Evil Dead

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Ils ont osé… Ils l’ont fait… Un remake du cultissime, du mirifique, de l’incroyable, du terrible Evil Dead du grand Sam Raimi. Le genre d’entreprise qui ne donne pas franchement envie de sourire et qui nous fait peur, mais pas pour les bonnes raisons… A raison ?

 

Les remakes, c’est un peu la loterie et il est bien rare qu’une nouvelle version réussisse le dur pari de satisfaire tout le monde. Si tout le monde s’accorde à dire que les Freddy, Les Griffes de la Nuit, The Fog ou Le Bal de l’Horreur next gen tiennent du ratage, les cas de L’Armée des Morts, Massacre à la Tronçonneuse ou encore Halloween font polémique. Et si même un film dont l’original n’est pas forcément vu comme un chef d’œuvre comme Vendredi 13 voit son remake (au demeurant sympathique) se faire rabrouer, on peut légitimement penser que la nouvelle version d’Evil Dead va se faire exploser sans ménagement. Et pourtant, il semblerait que la nouvelle virée dans la cabane démoniaque orchestrée par le jeune Fede Alvarez ne soit pas si mal si l’on croit les avis qui fleurissent un peu partout. Bien entendu, le jeune réalisateur ne s’est pas fait que des amis, certains reprochant à l’uruguayen de ne pas avoir fait un film aussi fort que celui de Raimi. Mais, entre nous, le pouvait-il ? Non, c’était mission impossible puisque la plupart des personnes ayant plus de vingt ans ont découvert le premier Evil Dead en VHS lors de leur jeune âge et se sont pris une claque monumentale dont on peut toujours voir les traces de doigts sur nos petites joues rougies. Même en imaginant que le film d’Alvarez explose celui de Raimi sur un point qualitatif, il ne pourrait de toute façon pas vaincre la nostalgie, le profond amour que nous portons tous à l’original et ce qu’il représente pour nous. Mais cela ne signifie pas qu’il faut rejeter cette nouvelle version du « Book of the Dead », bien au contraire…

 

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A vrai dire, les choses démarrent assez mal, il faut bien le dire, la toute première scène laissant d’abord penser que nous sommes face à un énième film de rednecks énervés puisqu’un groupe de types patibulaires kidnappent une jeune fille perdue dans les bois. Bien sûr, l’on se rend très vite compte que la gamine en question est possédée par un démon et qu’il va falloir la nettoyer par le feu. Une scène qui laisse un arrière-goût étrange en bouche car, de toute évidence, cette intro ne fait pas très Evil Dead… Mais nos repères sont retrouvés assez rapidement puisque nous faisons la connaissance d’une bande de jeunes qui arrivent dans la fameuse cabane. Ils n’y sont pas pour faire la fête comme Ash et ses amis dans les années 80 et, démons ou pas, ils ne vont pas vraiment s’amuser puisqu’ils viennent s’enfermer entre ces planches pourries pour sevrer l’une des leurs, camée jusqu’aux ongles. Là encore, Evil Dead version 2013 ne continue pas forcément dans la joie, même si ce n’est pas réellement sa faute. Il y a effectivement un air de déjà-vu, pas seulement dû à l’original, mais au fait que nous avons la sensation d’avoir assisté à tout cela à plusieurs reprises ces dernières années. Avec La Cabane dans les Bois, par exemple, qui était très « Evil Deadien » dans sa première partie. Le remake d’Alvarez nous donne donc l’impression qu’il arrive un peu tard et que d’autres se sont déjà occupés de perpétrer l’héritage laissé par Sam Raimi et Bruce Campbell, ici producteurs. Mais, fort heureusement, ces quelques réserves s’évaporent assez vite.

 

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Nos protagonistes ne vont pas tarder à découvrir le Necronomicon dans la cave, ce qui entraine une nouvelle scène un brin gênante… Car l’un de nos gaillards, frère jumeau de Julien Doré, va se saisir du livre, bien emballé dans un sac plastique entouré de fil barbelé. Autant dire que son précédent possesseur à fait son possible pour que l’on n’ait pas envie de l’ouvrir… Mais le garçon va le faire, car sans cela il n’y aurait pas de film et que ça peut passer sous couvert d’une grande curiosité, bien légitime dans ce cas-ci. Il ouvre donc le bouquin, arrive à s’écorcher le doigt avec une page et découvre des inscriptions qui disent clairement « ne le lis pas à voix haute !!! », une loi qu’il transgresse sans attendre. C’est là que c’est un brin emmerdant… Qu’il reluque le livre, pourquoi pas, mais lire tout haut des incantations interdites ? On ne lit déjà pas tout haut quand on se fait un roman classique, alors un livre maléfique… Dire qu’ouvrir le livre était suffisant pour réveiller les démons du coin aurait fait l’affaire, même si on doit avouer que cela fait moins impressionnant, moins inquiétant. Mais c’est sans doute là le vœu d’Alvarez, qui semble bien décidé à faire un film d’horreur old-school, sans se soucier d’un quelconque cynisme moderne. Son Evil Dead, il tient à ce qu’il sorte directement des années 80, avec les clichés que cela peut entrainer.

 

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Premier bon point: ses personnages. Non pas qu’ils soient particulièrement développés, sur les cinq seuls deux ont vraiment quelque-chose à défendre, la pauvre Mia tout d’abord (incarnée par Jane Levy), qui a bien du mal à décrocher de ses vieux démons (la dope) et qui va par la suite subir la possession de nouveaux pour elle, largement plus virulents et diaboliques. Et puis il y a son frère, David (Siloh Fernandez), un jeune homme qui, trop pris par son travail, a laissé une bonne partie de sa vie derrière lui, amis et familles y compris, l’empêchant d’assister aux funérailles de sa mère. Une odeur de rancœur et de culpabilité plane donc entre les deux frères et sœurs, qui peinent à retrouver leurs marques. Un terrain fertile pour des démons particulièrement fourbes et qui apprécient la torture psychologique… Les trois autres personnages sont un peu moins profonds, à commencer par Natalie (Elizabeth Blackmore), petite copine de David, qui n’a pas grand-chose à défendre puisque son personnage ne fait pas grand-chose… L’infirmière Olivia (Jessica Lucas, vue dans Amusement) et le trop curieux Eric (Lou Taylor Pucci) s’en sortent un peu mieux, la première en essayant de garder le contrôle du sevrage de Mia, le deuxième en réagissant courageusement lorsque l’enfer débarque dans le cabanon en bois. Reste que tout ce beau monde est crédible grâce à des acteurs bien dans leurs pompes et que l’on évite le syndrome du « jeunes victimes agaçantes ». Mieux, on se prend même à stresser un peu pour eux, leur sort peu enviable n’étant pas franchement mérité. Après tout, ils ne sont pas là pour des raisons futiles mais pour sortir une amie d’une spirale infernale qui pourrait bien la mener à la mort. Une idée intelligente puisque cela permet de garder nos pauvres humains dans la cabane pendant un bon moment. Pourquoi croiraient-ils Mia, la première à crier au loup, alors qu’elle cherche désespérément un moyen de s’échapper des lieux pour pouvoir retrouver un peu de sa précieuse poudre blanche ? Alvarez a donc une bonne excuse pour tenir tout le monde dans ce huis clos pendant une bonne partie du métrage. Et lorsque les choses s’enveniment pour de bon, une inondation empêche toute voiture de se carapater des bois hantés, piêgant toute la bande dans les bois.

 

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Mais avoir tout ce beau monde ne rimerait à rien s’ils se contentaient de tourner en rond et l’on ne va pas se le cacher, si nous regardons un Evil Dead, c’est avant tout pour assister à du gore craspec. Et de ce coté, il n’y a aucun soucis à se faire, Federico Alvarez va nous asperger de sang durant tout le long. Pour peu on se croirait dans une production Sushi Typhoon, c’est vous dire le nombre de litres d’hémoglobine qui va s’écouler de vos écrans. Bras coupé, langue lacérée, coup de piqure dans la tronche, visage découpé,… Rien à redire,  Evil Dead est très clairement l’un des films les plus violents de ces dernières années et qui jouit, qui plus est, d’effets plateau, l’utilisation de CGI étant réduite au strict minimum. Une preuve supplémentaire de la volonté d’Alvarez de proposer un spectacle old-school, qu’il compte bien prendre au sérieux. Le réalisateur ne prend pas de distance avec son sujet, l’embrassant totalement, à corps perdu, se fondant dedans aussi profondément que possible. Pas de cynisme, de parodie, ni même d’humour. Evil Dead 2013 est une version premier degré de la saga d’origine, reprenant même certaines idées du deuxième film pour les passer à la moulinette du sérieux absolu. La scène de la main qui nous a tous fait crever de rire dans Evil Dead 2 est ici particulièrement dégueu et douloureuse et prouve qu’Alvarez ne va pas faire machine arrière et proposer un spectacle en demi-teinte. Vous vouliez du gore, vous allez en avoir.

 

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Alors est-ce que ce remake était nécessaire ? Non, mais combien de remakes le sont ? Ils peuvent se vanter de leur utilité lorsqu’ils actualisent et améliorent un film qui n’est pas très bon, ce qui n’est clairement pas le cas du premier film de Sam Raimi. Mais Alvarez contourne le problème plutôt habilement. D’une part en ne mettant pas de second Ash, une entreprise qui serait vouée à la perte puisque tout le monde n’est pas Bruce Campbell. D’une autre en proposant une variante du premier opus. Ce nouveau film est bien un remake, qui propose le même concept, mais qui ne développe pas les même péripéties. Ce remake aurait très bien pu être un Evil Dead 3, coincé entre le deuxième et Army of Darkness, il en respecte toutes les règles tout en proposant de l’inédit, voire en repoussant les limites de la violence de la saga et les seuls emprunts à d’autres films semblent se porter sur un coté très japonais des apparitions des démons féminins, qui peuvent aussi rappeler le cinéma de James Wan (dans l’utilisation du son et la photographie, très belle en passant). Finalement, peu importe que cette nouvelle version soit plus ou moins bonne que celle de Raimi, elle en est juste un excellent complément, d’une grande sincérité. Remake ou pas, réjouissons-nous que la jeune génération aura un bel Evil Dead à découvrir, qui leur fera ressentir les mêmes sensations fortes que celles qui nous ont traversés dans les années 80. Une chance que Freddy et beaucoup d’autres n’ont pas pu avoir… Dans tous les cas, nous tenons certainement là le meilleur remake depuis La Mouche de David Cronenberg. Rien que ça ! Et si l’on pensait attendre impatiemment un Army of Darkness 2, c’est finalement pour Evil Dead 2 que nous allons trépigner…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Fede Alvarez
  • Scénarisation: Fede Alvarez, Sam Raimi, Rodo Sayagues Mendez
  • Titres: The Evil Deas (USA)
  • Production: Sam Raimi, Bruce Campbell, Robert G. Tapert
  • Pays: USA
  • Acteurs: Jane Levy, Shiloh Fenandez, Lou Taylor Pucci, Jessica Lucas, Elizabeth Blackmore
  • Année: 2013

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