Entretien avec Arnaud d’Il Etait Une Fois Des Films Fantastiques

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Il y a un éléphant dans la pièce et il s’appelle Téléchargement Illégal. On en parle (souvent), on en profite (parfois), mais on n’entend que rarement les tenanciers de ces vidéoclubs numériques, les clients étant plus loquaces que le patron. Toxic Crypt inverse la tendance avec l’interview d’Arnaud du blog Il était une fois des films fantastiques (IEUFDFF pour les intimes).

 

Le téléchargement, qu’il soit illégal ou pas, on a tous une opinion dessus. Un nouvel outil bienvenu ou une arme qui est en train de détruire, petit à petit, le cinéma ? Un peu des deux, ma bonne dame, car il faut bien reconnaître que cette pratique n’aide pas franchement l’économie du septième art et rend les choses bien plus difficiles pour les petites structures qui ne peuvent plus se reposer sur les ventes de DVD. Mais si le téléchargement rend la tâche plus ardue pour les créateurs de films récents, il facilite aussi la (re)découverte de films oubliés. Car des pépites du bis jamais éditées en DVD, voire même en VHS pour certaines, il en existe des centaines. Et parmi ce nombre, seule une petite poignée parviendra à atterrir un jour chez nous sous la forme d’une galette, quelques élus, pas toujours triés sur le volet. Car comment faire pour visionner des raretés comme les films de Paul Naschy, le plus velu des espagnols tristement ignorés par les éditeurs français (deux films chez Seven7 et c’est tout),  si ce n’est en fouinant sur le net ? Comment admirer les templiers de la saga d’Amando de Ossorio, là encore seulement disponible en zone 1 (que Blue Underground soit maudit de ne pas les avoir sortis en « zone all »), sans plonger dans les tréfonds de la piraterie cinéphilique ? Comment s’envoyer sur les rétines des productions Corman comme La Galaxie de la Terreur si l’on ne dispose plus de sa VHS ou de son magnétoscope sans recourir aux services de passionnés ? Un passionné, Arnaud en est un, lui qui passe des heures à proposer des films aussi inédits qu’oubliés, rendant ainsi services aux fantasticophiles assoiffés de raretés mais également a ces petites bandes qui retrouvent enfin le chemin de nos cœurs. On est bien loin de Kim Dotcom… Place à ce gars super sympa qui nous parle de sa vision des choses et de la manière dont il procède pour mettre les diamants dans nos poches.

 

Salut Arnaud ! Tout d’abord, peux-tu un peu te présenter ? Nous expliquer comment tu en es venu au cinéma fantastique, comment la passion est née ?

Salut, donc j’ai 32 ans et je suis rédacteur technique dans une grosse compagnie de vente de matériel pour la viticulture, l’oléiculture… J’ai toujours eu une attirance pour tout ce qui était artistique, en effet, j’ai commencé à dessiner très jeune puis à m’intéresser rapidement à la BD, à la peinture et donc, au cinéma… Si je remonte très loin, le déclic avec le genre fantastique provient probablement de « The Thing » de John Carpenter. C’est avec fascination et étonnement que j’ai découvert les intemporels effets spéciaux et maquillages de Rob Bottin. La corrélation entre mes goûts pour l’art et le cinéma était donc devenue une évidence. S’est donc suivie la découverte du reste de la filmographie de « Big John » puis d’autres réalisateurs bien cotés des années 80, début 90 comme Argento, Craven, Romero, etc… Il suffit donc de faire de nombreuses visites au vidéo-club du coin et des nuits blanches « horreur » avec son meilleur ami pour commencer à se forger une petite culture cinématographique intéressante. Et puis au fur et à mesure des années, la curiosité pousse à découvrir d’autres auteurs, d’autres genres…

 

Qu’est-ce qui t’as décidé à créer un blog permettant le téléchargement d’introuvables du genre ?

Et bien l’idée de la création du blog est venue suite à l’écoute d’un podcast sur le cinéma qui parlait d’un site francophone aujourd’hui fermé appelé « La caverne des introuvables ». Ce dernier proposait des films de genres souvent inédits et rares. C’est donc suite à la fermeture de Megaupload et quelques plaintes d’ayant droits que le site a fermé. Déçu de ne pas avoir pu traîner mes guêtres dans cette caverne, je me suis mis à la recherche de sites similaires proposant le même genre de contenu. Je suis alors tombé sur des blogs Anglais et Francophones (je citerai par exemple les formidables « My duck is dead », « L’antre de l’horreur » ou  » l’univers du fantastique et de la science fiction  » qui possèdent à eux trois une base de données impressionnante. Ce genre de blog n’étant pas non plus très répandu sur le net, c’était donc l’occasion de mettre en ligne le mien en novembre 2013.

 

Tu as choisi de te consacrer au cinéma fantastique old-school, tu ne proposes rien qui date d’après les années 80. Comment choisis-tu les films que tu proposes ?

Je me suis limité à l’année 1985 (c’est très précis….), les raisons sont très simples… D’une part, à la télévision quand on n’a pas le câble, il est très rare de tomber sur un film fantastique post-80 inconnu du grand public… Ensuite, si je veux me rendre dans une médiathèque, je dois faire 30 km… Et enfin, même si le catalogue de DVD actuels est intéressant et conséquent, il y a toujours une immense quantité de très bons films à découvrir.

 

Est-ce difficile de trouver ces films dans des versions de bonne qualité ?

Cela dépend de la rareté du film et du support sur lequel l’internaute à encodé le film. Par exemple, un film a pu être encodé à partir d’un DVD zone 1 possédant une piste Française ou des sous-titres FR.  A contrario, le confort de visionnage sera altéré si une personne « ripp » son film à partir d’une VHS fatiguée.

 

Je sais qu’il t’arrive de faire le sous-titrage toi-même, peux-tu nous expliquer comment se déroule cette opération ?

Dans un premier temps, je télécharge un fichier de sous-titres en Anglais évidemment jamais traduit en Français. (Il y a donc à ce moment là, une phase de recherche). Google met à disposition un kit de traduction qui permet de transposer sur la même page la version traduite du fichier d’origine. Les sous-titres collants parfaitement aux dialogues il faut alors procéder à la phase la plus longue de l’opération : ré-ajuster et corriger la traduction générée par Google. Je regarde donc le film en vérifiant en parallèle les erreurs de syntaxe, les oublis de ponctuation, les non-sens…. C’est un procédé assez long surtout que je ne suis pas parfaitement bilingue… L’internaute Rsmagick m’aide pour la partie film quand à Escaflowne, il gère la partie « Animés ».

 

« Il était une fois des films fantastiques » ne propose que des films restés inédits chez nous ou alors devenus introuvables, tu ne mets pas en ligne des films disponibles en DVD dans nos contrées. Que penses-tu des sites qui balancent sans scrupules des films que l’on peut choper partout en DVD ?

Pour ma part j’ai fait le choix de mettre en ligne uniquement des inédits en DVD car je préconiserai toujours l’acte d’achat. Je suis cinéphile mais aussi collectionneur et  même si cela prend de la place, c’est toujours plus agréable de regarder un film remastérisé sur une galette d’éditeurs de qualité comme MK2 ou Wild side par exemple. En ce qui concerne la question du téléchargement, c’est une question à double tranchant… Sans vraiment vouloir développer cette question, je pense qu’il y a des abus des deux cotés…

 

Es-tu de ton coté toujours attaché au support DVD ou Blu-Ray ? Car l’on se fait souvent dans l’idée que les personnes qui tiennent un blog de téléchargement ne jurent plus que par le dématérialisé…

J’achète moins fréquemment qu’auparavant, pour des questions de budget, de temps passé sur le blog, mais lorsqu’une offre promotionnelle se présente il m’arrive de m’acheter des Blu-Ray de temps en temps.

 

Si je me fie à ce que tu proposes sur ton blog, j’ai l’impression que comme moi tu aimes l’épouvante très ancienne, les films des années 30 ou 40. J’ai la sensation qu’en France les gens ne s’intéressent pas trop à ce cinéma, que le cinéma d’horreur est, pour beaucoup, né dans les années 70 alors qu’aux Etats-Unis ils restent très attachés aux racines du genre. Comment expliques-tu cette différence ?

J’essaye de m’intéresser à tous les genres et toutes les époques. En France, j’ai tendance à penser que le cinéma fantastique est un sous-genre dans l’esprit collectif… D’une part, car dans l’hexagone il n’y a pas eu de période phare pour cette catégorie de films (Les monstres Universal ou la SF des 50′ aux US). Et d’autre part, par un système d’exploitation des moyens de diffusion assez rachitique, malheureusement venu sur le tard… En gros, les gens ont commencée à s’enrichir culturellement dans ce domaine, avec la venue de la VHS, la création (en nombre réduit) de médiathèques, et surtout le développement d’internet.

 

Est-ce qu’il y a un film que tu n’as pas encore réussi à dégoter sur le net que tu rêverais de proposer sur le blog ?

Le secret du lac disponible en Anglais, je possède une VHS mais il faut que je m’achète du matériel pour pouvoir le transposer sur l’ordinateur.

 

Je te laisse le mot de la fin, si tu as un message à faire passer, un truc à dire, tu as carte blanche !

Tout d’abord, merci à toi de m’ avoir accordé cette interview, l’ambition du blog est surtout de faire découvrir et de partager… « Il était une fois des films fantastiques » est encore un petit site qui, j’espère deviendra grand dans le futur, alors : MERCI à vous qui êtes venus et à tous ceux qui vont venir visiter mon blog pour mon plus grand plaisir. Vos commentaires participent à ma motivation pour continuer à vous faire découvrir toujours plus d’inédits. Et puis proposer du contenu sans publicités, sans demande de financement c’est tellement rare de nos jours.

Un gros merci à Arnaud pour le temps qu’il m’a accordé. N’oubliez pas de visitez son site (cliquez ici), histoire de participer également à ses jeux !

Entretien réalisé le 31 janvier 2014 par e-mail.

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