Massacres dans le Train Fantôme

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Nos vies sont rythmées par une succession de choix, bons ou mauvais. Tobe Hooper en sait quelque-chose, lui qui refusa de réaliser E.T. pour se concentrer sur Massacres dans le Train Fantôme. Clairement un mauvais choix commercialement parlant, mais artistiquement on ne peut que lui donner raison !

 

On ne va pas se mentir, Tobe Hooper est sur une pente descendante et ça ne date pas d’hier. Depuis la fin des années 80, celui qui se sera forgé un statut de légende du fantastique à la force de la tronçonneuse enchaîne les films moyens, voire mauvais pour certains, et il est aisé d’oublier quel excellent réalisateur il aura été. Certains diront que sa carrière a décliné juste après Poltergeist, dans la crypte nous préférons dire que c’est après Massacre à la Tronçonneuse 2 ou Spontaneus Combustion que les choses ont mal tourné… Le mal qui a touché le pauvre Tobe, c’est celui du box-office décevant, le réalisateur ayant empilé les films relativement couteux qui n’ont pas satisfaits ses producteurs. Celui qui créa le légendaire Leatherface et terrifia son monde dans les années 70 avec Massacre à la Tronçonneuse n’est-il bon que dans les petits budgets bricolés avec les moyens du bord ? Massacres dans la Train Fantôme viendrait plutôt prouver le contraire même si le résultat n’a, encore une fois, pas fait des ravages commercialement parlant… Dommage car l’on tient là l’un des meilleurs films de son auteur.

 

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Tobe Hooper aura gravit les échelons d’un coup, sacralisé maître de l’horreur dès son deuxième film, qui tranchait dans le lard à grands coups de tronçonneuse. Sa réputation, il l’assoit avec Le Crocodile de la Mort, aussi étouffant que le carnage perpétré dans son précédent film, mais qui ne fera pas autant de remous. Il s’immisce ensuite dans les foyers via la mini-série Les Vampires de Salem, adaptée du roman de Stephen King. Il est donc temps qu’on lui refile un budget acceptable pour lui permettre de passer à la vitesse supérieure, ce que fait la Universal en lui confiant The Funhouse (titre original de Massacres dans le Train Fantôme), leur premier gros film d’horreur depuis un bail. Hooper bénéficie pour l’occasion d’un gros set qui recrée une impressionnante foire, si réussie que l’on peut aisément penser qu’elle est réelle. Et histoire de mettre toutes les chances du coté du film, une novélisation est prévue, écrite par Dean Koontz. Mais le film prenant du retard, le bouquin sortira le premier, laissant penser à certains que le long-métrage est une adaptation de ces récits. Pas bien grave, tout étant réuni pour que le ride en train fantôme de Tobe Hooper fonctionne du tonnerre: un réalisateur célèbre pour avoir fait l’un des films les plus choquant des dix dernières années, des moyens qui permettront du spectacle, l’excellent Rick Baker au maquillage et, surtout, le film sortira au bon moment. Car les écrans américains sont tous ensanglantées par la vague de meurtres organisée par le slasher, qui fonctionne du tonnerre depuis Halloween et Vendredi 13. Mais, sans trop que l’on sache pourquoi, la sauce n’a pas pris. Pire, le film est souvent oublié, rarement cité comme l’un des hauts faits de son metteur en scène et n’a même pas eu droit à une sortie DVD dans nos contrées… Ce qui me peine tout particulièrement car… c’est mon Tobe Hooper préféré !

 

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Soyons clairs, même si c’est The Funhouse qui a ma préférence, je reconnais volontiers que Massacre à la Tronço est un film largement plus important pour le cinéma fantastique. The Funhouse n’apporte pas grand-chose à l’histoire de l’horreur, n’est pas un tournant, ce qui se perçoit dès le synopsis, pas plus ambitieux que la plupart des slashers du moment. Nous allons d’ailleurs croiser l’habituelle bande de jeunes excités qui comptent bien s’envoyer en l’air toute la soirée. Mais avant cela, ils vont aller faire un petit tour par la fête foraine qui vient de s’installer en ville, ignorant les rumeurs inquiétantes qui l’entourent. Certaines jeunes filles y ont effectivement disparu… Mais qu’importe, on s’y amuse bien et, dans la folie de l’instant, l’un d’entre eux à une idée qui lui semble particulièrement géniale: ils vont passer la nuit dans le train fantôme. Et ils parviennent assez facilement à y rester enfermés alors que tout le monde quitte les lieux. Après une petite liaison d’ordre sexuel, nos héros sont témoins d’une scène tout aussi humide: l’un des employés du train fantôme, déguisé en monstre de Frankenstein, essaie d’avoir une relation payante avec la diseuse de bonne aventure qui ne lit pas que dans les boules de verre et qui n’a pas besoin de le caresser bien longtemps avant qu’il vienne. Mais mécontent, celui qui a jouit trop tôt mais n’en est pas fatigué pour autant (il tient une sacrée forme) demande remboursement, mais la madame Irma des lieux refuse, ce qui lui vaut d’être étranglée. Témoins du meurtre, les jeunes vont devoir tenter de fuir, deux forrains coupables au cul. Une tâche peu aisée quand on est enfermés dans un train fantôme qui tient du labyrinthe…

 

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The Funhouse est le premier film « classique » de Tobe Hooper. Classique dans le sens où il est tourné de manière conventionnelle et délaisse la poussière et la crasse de ses deux précédents efforts (je mets de coté la série Salem’s Lot). Terminée, l’hystérie de quelques psychopathes qui attaquent tous ceux qu’ils croisent à la tronçonneuse ou à la faux, Hooper mise cette fois sur l’ambiance, qu’il va bien prendre le temps d’installer. C’est peut-être ce qui déplut aux spectateurs, une certaine lenteur, les choses sérieuses ne commençant qu’après quarante bonnes grosses minutes. Entre-temps, Hooper s’amuse à passer d’une attraction à une autre, un tour de magie qui fait semblant de tourner mal à gauche, un musée des horreurs à droite, en passant par l’obligatoire voyante et le spectacle de dames dénudées. Une drôle d’atmosphère, rieuse en surface, colorée, mais qui semble cacher bien des noirceurs. On est très vite mal à l’aise au milieu de ce cirque de freaks, peu rassurants mais probablement pas bien méchants. Enfin, sauf ceux du train fantôme… A savoir un être difforme, un vrai monstre au visage marquant (merci Rick Baker !) qui aime beaucoup les filles, et son père (l’excellent Kevin Conway, qui incarne ici plusieurs rôles) qui se passerait bien des emmerdes que lui crée son fils en tuant des jeunes femmes mais qui n’a pas l’intention de le laisser aller en prison. C’est que le monstre pourra s’occuper de lui lors de ses vieux jours…

 

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Face à ces personnages hauts en couleurs que ne renierait pas Rob Zombie (le film rappelle d’ailleurs beaucoup son House of 1000 Corpses qui a probablement été influencé par le Hooper), les jeunes héros font pâle figure… Pire, ils sont clairement antipathiques, à l’image de l’héroïne qui ne semble pas très ouverte d’esprit, ne considérant pas le pathétique monstre comme un être humain (ce qu’il est pourtant) à cause de son apparence. Se sentant supérieurs aux forains du coin, ils sont assez vite irritants, bien que crédibles, et nous ne sommes pas vraiment attristés par leurs morts, peu graphiques dans l’ensemble mais assez réussies. Le jeune frère de l’héroïne aurait fait un bien meilleur personnage principal, en l’état il doit se contenter d’une intrigue parallèle qui ne mène pas à grand-chose et qui ne semble présente que pour boucher les trous, le gosse suivant sa sœur dans la fête foraine. Un ptit bonhomme fort sympathique puisque c’est un fan d’épouvante, à la chambre remplie de posters des Universal Monsters et qui aime se déguiser en tueur de slasher pour aller attaquer sa sœur dans la douche (il va mal tourner ce gamin, je le sens), nous offrant au passage une belle vue sur sa poitrine. La présence de ce marmot permet tout de même une scène dérangeante: le petit est récupéré par un forain à priori bienveillant qui appelle ses parents, qui viennent tout naturellement le récupérer. Une idée qui semble beaucoup peiner l’homme, qui visiblement appréciait la compagnie du gamin endormi… Pas besoin de vous faire un dessin sur ce que ça laisse sous-entendre…

 

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Visuellement, Hooper signe ici l’une de ses plus belles compositions, si ce n’est LA plus belle. Puisqu’il prend son temps avant de plonger nos futures victimes dans l’action sanglante du train fantôme, il a tout le temps de nous montrer des décors fabuleux. Rarement une fête foraine aura été aussi belle, aussi inquiétante et crédible à la fois. Le réalisateur de Mortuary nous déballe tout une palanquée d’accessoires lugubres, comme cette grosse femme mécanique qui accueille les infortunés dans la « Funhouse ». Une maison du fun qui est elle aussi splendide, à la fois faite de décorations vulgaires comme on en trouve dans toutes attraction de ce type et d’autres nettement plus « chic » comme cet énorme œil qui fixe les passants ou une salle avec un beau chandelier. Notons également un éclairage qui n’est pas sans rappeler les meilleurs films de Mario Bava, rappelant que The Funhouse est avant tout un film à l’ancienne, qui va faire monter la pression avant de frapper. Pas si fort tout de même puisque le film est loin d’être gore, ce qui ne l’handicape même pas. Il est donc parfaitement injuste que cette excellente bande typiquement eighties soit si peu citée. Une guigne qu’elle semble avoir collée à la peau. Une preuve supplémentaire de la malchance qui touche le film ? Sa VHS a été prohibée en Angleterre et fait partie de la célèbre liste des Video Nasty. Etonnant puisque le film est assez sage et n’entre pas dans la même catégorie que les films de prisons de femmes tenues par des nazis, les zombies mangeurs d’entrailles chaudes et les viols en réunion qui animent la liste en question… Alors pourquoi ce sceau infamant (mais également très attirant pour le bisseux) ? Peut-être parce qu’il s’agit du réalisateur du célèbre Massacre à la Tronçonneuse (qui ne figure pas sur la liste, lui), sans doute parce qu’il a été confondu avec le nettement plus méchant Last House on Dead End Street qui se fait parfois appeler… The Fun House. Quand la poisse a décidé de frapper, rien ne peut l’arrêter. Dommage, cette foire aux horreurs aurait tellement mérité mieux…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Tobe Hooper
  • Scénario: Larry Block
  • Titres: The Funhouse (USA)
  • Pays: USA
  • Acteurs: Kevin Conway, Elizabeth Berridge, Cooper Huckabee
  • Année: 1981

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