L’Etrange Vice de Mme Wardh

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On a tous des vices, qui vont de la luxure à la gourmandise, de l’oisiveté à la vanité. Moi, je les ai tous, c’est mon coté collectionneur. Mme Wardh n’en a qu’un mais il lui attire bien des emmerdes…

 

Edwige Fenech était elle une grosse cochonne ? Est-ce qu’elle était particulièrement vicieuse ? Car entre le titre de ce film et Toutes les Couleurs du Vice, on peut dire que la pauvre commence à être associée à la dépravation sous toutes ses formes, surtout les siennes d’ailleurs, de formes. Cette fois, mariée à un type qui passe tout son temps à la bourse (et joué par Alberto de Mendoza), elle remarque que son ex (Ivan Rassimov) continue de la suivre un peu partout, posant ses yeux inquiétants sur ses séduisantes courbes. Il faut dire que les deux semblent avoir eu une liaison principalement basée sur le sexe et la souffrance et que le Rassimov n’est pas là pour rassurer (comme à son habitude, l’acteur ayant souvent joué les pourris). Enfin, lors d’une soirée, la belle Edwige croise George (George Hilton) et en tombe très vite amoureuse, ce qui tombe bien car le bellâtre n’a rien contre une petite partie de jambes en l’air avec la dame. Et le coté horrifique dans tout ça ? Et bien il se trouve qu’un serial-killer est en train de se farcir des prostituées, et pas avec son attirail corporel mais plutôt avec sa lame de rasoir. Et il semblerait qu’il en veuille à notre Edwige, qui décidément n’attire que des allumés. Encore un giallo réalisé par Sergio Martino, tourné avant La Queue du Scorpion et Toutes les couleurs du Vice, ce qui vous fait dire que j’aime faire les choses à l’envers puisque j’ai déjà chroniqué ces deux sympathiques péloches. Mais l’ordre, on s’en fout dans la crypte, on est des punks, des vrais, qui sont par ailleurs bien contents de retrouver Martino qui, jusque-là, nous avait toujours donné notre dose de giallo réussi. Pas de suspense inutile, c’est encore une fois le cas ici.

 

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Pour être honnête, il devient bien difficile pour votre serviteur d’encore savoir quoi dire d’un giallo de Sergio Martino, surtout lorsque c’est le troisième qu’on analyse. L’Etrange Vice de Mme Wardh est un bon cru, c’est un fait, et il ne fait guère de doute qu’il a apporté quelque-chose au genre. Plus proche des romans d’Agatha Christie que les gialli de son confrère Dario Argento, ce Les Nuits Folles de Mme Wardh (premier titre français pour sa sortie en salle), met en scène les machinations et autres magouilles d’assassins à sa disposition pour créer une intrigue policière assez solide, qui se laisse suivre sans déplaisir quand bien même le final met la cohérence a mal. Mais qu’importe, le but est d’enchaîner les rebondissements et fausses pistes, car tout est là pour que le spectateur se pense devant un vrai roman policier. Et plutôt un bon, en plus. Il est aussi intéressant de constater que ce premier essai pour Martino dans le genre constitue une fusion des deux suivants. L’aspect très romanesque de l’intrigue policière se retrouvera dans La Queue du Scorpion, tout comme le coté plus sexuel et les visions de l’héroïne seront de retour dans Toutes les Couleurs du Vice. Car Edwige, enfin, Julie, se tape des flashbacks la dévoilant en train de niquer avec Rassimov, qui prend un malin plaisir à la brusquer, voire la torturer un peu. Et ça ne semble pas la déranger, la coquine. D’ailleurs on ne sait pas trop quel est le fameux vice de l’amie Edwige. Le plaisir d’être violée ? Le masochisme ? L’adultère ? Difficile à dire mais dans tous les cas, elle fait bien son job puisqu’elle est dévêtue à plusieurs reprises, ce sur quoi on ne crachera jamais…

 

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Il faut bien avouer que si les déboires de Mme Wardh ne donnent pas le meilleur giallo de tous les temps, elles nous fournissent tout de même de bons moments. Martino sait faire monter l’angoisse et a une bonne maitrise du suspense, ce qui est évident dans la très bonne scène du gigantesque parc dans lequel une jeune fille se ballade. On sait que le tueur va frapper, on l’a vu, mais où est-il ? Dur à dire dans ce véritable labyrinthe, décor parfait pour un giallo. Ou encore cette scène dans un manoir plongé dans la pénombre, seulement éclairé par la lueur d’une flamme, celle qu’utilisent Fenech et De Mendoza, qui finiront par tomber sur un cadavre ensanglanté laissé dans une baignoire. Martino fait du bon boulot et montre un certain fétichisme pour les armes, les rasoirs étant souvent montrés en gros plan. Le parfait petit guide du giallo en somme, voilà ce que nous offre le père Sergio. Si vous voulez découvrir le genre, L’Etrange Vice de Mme Wardh est parfait, il contient tous les ingrédients que vous découvrirez dans les autres péloches du style, avec ses tueurs gantés et ses scènes érotiques. Le principal attrait est ici Edwige Fenech, qui est une comédienne relativement limitée mais dont la plastique fait toujours merveille. Je ne parle pas seulement de son corps mais bel et bien de son visage, qui parvient sans mal à faire passer ses doutes sur elle-même, la pauvre fille tentant de cacher ses propres pulsions honteuses.

 

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L’Etrange Vice de Mme Wardh n’est donc pas le giallo le plus intéressant de l’époque et l’on sent bien que le but du film était avant tout d’ordre commercial. Il s’agissait effectivement de surfer sur le succès de L’oiseau au plumage de cristal d’Argento et d’offrir au public un « produit » qui lui donnera ce qu’il est venu chercher: des filles en petite tenue qui se font assassiner par un pervers. Si dans le fond Martino ne cherche pas à se distinguer de la masse, cela ne signifie pas qu’il va bâcler sa forme, le bon technicien qu’il est assurant toujours de jolis plans et une bonne utilisation de ses nombreux décors. De quoi faire passer la pilule d’un spectacle peut-être un peu trop commun pour le genre (mais également très efficace et qui ne trompe jamais sur la marchandise) et d’un scénario pas toujours très cohérent. Mais qu’importe, le contrat est rempli et nous sommes prêts à signer à nouveau !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Sergio Martino
  • Scénario: Ernesto Gastaldi
  • Titres: Lo Strano vizio della signora Wardh (ITA), The Strange Vice of Mrs. Wardh (USA)
  • Pays: Italie, Espagne
  • Acteurs: Edwige Fenech, Georges Hilton, Ivan Rassimov, Alberto de Mendoza
  • Année: 1971

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