American Nightmare

Category: Films Comments: No comments

Alors qu’ils ont l’habitude de nous balancer des titres français pourris, les distributeurs francophones ont pour une fois eu la bonne idée de titrer American Nightmare un film qui s’appelait à l’origine The Purge. Un sobriquet qui annonce la couleur ? Pas impossible…

 

Décevant, du gâchis, mauvais, pourri, naze, à chier, caca qui sent pas bon, voilà ce que l’on peut entendre à l’égard du pauvre American Nightmare, sorti en aout 2013 en France et qui ne semble pas avoir énormément de défenseurs. Pas de bol pour James DeMonaco qui signe ici son deuxième long-métrage après le drame Little New York, une co-production de Luc Besson, et qui était auparavant un scénariste à qui l’on doit les scripts du film de loup-garou Skinwalkers de James Isaac (Jason X) et du remake d’Assaut sur le Central 13, entre autres. Enfin, pas de bol, il faut le dire vite, car le film a tout de même rapporté près de 90 millions de dollars si l’on additionne les recettes ciné et DVD/Blu-Ray/VOD alors qu’il n’avait couté « que » trois millions. Une affaire juteuse, qui assure à DeMonaco la possibilité de faire une suite, sur laquelle il travaille au moment même où j’écris ces lignes. Quel est le problème, alors ? Et bien si le succès commercial n’est plus à démontrer, celui d’estime s’attend encore puisque The Purge (c’est son patronyme d’origine) semble bien porter son nom si l’on se fie aux avis qui ont éclos un peu partout depuis sa sortie. Il semblerait même que l’on tient le film d’horreur le plus mal-aimé de l’année avec Massacre à la tronçonneuse 3D, ce qui est tout de même une belle performance. Alors American Nightmare, c’est de la merde ? On va voir ça…

 

purge1

 

Nous sommes en 2022 et l’Amérique est en paix. Pas de violence, peu de problèmes économiques, tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais que s’est-il donc passé en à peine dix ans pour que le paradis ait été atteint aussi rapidement ? La purge, les mecs, la purge. Késako ? Une nuit, une seule sur l’année, où tous les crimes sont permis: vol, viol, meurtre, tabassage, ce que vous voulez. Les commissariats et hôpitaux sont fermés (t’as pas intérêt à vouloir accoucher ou faire ta dialyse ce jour-là!), les habitants sont donc livrés à eux-mêmes. Le but ? Purger toute la violence que les amerloques ont en eux, d’un seul coup, en leur lâchant la bride, les rendant doux comme des agneaux le reste de l’année. Une bonne affaire pour James Sandin (Ethan Hawke, qui est visiblement en train de devenir la nouvelle vedette du genre puisqu’il a également cartonné avec Sinister), vendeur de systèmes de sécurité qui a bien évidemment fait fortune au fil des ans puisqu’il faut bien se protéger des barbares qui vont arpenter les rues à la recherche de victimes sur lesquelles se défouler. Et comme de juste, il a installé le meilleur des systèmes de sécurité imaginable chez lui, ce qui lui permettra de passer la soirée à l’abri avec sa femme (Lena Headey, la vilaine Ma-Ma dans l’excellent Dredd, que l’on a vue dans d’autres films de genre, style La Crypte ou The Broken) et leurs deux rejetons, un garçon bricoleur un peu freak sur les bords et une adolescente en couple avec un gars plus vieux (même si ça se voit pas franchement à l’écran, mais bon…), ce qui ne plait pas à papa. La soirée commence déjà mal lorsque le boyfriend en question s’infiltre dans la maison et elle va de mal en pis lorsque le fiston de la famille décide de laisser rentrer un sans-abri poursuivi par une bande de jeunes adeptes de l’ultraviolence. Mécontent qu’on les prive du joujou dont ils voulaient toltchoker le golliwog, ces amateurs d’Orange Mécanique menacent la famille Sandin: si James et les siens ne livrent pas le clochard dans l’heure, ces psychopathes devront entrer le chercher et les tueront au passage. James n’a que quelques minutes pour trouver le pauvre sdf et le faire sortir, sans quoi il risque de sentir une lame lui transpercer le corps.

 

purge6

 

Le premier reproche que tout le monde fait au film est également celui que je vais lui faire: le concept, au demeurant séduisant, est mal exploité. Imaginez un peu tout ce qu’un pitch pareil peut proposer: on peut imaginer des émeutes remplies de serial-killers en puissance, avec des carnages urbains à grande échelles, quelque-chose d’énorme, et au final on a quoi ? Un home-invasion de plus, et pas franchement l’un des meilleurs qui plus est. Car The Purge n’exploite pas son idée de départ: les jeunes gens qui s’en prennent à la famille Sandin auraient très bien pu le faire pour une toute autre raison que cela n’aurait pas changé grand-chose. On se demande donc à quoi peut bien servir d’établir une règle aussi séduisante sur le papier et qui prend des proportions gigantesques si c’est pour finalement situer toute l’action dans une maison… Une question de budget ? Possible, reste qu’on a l’impression d’être passé à coté de quelque-chose… Plutôt que de se concentrer sur cette famille comme on en a vu des centaines dans le cinéma de genre moderne, pourquoi ne pas avoir donné le premier rôle au clochard ? Le montrer tenter de survivre dans un monde hostile, poursuivi par tous et toutes parce qu’il est considéré comme un déchet aurait pu donner un survival urbain très sympa (d’autant qu’on en croise assez peu) et aurait sans doute développé plus facilement la critique de la société qui n’est qu’effleurée avec le huis-clos. The Purge nous donne donc l’impression qu’on aurait pu avoir un équivalent à Orange Mécanique, saupoudré d’un peu de The Warriors et au final on se retrouve avec quoi ? Un second The Strangers

 

purge5

 

On peut se dire qu’une fois la pilule avalée, que le deuil d’un film plus original est fait, on peut se contenter d’apprécier le spectacle qui nous est présenté et le prendre pour ce qu’il est. L’ennui c’est que même en le voyant comme un simple home-invasion, American Nightmare ne vole pas bien haut, ses innombrables défauts ne cessant de le clouer au sol. Et cela commence avec les personnages, peu appréciables et qui semblent bien malheureux. Seul le père semble plutôt content de sa vie, bien heureux d’être le vendeur numéro 1 de son entreprise, mais les autres tirent la gueule, sans trop que l’on sache pourquoi, sans doute parce que l’argent ne fait pas le bonheur et qu’au final cela suffit bien pour justifier leurs mines d’enrhumés. Leurs voisins sont encore pires puisqu’ils leur font la gueule pour un prétexte assez vaseux: ils reprochent effectivement aux Sandin de s’être enrichis sur leurs dos en leur vendant des services de sécurité et d’étaler leur richesse sous leurs yeux en agrandissant leur maison. Dans le genre con, ça se pose là, car jusqu’à preuve du contraire, ils ont acheté ces fameux services de sécurité et en ont d’ailleurs bien besoin, même si ce n’est qu’une fois par an, ce qui ne donne pas l’impression que le pauvre James les a volé. On ne va bien évidemment pas parler de sympathie envers les méchants, qui ne sont pas là pour être aimés, le chef de la bande parvient tellement bien à se faire détester qu’il est déjà considéré comme l’un des personnages les plus agaçants du cinéma d’horreur moderne ! On ne sait pas si on doit le féliciter… C’est donc le sans-abri, toujours lui, qui obtient la palme du gaillard le plus sympathique du film, le seul à qui on n’a pas envie de foutre des claques avec une batte de baseball, sans doute car il en a déjà reçu quelques unes.

 

purge4

 

Vous l’aurez bien compris, comme on ne s’attache guère à nos pauvres futures victimes, on ne risque pas de stresser des masses. Pire ! Il arrive que l’on soit du coté des mauvais, pourtant franchement détestables. Mais comment voulez-vous faire autrement quand les héros se comportent tous comme des cons finis ? C’est bien simple, ils ne prennent pas une seule bonne décision dans ce film, pas une seule. Je sais qu’on peut toujours se cacher derrière le fait que dans un moment de stress intense on en arrive à faire des conneries, mais quand même, il y a des limites. Et dans The Purge, c’est le florilège. Vous voyez le sketch de Bigard sur les films d’horreur ? Le coup du « 8 groupes de 1 » ? Et bien The Purge, c’est ça durant 1h20, notre famille n’étant jamais au grand complet. T’en as toujours un qui manque, ce qui entraine la nécessité de le chercher, mais les trois qui restent ne vont pas le chercher ensembles et se séparer, ce qui fait que chacun est de son coté et est donc terriblement vulnérable. Le film aurait pu s’appeler « Attends-moi au grenier, je vais fouiller la cave » que personne n’aurait rien trouvé à y redire. Il faut d’ailleurs noter que les Sandin n’ont pas l’air de connaître leur baraque qui, à les voir, semble être un gigantesque labyrinthe, on est presque surpris de ne pas croiser de minotaure à un moment ou un autre. On ne me retirera pas de l’idée que tout le monde tire la gueule dans ce film parce que ça fait deux semaines qu’ils cherchent les chiottes. Toujours dans la catégorie des mauvais choix, citons tout de même le top du top (et attention, ça va spoiler): les Sandin réussissent à attraper le clochard et l’ont attaché à une chaise après l’avoir un peu torturé pour le calmer (ça marche toujours) mais commencent à se rendre compte qu’ils se comportent comme de fieffés connards. Calmés, ils décident de ne pas livrer le pauvre homme aux vilains qui attendent à la porte et vont plutôt se battre, piochant dans les revolvers que possède le père de famille… tout en oubliant de libérer le clochard qui les aurait certainement bien aidés (il le fera par la suite, d’ailleurs) !!! Vous êtes quatre, face à vous vous avez une dizaine de freaks qui vous attendent avec des mitraillettes et des machettes, vous faites quoi ? Vous donnez une arme au mec qu’ils ont essayé de tuer, il est forcément de votre coté !

 

purge3

 

Et ce n’est là qu’un problème parmi d’autres, on peut également citer le fait que les personnages disparaissent pendant de longues minutes pour réapparaitre par surprise au moment où il faut. Le clochard se volatilise donc on ne sait où pendant une bonne dizaine de minutes, sans doute pour se faire un croque-monsieur dans la cuisine. Inutile de dire que lorsqu’un personnage est sur le point de se faire tuer, quelqu’un apparaît dans le dos de son agresseur par téléportation pour lui vider un chargeur dans la colonne vertébrale, une technique bien pratique il est vrai. Tant qu’on est dans les incohérences, on peut tout de même se poser des questions sur le système de sécurité soi-disant imprenable du père James. On peut déjà s’étonner de ne pas trouver de panic room sur les lieux, mais admettons, il faut que film se fasse et, en l’occurrence, celui se déroulant dans la fameuse pièce a déjà été fait par David Fincher. Par contre, on ne peut pas dire que ces rideaux qui s’abattent et bouclent la maison soient spécialement impressionnant, surtout pour un film se déroulant en 2022. Je ne suis pas un adepte de la chasse à la petite bête et je suis le premier à trouver que les gens s’appuient un peu trop sur des détails pour démonter un film. Mais quand le film en question est d’un sérieux absolu, c’est difficile de lui passer ce qu’on pardonnera à une série B sans prétention qui ne cherche qu’à apporter un peu de fun… Et vu que The Purge se veut aussi réaliste que possible, les réactions des personnages se doivent d’être alignées sur cette volonté, ce qui n’est définitivement pas le cas ici…

 

purge2

 

Cependant, The Purge n’est pas la catastrophe ultime non plus et il y a ça et là quelques bonnes choses à en tirer. Comme le combat que mène Ethan Hawke (par ailleurs moins convaincant que dans Sinister) contre trois agresseurs, une scène d’action très efficace et brutale, ou encore le look des badguys, simples mais efficaces. Mais c’est bien tout ce que l’on pourra trouver comme qualité au film, la réalisation de DeMonaco ne relevant pas franchement le niveau puisqu’elle est assez banale, au même titre que la musique, anonyme au possible. Les rares moments qui touchent juste sont encore ceux utilisant les caméras de surveillance et montrant la bande des assaillants en train de mettre la pression en déambulant dans le jardin, bien creepant. Rien d’autre à sauver du reste, ce qui ne fait pas de cet American Nightmare la merde de l’année, mais c’est en tout cas le pétard mouillé de 2013. Reste à voir ce que le réalisateur/scénariste fera pour sa suite… Nous espérons qu’il s’aventurera sur des chemins moins balisés mais c’est assez peu probable que les producteurs décident de ne pas ressortir la recette qui leur a tant rapporté… Dommage, il y avait quelque-chose de sympathique à faire…

Rigs Mordo

 

purgeposter

 

  • Réalisation: James DeMonaco
  • Scénario: James DeMonaco
  • Titres: The Purge  (USA)
  • Production: Blumhouse Productions, Platinum Dunes
  • Pays: Etats-Unis
  • Acteurs: Ethan Hawke, Lena Headey, Edwin Hodge
  • Année: 2013

Leave a reply

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>