Docteur Jekyll et M. Hyde

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Le cinéma est souvent une affaire de bien contre le mal, cette lutte éternelle et infinie. Mais que se passe-t-il quand le bien et le mal ne font qu’un ? En fait, vous le savez déjà puisque vous avez forcément vu l’un des films adaptés du roman de Robert Louis Stevenson… Mais peut-être pas la première !

 

En fait, ce Docteur Jekyll et M. Hyde version 1920 n’est pas réellement la première version puisqu’il existe au moins cinq prédecesseurs à celle-ci. Mais considérées comme perdues, ces premières adaptations laissent toute la place au film de John S. Robertson, souvent vu comme le premier d’une longue série de films mettant en scène la dualité Jekyll/Hyde. Les plus connues sont bien sûr les versions de 1931 et 1941, respectivement avec Frederich March et Spencer Tracy, mais n’oublions pas Les Deux Visages du Docteur Jekyll orchestré par Terrence Fisher pour le compte d’une Hammer Film qui aura même l’idée de transformer notre pauvre docteur en une jolie Martine Beswick dans le Dr Jekyll et Sister Hyde de Roy Ward Baker. Moins d’adaptations récentes sauf si l’on compte celles pour la petite lucarne, le grand écran n’ayant rien eu de particulièrement marquant depuis le Mary Reilly de 1996 avec John Malkovich et Julia Roberts. Des films souvent assez proches les uns des autres, le mythe de Stevenson n’étant visiblement pas aussi évident à transformer que les Frankenstein et autres Dracula. Du coup, on a parfois l’impression de voir un peu le même film, tout juste modifié par les techniques de son époque. Mais dans les grandes lignes, ça reste toujours un peu la même chose. Et cette version 1920 semble avoir donné le tempo puisque si vous avez vu la version de 1931, vous savez déjà où vous mettez les pieds.

 

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Est-il bien nécessaire de raconter pour la millième fois l’histoire du bon Docteur Jekyll ? Oui ? Bon, ok… Ca me fera un paragraphe en plus, c’est pas grave. Le Docteur Jekyll est donc un brave médecin, généreux au point d’ouvrir un hôpital pour les plus démunis. Un homme tellement gentil et brave qu’il s’attire les moqueries de son futur beau-père, qui trouve le personnage si lumineux qu’il en devient ridicule. Le vieil homme lui explique alors qu’il faut parfois savoir laisser place à ses plus bas instincts et réveiller le diable qui sommeille en nous. Et histoire de joindre le geste à la parole, il traine Jekyll dans un dancing aux allures de bordel, ce qui réveille quelques pulsions chez notre héros, qui commence à se demander s’il ne serait pas intéressant de créer une potion qui séparerait le bien du mal pour créer deux individus distincts, parfaits dans leur gentillesse comme dans leur méchanceté. La suite, vous la connaissez (ou alors vous devez consulter, les gars): le bon praticien tente l’expérience et se change en M. Hyde, un être aussi repoussant que maléfique…

 

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Sur le scénario, rien de nouveau donc. Car à moins d’avoir débuté le mythe du docteur avec ce film (ce qui n’est pas une mauvaise idée), vous avez probablement déjà vu tout ceci au moins une fois. On ne va certainement pas tenir rigueur à cette première (enfin, sixième…) adaptation d’être un brin ennuyeuse parce que les suivantes ont repris sa trame narrative, mais nous devons tout de même admettre qu’au niveau du récit, ce n’est pas non plus la plus intéressante. Le film met effectivement un peu de temps à démarrer et la présentation des persos n’est pas des plus passionnantes. Quelques personnages ne sont pas particulièrement nécessaires à l’intrigue et l’on passe plus de temps que nécessaire dans le dancing ou à la table du beau-père. Bon, on le sait, les films Jekyll/Hyde ne prennent souvent leur envol que lorsque le pendant maléfique de notre personnage principal débarque, dans la fureur et le bruit. Enfin, pas ici vu que nous sommes bien entendu face à un film muet. Ce qui ne veut pas dire que vous devez couper le son, la bande-son étant très réussie, bien que constituée d’une unique chanson tournée en boucle durant les 67 minutes du film. Vous avez donc intérêt à l’apprécier mais ne vous en faites pas, elle sied bien au métrage.

 

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Comme de juste, le film devient plus intéressant une fois que ce bon vieux Hyde sort du corps du bon Jekyll. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il fait le spectacle. Bien entendu, comme il est d’usage dans ces films, c’est le même acteur qui incarne les deux rôles. Ici, c’est John Barrymore, le grand-père de Drew Barrymore. Oui, oui, la petite blonde qui se fait tailler dans Scream et qui a joué dans les deux films Drôles de Dames est la petite fille de Jekyll et Hyde. Pourquoi pas, après tout. Reste que grand-père Barrymore est particulièrement bon dans le rôle du mauvais. Non pas qu’il soit mauvais en Jekyll, mais sa prestation dans la peau du brave gars est éclipsée par celle qu’il donne en étant dans celle du démon. Physiquement bien sûr puisque l’image ne prime jamais autant que dans un film muet. Dans ce registre, John Barrymore est tellement bon qu’il n’a pas besoin de maquillage pour sa première transformation, sa capacité à changer les traits de son visage faisant le reste. Les suivantes auront la chance d’avoir des maquilleurs compétents, faisant de Hyde un être dégoûtant, plus déformé (son crâne est plus conique) et moins « animal » que les versions de 1931 et 41. Frederich March ressemblait à un gorille une fois en Hyde et Spencer Tracy avait plutôt l’air d’un fou. Barrymore tient plutôt du croquemort, de l’ombre difforme et puante. Sans doute l’une des plus belles versions du personnage, si ce n’est la plus belle. Amusant de constater que les monstres ont parfois eu leurs plus belles incarnations dans les années 20, battant à plate couture les suivantes, comme le fantôme de l’opéra version Lon Chaney qui explose toutes les suivantes au niveau du maquillage.

 

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Ce Docteur Jekyll et M. Hyde muet est donc surtout intéressant pour son Hyde, visuellement impressionnant. Pour le reste, il n’y a rien qui mérite de voir cette version plus que celle de 1931, très réussie. On retiendra tout de même une scène intéressante, celle d’un Jekyll en plein cauchemar, une araignée à forme vaguement humaine (et pour cause, c’est un mec dans un costume…) montant son lit pour s’infiltrer en lui, la bête représentant un Hyde décidément monstrueux, qui s’immisce peu à peu en lui pour prendre le contrôle. Une belle idée et une image fort impressionnante pour un film d’époque, qui fait toujours son petit effet plus de 90 ans après sa sortie. Alors si vous avez une heure et sept minutes devant vous et que vous ne savez pas quoi en faire, laissez une chance aux yin et yang du cinéma fantastique, vous pourriez être agréablement surpris…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: John S. Robertson
  • Scénario: Clara Beranger
  • Production: Adolph Zukor
  • Pays: USA
  • Acteurs: John Barrymore, Charles Lane, Brandon Hurst
  • Année: 1920

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