Hideous!

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Hideous, hideux en français pour ceux qui seraient (très) mauvais en anglais. Le problème c’est qu’on ne sait pas si le titre parle des monstres ou du film en lui-même… Les deux, peut-être?

 

Il y a des mecs auxquels on aimerait donner une bonne note en classe malgré leurs mauvais résultats. Ils essayent pourtant d’arriver à la moyenne, et y parviennent sur quelques interros, mais tous leurs efforts, leur dur labeur et leur sens du travail ne suffisent pas la plupart du temps. Charles Band est de ceux-là, lui qui se lance dans la production de films fantastiques alors qu’il est encore dans une vingtaine boutonneuse. Un vrai amoureux du genre, un acharné qui depuis n’a jamais pris de pause, la liste de ses productions étant longue comme une journée devant le Tour de France. Une certaine idée de l’infini, donc. Mais malgré son incroyable productivité, Charles Band reste une petite légende de l’horreur, un type en marge du système, ignoré de tous ou presque (il a tout de même une petite fanbase en Amérique). Le mec a pourtant apporté au genre quelques fiers étalons, surtout en découvrant le grand Stuart Gordon, lui permettant de nous offrir le cultissime Re-Animator. Sa collaboration avec le réalisateur ne s’arrêtera pas là, continuant sur Dolls, From Beyond, Robot Jox, The Pit and the Pendulum et Castle Freak. Une belle association, même si tous ces films sont loin d’être des œuvres majeures, bien au contraire. Mais Charles Band peut compter sur d’autres réalisateurs chevronnés pour l’aider à apporter sa pierre à l’édifice, des gens comme David Schmoeller, qui lui offre Puppet Master, un des plus gros succès du producteur, Renny Harlin fait ses gammes sur Prison, Scott Spiegel s’entraine avec le slasher Intruder et les Ghoulies de Luca Bercovici viennent offrir à Band une franchise assez populaire. Mais tout ça, c’était avant, ma bonne dame, c’était l’époque Empire International Pictures, celle où il y avait encore un peu de thune dans la caisse…

 

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Les années 90, on le sait, ont été des années de merde pour de nombreux secteurs. Si le metal, le vrai, celui qui envoie la sauce, a été progressivement remplacé par le nettement plus abordable et populaire grunge, le film d’horreur a lui aussi ramassé un coup dans les boules qui lui mit les genoux au sol. Les monstres en latex et les tueurs masqués pouvaient remballer leurs affaires, le public était passé à autre-chose et désirait des frissons plus ancrés dans la réalité, un effet voulu par le succès du Silence des Agneaux. Si quelques films d’horreur s’adaptent et connaissent un joli retour sur investissement, comme Scream et ses nombreux avatars, ceux qui désirent faire dans l’épouvante à l’ancienne se plantent joliment. C’est le cas de Charles Band dont la société Empire périclite peu à peu jusqu’à mettre la clé sous la porte. A l’époque basée à Rome, Band décide de déménager et revient aux USA et monte Full Moon. Le principe est le même que pour Empire: faire des films d’horreur old-school, mais avec moins d’argent. Car de la série B on passe à la Z et croyez-moi, ça se sent. Si ses réalisateurs les plus fidèles continuent un temps de lui fournir des bandes (Stuart Gordon avec Castle Freak, David Schmoeller avec Netherworld), ils se rendent vite compte que le manque de brouzoufs les empêche de fournir un travail un minimum carré et s’en vont assez vite vers d’autres cieux, là où l’herbe est plus verte. Et les films plus friqués. Mais si vous pensez que cela va arrêter Band, vous vous gourez. Car il lui reste un réalisateur capable de s’accommoder de délais impossibles et d’un larfeuille vide: lui-même! Car oui, en plus de produire et d’écrire, il réalise, et ce depuis bien longtemps. Des films comme Parasite ou L’Alchimiste, c’est lui, tout comme Prehysteria!, série de films sur des dinosaures minuscules qui lui assureront de jolis revenus, ces films pour enfants marchant plutôt biens sur le marché de la vidéo. Alors Band se retrousse les manches et se met au boulot, nous pondant des The Creeps, Blood Dolls, Le Cerveau de la Famille et… Hideous!

 

 

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Vous reconnaissez tout de suite la marque des grands films quand vous avez envie d’en raconter l’entièreté autour de vous, de partager l’expérience dans sa totalité. Un peu comme cette pépite de Virus Cannibale, en un sens. C’est l’effet de que  fait Hideous! alors si vous ne souhaitez pas connaître la fin, passez votre chemin. Même si, autant le dire de suite, nous ne sommes pas face à un film doté d’un suspens si intense qu’on en rentrerait nos doigts dans le canapé. Mais bon, il faut toujours avertir quand on va spoiler alors avertissons… C’est bon, ceux qui veulent pas savoir ce qu’il se passe à la fin sont partis voir des vidéos de chats sur Youtube? Alors en route, mauvaises troupes! Hideous! commence donc avec trois types qui sont en train de travailler dans une station d’épuration d’eau ou quelque-chose de similaire, tout en discutant du fait qu’il leur arrive de trouver des bébés difformes dans la flotte, les pauvres bambins étant balancés aux chiottes par leurs parents. Le hasard (le scénariste, donc) faisant bien les choses, ils tombent justement sur un bébé malformé. Alors qu’ils en parlaient! Ah destin, quand cesseras-tu d’être si taquin… Ni une ni deux, l’un des trois gus emporte le dégoutant bambin et téléphone à une gonzesse visiblement très riche, le genre à bosser tout en haut d’une tour plus grande qu’une montagne. Mais comme elle est trop occupée à régler une autre affaire, le gus tombe sur sa secrétaire blonde et, il faut bien le dire, profondément débile. Cette dernière sonne à sa patronne pour lui dire que notre gaillard à un truc pour elle, la patronne reprend son premier interlocuteur et lui signifie qu’elle le rappellera puis prend la communication avec l’ouvrier. Ca n’a l’air de rien comme ça mais ces échanges téléphoniques ont déjà permis à Charles Band de caler une bonne quinzaine de minutes sans trop se fouler et sans dépenser un rond. C’est que le Charles est le fils spirituel de Roger Corman, le producteur qui vous chierait une épopée spatiale avec cinq dollars, deux ficelles et un paquet de chips. Dites-vous que Charles Band n’a pas cinq dollars et ne mange pas de chips. Reste la ficelle.

 

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La patronne avare se montre en tout cas très intéressée par ce dégoutant machin et accepte de l’acheter, songeant à le revendre encore plus cher par le suite à un autre mec. Mais voilà, sa secrétaire idiote entend toute la conversation et s’empresse de téléphoner à un type pédant, genre magicien d’un ancien temps, avec une un look à jouer dans un film gothique des années 60 (et on est en 1997). Elle lui apprend que sa cupide boss va revendre le truc (qu’on a pas encore vu clairement, par ailleurs) à un autre gars, ce qui met le pédant très en colère car il avait un deal avec elle pour qu’elle lui vende tout en exclusivité. Après avoir raccroché, on découvre que notre nouvel ami vit dans un château et possède une associée qui est du genre à se balader en petite tenue (pour plus de commodité, nous l’appellerons « la chaudasse » à partir d’ici) et qui est du genre excentrique. On peut dire qu’ils se sont bien trouvés. Mais du joli (mais un peu cheap quand même) château, nous passons à une usine désaffectée, là où notre boss cupide va revendre son paquet à black très riche (incarné par Mel Johnson Jr., un peu connu pour être le chauffeur de taxi de Total Recall). Il achète ce truc dont personne ne voudrait, et pour une somme rondelette, et se tire en bagnole. Mais il ne pourra pas en profiter longtemps puisqu’en pleine forêt enneigée le pauvre gars tombe dans un piège tendu par le pédant et sa chaudasse. Cette dernière, par ailleurs jouée par Jacqueline Lovell (une habituée des productions Full Moon, vue dans The Killer Eye ou Le Cerveau de la Famille), débarque et braque le pauvre homme avec un flingue tout en portant un masque de gorille et en étant… nue! Oui, il y a de la neige partout, on voit clairement que c’est un temps à se chopper des engelures, mais elle se ballade les seins à l’air! On se moque mais n’empêche que c’est payant puisqu’elle repart avec le colis, qu’elle peut donner à son patron. Il réagit d’ailleurs de manière surprenante face à sa créature difforme puisqu’après l’avoir foutue dans un bocal il se met à l’embrasser et lui dire qu’il l’aime. Chacun ses goûts.

 

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Fort heureusement, après 25 bonnes minutes, nous pouvons enfin découvrir les créatures! Ca a pris le temps mais elles sont enfin là, les saletés. Quatre, comme les tortues ninja, mais nettement moins réussies par contre. Un machin avec quatre yeux et deux bouches, une grosse boule toute fondue, une espèce d’hérisson ou porc-épic et un truc qui ressemble à un jouet avec la gueule de travers. Mais à part sortir des tentacules en images de synthèses (des CGI chez Full Moon???), elles ne font pas encore grand-chose et, d’ailleurs, Charles Band passe à une autre scène. Faudrait pas que le spectateur puisse trop les voir, il se rendrait compte qu’elles sont mal foutues. On se retrouve dans le bureau d’un détective privé, payé par le black et la boss cupide pour retrouver la créature volée. Ca devient passionnant, hein? Non, je sais, mais on essaie de se convaincre. Le détective (Jerry O’Donnel, surtout acteur de séries et qui a fait une voix pour le jeu L.A. Noire) n’est pas trop con puisqu’il soupçonne la secrétaire (qu’il appelle « Tartifiolle », ce qui est assez surprenant mais bon, on est pas à ça près) d’avoir averti le pédant. Celle-ci, suite à une ruse grotesque, avoue la vérité, ce qui lui vaut une bonne baffe dans la gueule de la part de sa patronne. La bande décide alors d’un plan pour s’infiltrer chez le pédant: il faut que la boss aille le voir l’air de rien, être la plus discrète possible. Bon plan. Disons que ça en vaut un autre. Mais alors pourquoi ces abrutis se présentent tous les quatre ensembles et sonnent tout connement à la porte du château??? Ils se font automatiquement repérer par une caméra de surveillance! Bon, cela ne change pas grand-chose car le maître des lieux les accueille tout de même mais franchement, ça valait bien la peine de nous les briser avec un plan si c’est pour ne pas le suivre… Reste que tout ce beau monde rentre et se met à manger des petits sandwichs au thon (véridique), discutant calmos.

 

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A ce stade du film, il est intéressant de noter que cela fait environ quarante minutes qu’on attend fébrilement qu’il se passe quelque-chose. Car c’est bien joli de bouffer des sandwichs et de s’engueuler au sujet des créatures mais nous aimerions bien les voir faire quelque-chose, ces foutues bestioles! Probablement conscient que cela coute moins cher de filmer des acteurs dire des conneries, Charles Band nous les montre en train de lâcher des vannes pas drôles. Car quand ce n’est pas la chaudasse qui balance des punchlines débiles, c’est la Tartifiolle qui tente de nous faire rire avec ses mimiques et sa débilité. Un humour de répétition, qui ne marche pas mieux la première fois que lors de la cinquième. Mais heureusement, les monstres décident de briser leur prison de verre et se font la malle, ce qui rend notre pédant aristocrate furieux. Car lui et le black font la collection de ces choses et se disputent sans cesse à ce sujet. Pensant que c’est ses invités qui ont fait le coup, il les enferme dans un grand placard. Le film dure 1h15 et nous sommes déjà à 45 minutes, pour le moment nous n’avons eu que du vide et des vannes pourries à nous mettre sous la dent. Mais rassurez-vous, c’est terminé, dorénavant les monstres seront dans presque toutes les scènes! Yahoo! On va avoir du gore, des meurtres, des effets spéciaux du tonnerre! Ca va être l’éclate! Ah ah!… Nous sommes biens cons…

 

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C’est vrai que les bestioles se montrent mais malheureusement, elles mettent du temps à faire quoique ce soit. Si, elles prennent de longues minutes à envoyer des petits mots à nos héros ou à taper contre les murs. T’en as même une qui lit un livre et ne cesse de dire des trucs incompréhensibles. On peut imaginer qu’elle tente de contrôler l’esprit des humains mais rien n’est moins sûr… Mais bon, au moins on les voit un peu, même si elles sont mal branlées et minuscules. Mais c’est du Full Moon, la boite est habituée à nous pondre des trucs tout petits, en témoigne leurs nombreuses franchises prenant pour héros des jouets (Puppet Master, Demonic Toys, Blood Dolls). Le problème c’est que le manque de moyens ne permet pas au réalisateur de nous les montrer en mouvement! Souvent filmées alors qu’elles ne branlent rien, lorsqu’elles se mettent à bouger c’est sous des tapis ou des couvertures! C’est sûr, c’est plus facile de foutre un chat sous un drap et de le faire courir dans un couloir que d’animer des bestioles en stop-motion… Bref, on se fout un peu de notre gueule et les dix dernières minutes ne vont pas relever le niveau. Alors ouais, des gens meurent, c’est vrai. Mais il faudrait que ce soit de manières un peu plus impressionnantes! Une chute mortelle (nul), deux mecs qui tombe dans une trappe pleine d’acide (nul car on n’y voit rien, ils tomberaient dans une fosse de boules multicolores de chez Quick que ce serait la même chose) et une espèce de hache (on est même pas sûr) plantée dans un torse (ça pourrait le faire mais même pas, c’est fait platement en deux secondes, nul donc). C’est alors que la chaudasse tente d’attirer les monstres pour les jeter dans l’acide, via une ruse très élaborée (en fait non, elle fait semblant d’être gentille pour qu’ils viennent). Elle réussit tout de même son coup, elle et le détective, seuls survivants, pouvant se tirer de là. Mais, dernier petit clin d’œil horrifique, les créatures ne sont pas mortes et sont dans le coffre. Du jamais vu…

 

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On a beau avoir toute la sympathie possible pour Charles Band, ça ne passe pas. C’est vrai que le gars continue de faire des films malgré des budgets dérisoires, qu’il continue l’aventure, qu’on sent une envie de proposer un spectacle old-school comme à la bonne époque. Mais cette bonne époque ne se retrouvera malheureusement pas chez lui… Hideous! est certes fauché comme les blés mais cela n’excuse pas tout. Bon nombre de films dont le budget ne dépasse pas celui d’une bagnole sont tournés chaque année et si certains sont bien entendu pourris de chez pourris, certain arrivent à nous proposer quelque-chose, à nous divertir, à être inventif. Charles Band lui semble se reposer sur ses acquis, se disant qu’une pochette sympa fera le boulot. Car c’est comme ça pour à peu près tous ses films, les affiches semblant plus soignées que le film en lui-même. Conscient que son film n’a pas la capacité de faire peur, il met le paquet sur l’humour, au point de faire d’Hideous! une comédie plus qu’un film horrifique. Mais si rien ne fait peur dans la bande, il n’y a pas grand-chose de drôle non plus… Aucun sens du rythme dans l’horreur comme dans le comique, le film est cheap à en mourir et n’est, bien entendu, pas très bien interprété. La chaudasse semble s’emmerder, le black est amorphe et la Tartifiolle et le pédant en font des caisses et des caisses. Et surtout, qu’est-ce qu’on s’emmerde! Car le film n’est même pas assez nul pour être drôle, on est plutôt dans la catégorie du nanar volontaire (ou plutôt du nanar qui tente de nous faire croire que c’est volontaire) mais sans la folie d’un Troma. On retiendra juste une scène durant laquelle un des monstres embrasse le sein de la Tartifiole, mais le reste… Alors Charles Band, oui, mais bande mou alors!

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Charles Band
  • Scénario: Benjamin Carr
  • Production: Full Moon
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jacqueline Lovell, Mel Johnson Jr., Jerry O’Donnel
  • Année: 1997

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