L’Homme au Masque de Cire

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Ca ne vous aura pas échappé: depuis quelques années on nous vend la 3D comme une technologie nouvelle au cinéma, le futur du septième art. Un futur qui a tout de même un arrière-gout de passé car on oublie bien vite que des films en 3D, on en a déjà bouffé quelques uns dans les années 80 (Freddy, Jason et les dents de la mer ont pris du relief à un moment ou un autre) et que le procédé existait déjà bien avant. La preuve avec L’Homme au Masque de Cire, un chef d’œuvre des années cinquante.

 

Nous l’avons tous dit au moins une fois et pensé des centaines d’autres: mais qu’est-ce qu’il se passe dans la tête des décideurs des gros studios ? Nous nous sommes tous plaints d’un casting hasardeux, mais les décisionnaires de la Warner ont déjà fait fort aussi lorsqu’il fut question de choisir un réalisateur pour L’Homme au Masque de Cire, un film tourné en 3D pour surfer sur le succès d’une œuvre indépendante utilisant le procédé et ayant rencontré un joli succès quelques mois auparavant: Bwana Devil. Et qui ils embauchent pour mettre en boite cette nouvelle version d’un film de 1933 avec Lionel Atwill (Masques de Cire) ? Un borgne ! Il est effectivement impossible pour André de Toth de voir en trois dimensions puisqu’il lui manque un œil ! Ce qui ne l’empêchera pas de livrer une œuvre absolument magnifique qui a en prime le mérite de faire entrer Vincent Price dans la cour des grands de l’horreur, le légendaire acteur devenant mythique grâce à ce House of Wax qui fut un gros succès l’année de sa sortie en 1953. La cire n’a d’ailleurs jamais cessé de couler sur nos écrans depuis la sortie de ce classique, chaque période ayant droit à son avatar, qu’il soit italien (Le Masque de Cire de Sergio Stivaletti) ou anglais (La Maison qui tue et son sketch dans lequel Peter Cushing devient fasciné par une statue de cire ressemblant à sa défunte femme), amenant jusqu’à un très bon remake en 2005 (La Maison de Cire) prenant ses distances avec le film de de Toth et misant plutôt sur un aspect slasheresque. Alors si les origines du style remontent au film avec Atwill et à l’allemand Le Cabinet des figures de cire sorti en 1924, on peut dire que c’est la version Vincent Price qui lança réellement le mouvement et fit entrer le lugubre musée dans les lieux cultes du cinéma horrifique.

 

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Henry Jarrod (Vincent Price) est un bon gars. Poli et serviable, cet homme au bon fond est le gérant d’un modeste musée de cire, qu’il tient à la force de ses seuls bras et de sa passion. Un lieu qui n’est d’ailleurs modeste que dans ses moyens, le talent de Jarrod semblant sans limite, l’artiste disposant de mains divines lui permettant de reproduire à la perfection les visages des grandes figures de l’histoire. Ses statues n’en sont d’ailleurs pas à ses yeux, le personnage leur parlant comme à des membres de sa famille, tombant même amoureux d’une Marie-Antoinette à qui il a rendu sa tête et sa beauté. Heureux, Jarrod l’est incontestablement. Le problème, c’est qu’il ne va pas le rester… Car son associé commence à regretter d’avoir investi dans le musée et aimerait récupérer sa mise de départ au plus tôt, les trois mois que lui promettent Jarrod ne constituant d’ailleurs pas un délai suffisant pour satisfaire sa soif de billets verts. Une idée diabolique lui traverse alors l’esprit: il va mettre le feu aux lieux, lui permettant de se faire un joli pactole avec l’assurance. Un projet qui ne convient bien évidemment pas à Jarrod, qui tente de l’empêcher de brûler sa famille de cire. En vain, la bagarre qui oppose les deux hommes se finissant par la fuite du félon qui laisse son ancien ami dans les flammes, le faisant disparaître avec ses statues… Vraiment ? Dans ce cas, qui est cet homme au visage brulé qui vient assassiner le traître, lui faisant subir une pendaison dans une cage d’ascenseur ? Serait-ce Jarrod, qui a miraculeusement survécu et qui vient d’ouvrir un nouveau musée, plus ambitieux ?

 

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Inutile de garder le secret, toute personne ayant vu un film basé sur les musées de cire sachant fort bien que le visage en apparence normal de Vincent Price n’est qu’un masque, un twist qui est de toute façon spoilé par le titre français d’un film qui ne semble d’ailleurs pas miser tant que ça sur cette surprise qui n’en est de toute façon pas une. La culpabilité de Jarrod ne fait donc aucun doute et ce n’est pas dans ce House of Wax qu’il faudra chercher des surprises, le film d’André de Toth s’inscrivant dans un fantastique des plus classiques. Ce qui ne veut pas dire que le script est mal branlé pour autant, loin s’en faut. Ecrit par un habitué des films à suspense nommé Crane Wilbur et à qui l’ont doit le film à mystères The Bat avec déjà Vincent Price, L’Homme au Masque de Cire peut se vanter d’avoir un scénario presque parfait, qui se déroule certes sur un terrain balisé mais qui n’a aucun défaut. C’est rythmé, les personnages sont bien croqués et assez intéressants, y compris le premier personnage féminin (avouons que les dames sont souvent le point faible des œuvres de l’époque), il y a de l’humour et niveau horreur, ça le fait bien. Bien évidemment, un film des années 50 pourra difficilement effrayer les spectateurs de 2014, il lui sera ardu sur le plan de l’effroi de concourir face aux effets gore et au montage moderne. Mais là où de Toth gagne des points, c’est très clairement au niveau des décors, tous fabuleux. On est en droit d’être un peu déçu au début du film lorsque l’on découvre le musée que gère Jarodd, assez petit et ne contenant qu’une pièce. Mais le retour de notre antihéros aux affaires lui permet de voir plus grand, agrandissant les lieux et leur donnant un coté nettement plus macabre puisque le tout se change en galerie des horreurs, s’attardant sur les meurtres les plus violents de l’Histoire.

 

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Désormais en quête d’une perfection qu’il ne peut plus atteindre à cause de l’incendie, qui lui a couté ses mains, Jarrod se voit contraint de trouver de nouvelles techniques de création. Et pour donner vie à ses statues, il décide de donner la mort à ses modèles, qu’il assassine et plonge dans la cire, aidé par deux assistants marginaux, le premier étant un ancien détenu alcoolique et le second un muet simple d’esprit, par ailleurs incarné par un Charles Bronson encore tout jeunot à l’époque. La fine équipe part donc à la chasse, Jarrod rencontrant même la jolie Sue Allen alors qu’il est en train d’étrangler son amie à qui elle rendait visite. Et pour Jarrod, cela ne fait aucun doute: la jeune femme est le portrait craché de sa tant aimée Marie-Antoinette. Il va donc tout faire pour attirer la jeune fille dans son musée, mais cette dernière devient méfiante lorsqu’elle reconnaît les traits de son amie dans la statue représentant Jeanne d’Arc. Comme précisé plus haut, Sue fait partie des personnages féminins les plus sympathiques que l’on puisse trouver dans un film de l’époque, voire même du cinéma horrifique tout entier. Modeste, pas conne, voire courageuse, elle n’est pas emmerdante à suivre et ne nuit nullement au film. Bien entendu, l’attention du spectateur est tournée vers Vincent Price, la star des stars. Notre cabotin préféré n’en fait ici pas trop si ce n’est via quelques mimiques occasionnelles et incarne avec brio un rôle qu’il retrouvera à de nombreuses reprises: celui du méchant sympathique. Car il est bien difficile de détester le pauvre Jarodd, un être au bon fond qui a tout perdu, les flammes lui prenant sa passion, son talent et même son esprit, le pauvre homme devenant fou. Une folie qui se répand dans son musée, qui passe de l’humilité et la beauté à la démesure et l’horreur, la collection de cire troquant les grands de ce monde pour leurs assassinats, devenant aussi noire que l’esprit de son géniteur.

 

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Si le film aura permis à Vincent Price d’atteindre le carré VIP de l’horreur, le tournage n’aura pas été sans souffrance pour l’acteur, qui aurait pu cramer comme son personnage lors de l’impressionnante séquence de l’incendie et qui devait subir de longues heures de maquillage pour lui créer un visage de brulé. Un travail long et désagréable mais qui valait le coup car toujours impressionnant ! En tout cas plus qu’une 3D accessoire et peu utile, qui n’apporte pas grand-chose à un film qui n’aurait pas été plat même sans sa présence. Car les grandes scènes s’enchainent, de la terrible inflammation des poupées de cire à la bagarre finale dans le laboratoire en passant par une poursuite nocturne dans les rues désertes de la ville. Et puis il y a le passage de la morgue, où sont allongés des dizaines de corps cachés par des draps blancs, éclairés par de discrètes bougies, dans un calme absolu qui sera brisé par un cadavre qui se redresse et retire son drap, dévoilant la présence du meurtrier, venu faire son marché pour son musée de cire. L’Homme au Masque de Cire est donc irréprochable, son magnifique technicolor ayant très probablement inspiré bon nombre de réalisateurs que nous adulons tous, de Terrence Fisher et le reste de la bande de la Hammer à Mario Bava et ses disciples. Un indispensable, un vrai !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: André de Toth
  • Scénario: Crane Wilbur
  • Titres: House of Wax (USA)
  • Production: Bryan Foy
  • Pays: Etats-Unis
  • Acteurs: Vincent Price, Phyllis Kirk, Frank Lovejoy
  • Année: 1953

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