Des Filles pour un Vampire

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Danser, c’est bien, ça fait circuler le sang. C’est d’ailleurs ce qui a motivé un vampire à inviter dans son château une troupe de jeunes filles bossant dans un cabaret, les demoiselles jouissant bien entendu d’un sang bien chaud qui gicle tout seul. Ca va swinger !

 

Est-ce parce que les italiens ont le sang chaud que tous les vampires de la planète se sont réfugiés chez eux durant les années 60 ? Il semblerait bien car depuis Les Vampires de Riccardo Freda, c’est l’invasion, à base de L’Orgie des Vampires, La Crypte du Vampire ou bien évidemment Des filles pour un vampire. Ils auraient pu synthétiser, tout de même, et titrer le tout Des filles pour l’orgie dans la crypte du vampire, cela aurait été explosif. Mais ne nous plaignons pas, cela nous fait plusieurs bons films gothiques au lieu d’un et Satan seul sait que nous n’en avons jamais assez. Un caveau sale et mal éclairé, un jardin qui fait également office de cimetière, un château lugubre dans une nuit orageuse, des allées et venues nocturnes, tout ce petit arsenal du cinéma gothique, on le retrouve dans Des Filles pour un vampire que réalise Piero Regnoli au début des années 60. Un habitué des hommes-chauves-souris puisqu’il était déjà le scénariste du Freda, Les Vampires donc, et qu’il restera d’ailleurs l’une des plumes les plus prolifiques de l’épouvante italienne puisqu’on le retrouve aux génériques de L’Avion de l’Apocalypse de Lenzi, Voix Profondes de Fulci ou encore Le Manoir de la Terreur de Bianchi. On peut donc dire que mon ami Piero aura été présent du début à la fin du cinéma bis transalpin, le réalisateur (dont la carrière de metteur en scène est moins parlante que celle de scénariste) décédant en 2001, quasiment en même temps que le cinéma qu’il aura aidé à créer quarante ans plus tôt. Pas étonnant de le voir passer derrière la caméra pour filmer quelques morsures mortelles à son tour, et en guise de vampire il choisit Walter Brandi, souvent appelé le « Christopher Lee italien » puisqu’il a lui aussi incarné des vampires à plusieurs reprises, une cape qu’il porta la première fois dans L’Amante del Vampiro, qui n’est jamais sorti chez nous, et qui lui colla un peu trop à la peau… Car le Walter n’était pas très heureux d’être vu comme un éternel suceur de sang, préférant qu’on se souvienne de lui comme d’un séducteur (il était d’ailleurs plus loquace sur ses conquêtes lors d’un tournage que sur le film lui-même), préférant stopper ses activités d’acteur horrifique pour ne pas être catalogué, un peu comme… Christopher Lee ! Car lui aussi en avait assez de Dracula et ne voulait plus voir de dents pointues. Comme quoi, Brandi était bien son pendant italien. Mais l’homme ne se retira pas du cinéma horrifique pour autant et devient producteur de cinéma bis, aidant à la naissance de l’Aenigma de Fulci mais aussi de Virus Cannibale de Mattei !!! Dans Des Filles pour un Vampire, il joue bien évidemment le démon, mais pas seulement…

 

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L’Ultima preda del Vampiro, c’est le nom d’origine du film de Regnoli, commence en fait comme un slasher. Ne vous en faites pas, pas d’ados stupides et agaçants ici, mais une troupe de danseuses de cabarets, accompagnées de leur manager et de leur chauffeur, qui traversent le pays au volant de leur camionnette, à la recherche d’un toit sous lequel s’abriter pour la nuit, généreuse en éclairs et en pluie. Et bien évidemment, ils choisissent d’aller se reposer dans le château du coin, histoire de profiter de la gentillesse du comte Kernassy (Walter Brandi), quand bien même les habitants de la région leur recommandent de faire demi-tour et de ne pas mettre un pied sur ces lieux considérés comme maudits. Mais il est trop tard pour rebrousser chemin, le pont qui les mena au comte s’écroulant, les forçant à dormir entre ses murs. Et ce qui devait arriver arrive, l’une des pauvres jeunes filles est retrouvée morte dans le jardin, ce qui commence à inquiéter la troupe, et tout particulièrement Vera, la plus sage du lot, qui a comme une sensation de déjà-vu depuis qu’elle a pénétré la demeure… Dans les années 80, tout ce beau monde serait vite éparpillé aux quatre coins du château, et a la hache, mais nous sommes dans les années 60 et le gore n’a pas encore été créé, ce qui signifie que sur les sept victimes potentielles à avoir foulé du pied les tapis de Kernassy, seule une trouvera la mort. Ce n’est de toute évidence pas le bodycount, terme que l’on n’utilisait pas encore, qui intéresse Regnoli mais l’ambiance et… l’érotisme !

 

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Des films gothiques italiens des années 60, il y en a, et grâce à Artus Films on peut désormais en profiter dans les meilleures conditions possibles. Mais à force d’en manger par paquet de quinze, ne risquons-nous pas de les mélanger un peu ? Il est vrai que toutes ces œuvres utilisent les mêmes éléments scénaristiques, le même type de décors, voire les mêmes figures héroïques et qu’il n’est pas toujours évident de se différencier de ses voisins. Mais Regnoli y parvient sans trop de problèmes, son Des Filles pour un Vampire obtenant un goût diffèrent de ses petits copains grâce à son casting, majoritairement féminin. Si l’on y regarde de plus près, le cinéma de l’époque avait généralement un personnage féminin principal, qui était le love interest, du héros comme du monstre, et peut-être une servante antipathique selon les films, mais c’était tout. Les dames se faisaient finalement assez rares à l’écran et étaient entourées de gaillards dans la grande majorité des cas. Regnoli décide donc d’inverser la tendance et nous balance en plein milieu d’une bande de copines qui ne s’inquiètent pas des masses de l’étrangeté des lieux et ne semblent même pas émues plus que cela de la mort de leur amie. Il y a donc une atmosphère clairement plus décontractée, la bonne ambiance régnant entre les jeunes filles étant assez communicative. Elles se vannent, rigolent, dragouillent et nous donnent l’impression d’assister à une soirée pyjama durant laquelle un vampire s’inviterait ponctuellement. Regnoli donne donc l’impression de se placer dans une logique d’exploitation, nettement plus que des Bava, Freda ou Margheriti, comme le prouve quelques scènes plus dénudées.

 

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Car si vous cherchez la première femme vampire nue à apparaître au cinéma, vous pouvez stopper vos activités d’archéologie perverse, on la tient la fripouille. Bien évidemment, vous n’aurez pas affaire à un nu intégral, le corps de la goule étant plongé dans la pénombre, même si une paire de seins apparaît furtivement, malheureusement en partie cachée par des sous-titres obligatoires. On se rattrapera sur la nuisette de l’héroïne, d’une agréable transparence… Mais Regnoli ne s’arrête pas là et continue dans la gratuité avec une scène de danse de plusieurs minutes, seulement placée là pour satisfaire les spectateurs mâles qui, dans les années 60, devaient probablement penser que c’était là le haut du panier de l’érotisme. Tout ceci nous semble bien désuet aujourd’hui mais cela participe également au charme du film, finalement assez naïf, y compris dans sa représentation de l’horreur. Car tout le catalogue de l’épouvante gothique est là, on retrouve même un laboratoire avec un squelette en plastique, qui va bien évidemment effrayer la pauvre Vera, presque plus que le vampire ne le fera par la suite. Walter Brandi, donc, qui tient ici deux rôles puisqu’il est également un membre de la famille du vampire, mais humain lui. On ne sait pas s’il est son fils ou son frère jumeau, les deux raisons pourraient être crédibles, mais un peu plus d’explication n’aurait pas fait de mal et aurait pu servir de remplacements aux dialogues romantiques que s’échangent Kernassy et Vera sans qu’on vienne s’en plaindre.

 

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Nous sommes donc en terrain connu et l’amateur du cinéma gothique d’époque sera sans doute aux anges puisque tout ce qu’il peut souhaiter voir dans pareille bande est ici réuni. Des Filles pour un Vampire est un film on ne peut plus sympathique, pas meilleur que ses collègues amateurs d’épouvante poussiéreuse, pas moins bon non plus. Il est dans la bonne moyenne et se distingue du troupeau par un second degré plus poussé qu’ailleurs et un érotisme assez présent. Ce n’est donc pas avec Regnoli que les détracteurs du genre vont revoir leur copie, mais au moins il ne décevra pas non plus les habitués du style. Comme souvent avec un film assez ancien tel que celui-ci, Artus a fait ce qu’il a pu, et ce n’est pas toujours heureux. L’image change parfois de qualité, devenant floue (c’est flagrant dans la scène du début, dans le bus), et l’on saute parfois de la version française (par ailleurs séduisante, un véritable bond dans le temps, avec trois doubleurs qui doivent faire dix personnages) à l’anglaise (avec sous-titres), ce qui peut gêner un peu mais est aussi la seule option possible pour profiter de la version intégrale du film, qui avait été coupé ça et là pour son exploitation française. Comme toujours, la bible du bis qu’est Alain Petit vient nous parler durant quarante minutes toujours très instructives, et cette fois le cours est sur les vampires. Pour rester dans le thème du vampirisme, Artus nous propose également le court-métrage « Symphonia Horroris » de Thierry Lopez, un hommage au Nosferatu de Murnau, qui reprend le personnage et le principe du film muet. Pas de noir et blanc par contre mais plutôt des couleurs délavées. De quoi compléter efficacement un DVD recommandable qui en prime s’offre une délicieuse pochette old-school en diable !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Piero Regnoli
  • Scénario: Piero Regnoli
  • Titre: L’Ultima Preda del Vampiro (ITA), The Playgirls and the Vampire (USA)
  • Production: Tiziano Longo
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Walter Brandi, Lyla Rocco, Alfredo Rizzo
  • Année: 1963

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