Chair pour Frankenstein

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On ne se demande pas assez souvent quelle est la vie sexuelle des grands monstres du cinéma. Est-ce que la momie aime la levrette ? Le loup-garou se protège ? La créature du lagon raffole des plans à trois ? Vous ne le saurez jamais mais vous aurez une petite idée de ce qu’aime Frankenstein quand il est au pieu, ou plutôt sur sa table d’opération, avec ce film…

 

Il y a des films que l’on n’a pas franchement envie d’aimer, quel que soit leur qualité, parce que leurs géniteurs ne nous sont pas sympathiques. Andy Warhol est l’un d’eux. Personnalité culte s’il en est, adulée de tout le gratin bobo ou un peu rock et arty, qui en général ne peuvent pas vous dire ce que le mec faisait. Alors quand le gars décide de faire une nouvelle version, la sienne, du mythe de Frankenstein, on prend notre respiration et on ferme les yeux, même si selon toute vraisemblance Warhol n’a pas foutu grand-chose sur le film. C’est Paul Morrissey, le réalisateur, qui le dit dans ses interviews, n’hésitant pas à chier dans la gueule du Andy. Type sans idée, sans talent, grand imposteur, Warhol doit tourner comme une toupie dans son cercueil s’il entend les paroles de son (ancien) ami. Bref, selon le metteur en scène de Chair pour Frankenstein, le film en question, Warhol n’est qu’un producteur, rien de plus. Cela a tendance à rassurer, personne n’ayant envie de s’emmerder devant l’un de ces films d’art et essai dans lesquels ils ne se passent rien. L’ennui c’est que Morrissey n’est pas plus rassurant… S’il en fout plein la gueule à son producteur star, il en profite aussi pour cracher sur la Hammer, ce qui n’est pas fait pour nous mettre à l’aise. Films nuls, ringards, datés, acteurs jouant Frankenstein et Dracula atroces (autant dire Peter Cushing et Christopher Lee),… Morrissey blasphème, se croit meilleur que la géniale firme britannique et se débrouille on ne peut mieux pour paraître antipathique. Autant dire qu’il est attendu au tournant…

 

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Si l’on s’en tient aux grandes lignes de l’histoire, il n’y a pas de grand dépaysement entre cette version et les précédentes. Le baron récupère toujours des cadavres pour créer un homme, mais aussi une femme. La seule différence avec les films précédents est qu’il désire créer une race supérieure en les faisant copuler. Et c’est là qu’on commence à toucher ce qui fait la différence entre le film de Morrissey et ceux de Terrence Fisher ou James Whale: le sexe. Car Chair pour Frankenstein a le cul dans la peau, c’en est presque un film érotique à ce niveau de perversion. C’est bien simple, tout le monde ou presque dans le film n’a que le cul à la bouche. Le baron est marié à sa sœur et leur relation incestueuse a donné naissance à deux gamins aussi mutiques que voyeurs. La baronne est une nymphomane qui n’a pour seul but que s’envoyer en l’air avec son valet, fraichement embauché pour sa beauté. Le jour avant, il baisait une fille dans des buissons et allait encore aux putes le soir, c’est vous dire l’affamé qu’on a ici. Le baron n’est pas en reste malgré ses airs de ne pas y toucher, lui qui se tape la créature féminine qu’il vient de créer tout en enfonçant ses mains dans ses entrailles. Bref, ça se fait pas chier dans le château de Frankenstein, aussi chaud qu’une maison close ou un lieu de rendez-vous d’échangistes. On a clairement l’impression que Morrissey prend un grand plaisir à faire coucher tout ce beau monde, puisqu’il y a au moins autant de cul que d’horreur, si ce n’est plus !

 

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En plus de se distinguer avec de la fesse, ce Flesh for Frankenstein joue également la carte du second degré. Je ne parle pas de peau de banane ou de vrais gags à la Frankenstein Junior de Mel Brooks, mais un humour noir subtilement disséminé ici et là, au détour d’une phrase piquante et amusante. Il faut dire que cet aspect, et le film en général, doit beaucoup à la prestation du grand Udo Kier. La légende du cinéma horrifique trouve ici son rôle qui le fera connaître aux yeux des fantasticophiles et s’en donne à cœur joie, invectivant son assistant Otto avec autant de maestria et de plaisir qu’il sort les phrases les plus improbables (« Pour comprendre la mort, il faut baiser la vie ! Dans l’urètre ! »). Le film lui doit tant que l’intérêt retombe un peu lorsqu’il est absent, l’acteur bouffant la caméra avec ses airs de beau-gosse cachant autant d’intelligence que de perversité ou de cruauté. Le reste du casting a bien du mal à exister à coté de lui et aucun n’aura une carrière aussi fournie que la sienne.

 

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Tout cela est bien beau mais et l’horreur dans tout ça ? Et bien il y en a, ou tout du moins il y a du gore. Décapitation, éviscération, cœur à vif, pas de doute, nous sommes dans un Frankenstein. Malgré tout, on ne peut pas dire que le film fasse peur, ni même qu’il essaie. Les mœurs de cette étrange famille intéressent plus le réalisateur, tout comme les questionnements sur les rapports entre l’être humain et leur dieu. C’est un passage obligé des films sur le mythe Frankenstein et, comme souvent, les hommes de dieu prennent cher. Dans La Revanche de Frankenstein de Fisher, c’était un prêtre qui était exécuté à la place du baron, dans Chair pour Frankenstein c’est un futur moine qui se fait décapiter pour compléter le corps du mâle zombie, comme le dit si bien le baron. Ayant déjà construit la femelle zombie, il ne lui manque plus que son fiancé, histoire de la tamponner et de lui donner enfin la race dont il souhaite être le créateur. Alors voyant le futur moine sortir d’un bordel, où il avait été trainé malgré lui par son ami le fermier qui veut lui faire connaître la femme avant qu’il aille s’enfermer dans un monastère, le baron se dit que nous avons là un obsédé de première. Mais ce pauvre homme ayant fait le vœu de chasteté, ce n’est pas lui qui l’aidera beaucoup… Et tout se complique lorsque le fermier devient valet au château et reconnaît son meilleur ami décapité la veille… Dallas au pays des savants fous, en somme.

 

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Finalement, Chair pour Frankenstein est assez surprenant. Malgré la volonté de ses auteurs de créer un film ridiculisant ceux de la Hammer, Morrissey accouche finalement d’un film certes plus moderne grâce au gore et son érotisme débridé, mais également d’une œuvre suffisamment bis pour passer pour un pur italien ! Ce qui n’est pas étonnant vu que le film s’est tourné à Rome et que des rumeurs colportent que Antonio Margheriti (La Vierge de Nuremberg) serait en fait le vrai réalisateur. Il est difficile de délier le vrai du faux, certains assurant qu’il est le réalisateur de deuxième équipe et a réalisé toutes les scènes du laboratoire, d’autres comme Udo Kier confirmant que seul Paul Morrissey était présent. La vérité est peut-être à chercher du coté d’une possible arnaque, la production ayant visiblement crédité Margheriti comme réalisateur pour obtenir plus de subventions puisqu’il est italien. Margheriti s’est d’ailleurs mordu les doigts d’avoir accepté d’être associé au film puisque cette entourloupe lui a apporté plus d’emmerdes qu’autre-chose… Les rumeurs ne s’arrêtent pas là puisqu’il parait que ce film, tout comme son jumeau Du Sang pour Dracula, ont été le théâtre d’orgies et de montagnes de cocaïne dans lesquelles nageaient les acteurs. Là encore, Udo Kier nie et assure que ces tournages étaient on ne peut plus sérieux. Morrissey ajoute que les films étaient tournés dans des conditions spartiates, très rapidement, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne prenaient pas le temps de s’éclater. On peut comprendre au vu du film que certains se soient imaginé que ça baisait sec sur le plateau…

 

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Si le baron fait un miracle en donnant la vie à deux créatures, Warhol et Morrissey en font un aussi: malgré leur antipathie évidente, ils ont réussi à faire un film sympathique. Pas pour sa 3D qui n’est pas franchement évidente sur le dvd comme vous vous en doutez. Pas pour ses décors et sa réalisation, qui n’égalent à aucun moment la classe des films de la Hammer. Non, le film est attachant pour son ambiance légère, son humour, son délicieux Udo Kier, son gore éclatant. Finalement, pour ses aspects les plus bis. Un comble venant de ceux qui voulaient offrir une œuvre d’un niveau supérieur, qui aura surtout accouché d’un spectacle rigolo, que l’on classerait volontiers avec les bisseries italiennes des années 80. Pas sûr que cela ferait plaisir à Morrissey, par ailleurs pas très fan de l’horreur en général. Il est également peu probable qu’il fut ravi d’apprendre que son film fut balancé sur la liste des Video Nasty, index des VHS bannies en Angleterre, coincé entre des films de cannibales, de zombies et des slashers. Tout ce qu’il déteste, en somme, et auquel il a participé malgré lui.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario : Paul Morrissey
  • Titres: Flesh For Frankenstein (USA), Il mostro è in tavola… barone Frankenstein (ITA)
  • Production: Andy Warhol, Carlo Ponti
  • Pays: Etats-Unis, Italie, France
  • Acteurs: Udo Kier, Joe Dallessandro, Arno Juerging
  • Année: 1973

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