahit personne: il y a du rythme et on ne s’emmerde pas, il se passe toujours un truc, bon ou pas.

 

hill3

 

Finalement, on peut comprendre la comparaison avec le cinéma « autre » de Bruno Matteï. Outre le fait que, comme dans Virus Cannibale, nos hommes de guerre se retrouvent face à une menace fantastique et se font avoir parce qu’ils font des conneries (la scène du tutu vert est ici remplacée par des pauses-pipi fatales), on reconnaît une certaine tendance à aller dans le n’importe-quoi qui n’est pas sans rappeler l’italien, qui était passé maître dans la discipline. Le film aligne les idées les plus bis que n’aurait certainement pas renié le Bruno, comme cette volonté qu’ont les dégénérés de la colline à se reproduire. Dans ce but, ils kidnappent des gonzesses, les attachent, puis les engrossent. Une idée comme une autre mais appliquée de manière hilarante lorsque le papa de la bande crie un génial « Je vais te faire un bébéééé » avant de rentrer dans la madame tout en ayant un énorme filet de bave mousseux au coin de la bouche. Exquis. Et très drôle. Surtout que, pour ne rien gâcher, Papa Hadès a une dégaine et une tronche qui font furieusement penser à Gérard Depardieu ! Le bon Gégé aurait-il remplacé Michael Bailey Smith sur certaines scènes ou cascades ? Espérons qu’un journaliste aura un jour la bonne idée de lui poser la question, autrement plus importante que ses histoires russes. Et toujours dans la catégorie « idée digne du père Bruno », signalons également un mec qui sort des chiottes alors qu’un bidasse allait couler un bronze ! S’il avait vu le film, Matteï pleurerait de ne pas l’avoir faite, celle-là ! Et il aurait aussi pu faire le joli « bye bye » fait avec une main coupée par l’un des tarés de service!

 

hill1

 

Bien sûr, si l’on s’amuse, souvent aux dépends du film, il faut aussi admettre qu’il a des défauts. Même si on sait qu’il n’a jamais eu pour ambition de réinventer la roue, un peu plus d’originalité n’aurait pas été de trop. Même si quelques mises à mort sont sympathiques et que le film est globalement violent et contient quelques effets gores pas désagréables, la plupart des meurtres se passent en hors-champ et se contentent du minimum syndical. Et on ne peut pas trop se rattacher aux mutants, qui se ressemblent tous un peu et qui manquent de caractéristiques qui permettraient de les distinguer les uns des autres. La galerie de monstres du premier est loin d’être égalée ici, nos difformes étant tous des gros bouseux musclés, sans plus. Le plus intéressant est encore celui qui se montre sympa avec nos héros même si, bizarrement, il disparaît du film sans crier gare, tombant dans un trou scénaristique que n’ont pas rebouché les Craven père et fils. Et le film perd un peu de son identité une fois que l’on découvre le lieu de vie des tarés. Une bonne idée sur le papier mais qui à l’écran ressemble plus à du Détour Mortel ou une version ratée de Massacre à la Tronçonneuse 2 qu’à quelque-chose d’inédit… Le film perd donc de son charme, quittant le désert et les montagnes pour une grotte comme on en a vu des dizaines depuis le succès de The Descent

 

hill4-300x124

 

Mais malgré ces défauts qui empêchent La Colline à des Yeux 2 d’être un grand film, voire même juste un bon, il est difficile de comprendre la réputation calamiteuse que se tape le film depuis sa sortie en 2007. Nous sommes tout de même en face d’un film techniquement solide, à la photographie respectueuse du premier film, et à milles lieux de ressembler aux téléfilms fauchés et moches que sont Detour Mortel 2 ou Souviens-toi… l’été dernier 3. C’est certes con, classique et ça n’apporte rien mais c’est un film avec des déglingués qui attaquent des gens dans les collines. A quoi s’attendre ? A un bis crétin, le film d’Aja était une exception dans la série des Collines à des Yeux, le meilleur d’une série moyenne. Sa suite a tout de même le mérite d’être amusante et de ne jamais faire chier. Maintenant si vous allez vers ce type de production en espérant vous retrouver face à un Cronenberg ou du Argento de la grande époque, autant aller chez Macdo pour leur demander du caviar…

Rigs Mordo

 

hillposter-198x300

  • Réalisation: Martin Weisz
  • Scénario: Wes Craven, Jonathan Craven
  • Titre original: The Hills Have Eyes 2
  • Production: Dune Entertainment
  • Pays: USA
  • Acteurs: Michael McMillian, Jessica Stroup, Derek Mears, Jacob Vargas
  • Année: 2007

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>