Massacre à la Tronçonneuse: La Nouvelle Génération

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C’est dans les vieux pots qu’on fait qu’on fait la meilleure soupe ! Cette maxime, Kim Henkel y croyait dur comme fer puisqu’il avait décidé de revenir aux origines de la tronçonneuse avec le quatrième opus de la célèbre saga. Malheureusement, son potage a un goût amer, sans doute à cause de l’énorme couille qui se baigne dedans…

 

Alors que le promo-trailer d’un nouvel opus circule et que le dernier opus de la saga des psychopathes adeptes de tronçonneuse, Massacre à la Tronçonneuse 3D, est en train de se faire démolir un peu partout sur la toile et est considéré comme le pire de la saga, il est nécessaire de rappeler aux détracteurs que leurs plaintes ont comme un goût de déjà-vu. Car ce n’est pas la première fois qu’une suite du classique de Tobe Hooper est malmenée par les fans (et ce n’est sans doute pas la dernière), un scandale similaire ayant touché le petit monde de l’horreur dans les années 90 avec Massacre à la Tronçonneuse: La Nouvelle Génération, quatrième opus de la franchise originale et également son dernier. Une séquelle qui partait de toute façon perdante, les opus frappé du sceau de la tronço n’ayant que rarement ravi les amateurs. Si le premier reste intouchable pour 99% des goreux, ses suites n’ont jamais fait l’unanimité. Le deuxième opus est jugé comme trop porté sur la gaudriole, le troisième comme trop stupide et simpliste, le premier remake comme sans saveur, sa préquelle comme une justification légère des actes de Leatherface et, enfin, la version 3D comme un slasher sans âme et incohérent. Forcément, en partant de ce constat, personne ne s’étonnera du sort réservé à cette Nouvelle Génération

 

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Un film à la genèse turbulente, d’ailleurs, chaotique comme la famille de tarés que la saga reforme à chaque nouvelle version. Tout commence avec l’idée de Kim Henkel, producteur et scénariste de l’original, de revenir aux bases de la saga. Pour lui, les deuxième et troisième films ont perdu ce qui faisait tout le sel du film de Hooper et il fallait absolument recentrer tout cela sur les bonnes vieilles valeurs familiales qui ont fait le succès du carnage initial. Si Henkel part avec les meilleures intentions, il sera handicapé par une enveloppe peu fournie, le film devant se faire avec 600 000 dollars, autant dire que dalle. Mais bon, le premier film s’était fait avec pas grand-chose et ça ne l’a pas empêché de changer la face du cinéma horrifique à tout jamais. Mais voilà, le film, alors nommé The Return of the Texas Chainsaw Massacre sort en catimini en 1994 dans quelques festivals et ne réunit pas vraiment de bonnes critiques. Passé totalement inaperçu, il peut ressortir trois ans plus tard avec un nouveau titre, Texas Chainsaw Massacre: The Next Generation, histoire de profiter de la notoriété naissante de ses deux acteurs principaux, alors encore débutants lors du tournage du film. Car oui, on retrouve Renée Zellweger et Matthew McConaughey au casting de ce nouveau massacre, ce qui devrait permettre au film d’attirer les regards. Mais c’est sans compter sur le manager du Matthew qui pense que ce TCM4 est une sombre merde et qu’il va entacher la réputation de son poulain, tentant dès lors par tous les moyens d’annuler la sortie. Ce qui n’est pas l’avis de l’acteur qui semble très fier de sa prestation de psychopathe de service. Le film ressort donc, raccourci de plusieurs scènes, dans une toute petite configuration (une vingtaine de salles), son distributeur (Columbia) n’ayant visiblement aucune confiance à placer dans le film d’Henkel. Le film fait donc un flop et est depuis considéré comme le pire de la saga (enfin, c’est remis en question avec la sortie de celui en 3D, ça)…

 

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Mais est-ce que cette version est si mauvaise que cela. Et bien… on ne peut pas dire qu’elle est réussie, c’est certain, mais malgré tout il faut noter que votre appréciation peut varier en fonction de vos attentes. Si vous regardez le film en espérant retrouver la force du film de Hooper, c’est peine perdue, vous allez détester. D’ailleurs, si vous le prenez comme un simple film d’horreur, vous serez déçus aussi, car dans ce registre le film est sacrément médiocre. Du point de vue du scénario, on est en terres connues, avec les habituels jeunes qui se paument là où il ne faut pas et se retrouvent prisonniers de la famille de cinglés, qui vont dès lors prendre un malin plaisir à les torturer et les tuer. Du vu et du revu ailleurs, et souvent en mieux. Le film n’est même pas gore et se contente de réutiliser les scènes chocs de l’original (le croc de boucher, le coup de marteau sur la tête) mais ici sans grande passion, sans folie. Non, Henkel n’est décidément pas à l’aise dans l’horreur et son TCM perso ne fait jamais peur. Par contre, qu’est-ce qu’il fait marrer !

 

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Car si vous voulez apprécier le spectacle, vous avez tout intérêt à le voir sous l’angle de la comédie. Oh, ça ne va pas changer le plomb en or, faut pas rêver, mais cela permettra tout de même d’accepter un peu plus facilement le délire général qui est nous est présenté. Et aussi d’accueillir les incohérences, nombreuses. Car la question n’est pas de savoir si TCM4 est un nanar ou pas, c’en est un, il faut plutôt se demander si c’est volontaire. On dirait que c’est le cas par intermittence, que Henkel fait parfois exprès de sombrer dans la connerie, mais pas toujours. Comme lorsque l’une des pauvres victimes, accrochée au croc de boucher, se retrouve miraculeusement en plein milieu de la route, comme par téléportation. Mais quand il s’agit de créer des personnages à la connerie infinie, là on peut imaginer que c’est totalement volontaire de la part du réalisateur. Les victimes, tout d’abord, qui sont de sacrés cas. On dit souvent que les jeunes des slashers méritent le sort peu enviable qui leur est généralement réservé, cela n’a jamais été aussi vrai qu’ici. Ils sont cons, désespérément cons. Chacune de leur phrase est priceless, comme une sorte de recueil de bêtises et maladresses. Un exemple ? Un jeune homme vient d’assister au meurtre d’un gus par McConaughey, qui commence rapidement à le poursuivre avec sa dépanneuse. Que dit le pourchassé à son chasseur ? « Vous me faites peur ». Ah bah ça, on s’en serait pas douté ! Un autre exemple ? Un autre dégénéré de la famille pointe un flingue vers un autre de nos prix Nobel et l’ordonne de rentrer dans la demeure familiale. Réponse du menacé: « ça tombe bien, je devais aller aux toilettes ». Autant vous dire qu’on en reste sans voix.

 

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Dans les TCM précédents, les protagonistes étaient généralement d’une normalité exemplaire, c’est ce qui créait le décalage avec les rednecks du coin et soulignait leur folie. C’est plus compliqué ici puisque les proies sont cette fois aussi idiotes que leurs assaillants, ce qui a tendance à amoindrir les apparitions de ces derniers. Ils font nettement moins peur que leurs précédentes incarnations, c’est même rien de le dire, à commencer par un Leatherface qui ne fait pas grand-chose (et qui ne tue personne avec sa tronçonneuse !). Travesti, il passe la majorité du film à se plaindre en gueulant et son seul quart d’heure de gloire est la course-poursuite qu’il entreprend avec Renée Zellweger, calquée sur celle du film de Tobe Hooper. Grandpa est également de retour, même s’il doit avoir trois plans à tout casser, le réalisateur se concentrant plutôt sur les plus jeunes, comme W.E, un sadique qui ne parle qu’en citations, ou Darla, l’atout charme de la famille et épouse de Vilmer, le chef de la famille, incarné par McConaughey. C’est lui qui assure le show, ne se retenant pas un seul instant. Ressemblant étrangement à Robert Englund dans sa jeunesse, Matthew en fait des tonnes et cabotine comme si sa vie en dépendait, hurlant de folie et éclatant dans des rires déments. Muni d’une jambe électronique qui sera source de certains gags, il est clairement over the top. « Over the top », voilà l’expression parfaite pour décrire TCM4, qui n’hésite jamais à en faire trop. On apprend par exemple que la famille Slaughter (ouais, c’est leur nom, sont allés le chercher loin celui-là) est payée par de riches français pour torturer les gens et leur apprendre la douleur. Ca ne vous rappelle rien ? Et oui, on a là les prémices d’Hostel ! Evidemment, dans un film pareil, les fortunés en question ne peuvent pas se contenter d’un simple costard, non, il faut aussi que leur torse soit blindés de piercings énormes. Over the top on vous dit !

 

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Finalement, une fois le film fini, on se demande toujours un peu ce que l’on vient de voir, laissés groggys par un tel spectacle qui se termine sur une sorte de ballet romantique avec notre Leatherface qui semble danser avec sa tronçonneuse. On ne sait pas trop ce que Henkel a voulu faire, au final. Une comédie noire ? Un remake (c’en est un, cela dit) ? Un hommage ? Il est fait aussi puisque Marylin Burns vient faire un petit caméo. Ratage hallucinant, Massacre à la Tronçonneuse: La Nouvelle Génération est un film fascinant, une sorte de monde parallèle où la connerie serait infinie. Un vrai slapstick où les persos en prennent plein la gueule durant 1h20, plus proche d’Evil Dead 2 qu’autre-chose. Pas étonnant que les fans de la saga détestent et, d’ailleurs, qui pourrait aimer le film au premier degré ? C’est impossible et il faut être un sacré déviant pour le trouver vraiment réussi. Mais les amateurs de nanars devraient y jeter un œil, car il y a à boire et à manger ici, comme si le film ne cessait de repousser ses limites. Et il y arrive à chaque fois, en plus…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario : Kim Henkel
  • Titres: The Texas Chainsaw Massacre: The Next Generation (USA)
  • Production: Kim Henkel
  • Pays: USA
  • Acteurs: Matthew McConaughey, Renée Zellwegger, Tonie Perensky
  • Année: 1994

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