Human Lanterns

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Et si Mario Bava et Terrence Fisher avaient été des fans de kung-fu ? Fortement improbable, il est vrai, et pourtant Human Lanterns nous donne une idée de ce que cela aurait pu donner si les maitres du gothique européen s’étaient mis à l’art de la tatane.

 

Tout le monde connaît la Shaw Brothers, cette société basée à Hong-Kong qui fournissait au monde sa dose de films de castagne. Des titres légendaires comme L’Hirondelle d’Or ou Un Seul Bras les Tua Tous proviennent de la firme, créée par quatre frères. Ce que l’on sait moins (enfin moi je le sais, et vous allez le savoir aussi d’ailleurs), c’est que la firme s’est intéressée à l’horreur, les poussant à s’allier avec la firme Hammer, reine du gothique anglais, pour produire un film mixant kung-fu et épouvante. En résulta La Légende des 7 Vampires d’Or, une divertissante mais inégale péloche avec le grand Peter Cushing dans son éternel rôle de chasseur de vampire. Moins connu est Human Lanterns, que la Shaw Brothers développe en solo en 1982 et réalisé par Sun Chung, à qui l’on doit City War avec Chow Yun-Fat. Mais est-ce que cette nouvelle tentative de concilier deux mondes qui n’ont, a priori, aucune raison de fusionner se soldera par un échec ? Car après tout, nous sommes typiquement en face du genre de film qui ne satisfait personne, les amateurs d’horreur s’emmerdant durant les pirouettes de nos acrobates asiatiques tandis que les férus de poing dans la gueule soupireront lors des séquences gores. Personne n’est content, donc, mais l’inverse pourrait être vrai aussi…

 

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L’histoire d’Human Lanterns est assez simple mais à une tendance à partir dans tous les sens, alors cramponnez-vous. Dans je ne sais quelle ville chinoise (on sait que ça se passe là-bas car ils sont tous chinois dans le film), il y a chaque année un grand concours de lanternes. Les deux favoris de la compétition sont Long (Tony Liu) et Tan (Chen Kuan-Tai), deux personnalités de la ville, extrêmement riches et surtout des rivaux de longue date. C’est bien simple, aussi fiers et arrogants l’un que l’autre, ils ne peuvent pas se blairer et tous les coups bas sont permis pour essayer de foutre l’autre dans la merde. Long, qui n’a pas envie de perdre, fait appel à Chao (Lo Lieh), le meilleur confectionneur de lanternes au monde. Mais parallèlement à cela, un type déguisé en squelette ours (ben ouais, il a une gueule de squelette et des pattes d’ours, mais toujours la bite d’un homme, je vous rassure) se met à kidnapper et massacrer des filles qui sont en relation avec Long (qui n’est pas le dernier à aller se détendre chez les putes, il faut bien le dire). Autant vous révélez qui est le tueur puisque le film n’en fait pas un grand mystère (on nous l’apprend très vite) et que de toute façon vous l’aurez deviné dès les premiers instants: c’est Chao. Et oui, par le passé ce salaud de Long lui a piqué sa femme et a fini par l’épouser, sans oublier d’offrir à Chao une belle balafre sur le front en guise de remerciements. Vous imaginez bien que le pauvre gars l’a eu mauvaise et du coup il s’amuse à décimer toutes les personnes liées de près ou de loin à celui qui lui a volé l’amour de sa vie, utilisant leur délicate peau pour confectionner ses lanternes. Un vrai soap, quoi, du genre Plus Belle la Vie au pays des arts-martiaux. Mais bon, on ne vient pas vraiment voir ce genre de films pour l’histoire, quand bien même elle se tient, n’est-ce pas ?

 

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Si l’histoire est suffisante pour lancer le film, bien que parfois ennuyante car on subit quelques baisses de rythme, on n’y accordera qu’une importance toute relative. On est là, au choix, pour voir de l’horreur ou de la baston. Le vieux Mordo n’est pas le plus grand pro des films d’arts-martiaux au monde mais il en a vu suffisamment pour pouvoir clamer qu’Human Lanterns se débrouille plus que bien dans cette catégorie. Ca bouge bien, ça saute, c’est chorégraphié comme une danse et au millimètre près, tout en utilisant des armes originales. Avec ces espèces de tonfas d’acier et tranchants, ces éventails mortels ou cette très longue lance, on ne se fait jamais chier durant les combats, qui ont tous un intérêt et se suive avec un grand plaisir (ils sont chorégraphiés par Tang Chia, qui s’était occupé de celles de La Rage du Tigre). Il faut dire que nos acteurs ne sont pas des manches dans le style puisque Tony Liu a tournée dans une brouette de films du genre, dont certains avec Bruce Lee, que Chen Kuai-Tai a tourné dans des films cultes comme Flying Guillotine et que RZA du Wu Tang Clan se souviendra de lui et lui offrira un rôle dans son The Man with the Irons Fists. Enfin, Lieh Lo est loin d’être un minable dans le genre puisqu’il apparaît en vrac dans La 36e Chambre de Shaolin ou Police Story 3 avec Jacky Chan. On le trouve même dans Sex and Zen, film culte du cinéma érotique asiatique. Un moment de détente bien mérité entre deux combats, histoire de relâcher la pression…

 

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Et l’horreur dans tout ça ? Car si il y a de quoi être satisfait au niveau martial au point de faire des saltos, on ne sait toujours pas ce que les amateurs de grand rouge auront à se mettre sous la dent. Et bien c’est pas mal non plus de ce coté-là. Pour l’une des rares incursions de la Shaw Brothers dans le domaine de l’horreur, les frères y sont allés de manière étonnamment franche. Peau du dos arraché d’une traite comme on retire des pansements, scalp, têtes décapitées, ça y va sans détour et ça donne satisfaction sans problème. Notre squelette à pattes d’ours se fait plaisir, bougeant comme un singe dans tous les sens en ricanant tout en torturant avec délectation ses victimes. Mais là où le film impressionne, c’est dans ses décors. Cela ne surprendra pas forcément de savoir que les décors classiques du genre (rues chinoises, restaurants, maison et jardin de Long) sont magnifiques, les productions de l’époque restituant les décors en studio, ce qui donnait généralement des résultats éblouissants. Par contre, c’est déjà plus étonnant de voir que la caverne du bad guy est d’un gothisme du meilleur goût. Les éclairages, la décoration qui fourmille de détails, pas de doute, la Shaw Brothers a bien étudié les films de Mario Bava et de Terrence Fisher, le film naviguant sans cesse entre la belle époque italienne et la classe anglaise de la Hammer. L’ambiance est macabre à souhait et nous sommes aux anges dans ces lieux exquis, comme la cabane de Chao qui constitue un excellent lieu de combat. Une baston contre un serial-killer dans une baraque brumeuse et lugubre, vous en rêviez, la Shaw Brothers l’a fait.

 

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Le film n’étant pas dénué de franches qualités dans le malsain, il ne nous empêche pas de rire, souvent un peu à ses dépends. Car il faut bien être honnête, le jeu des acteurs de l’époque, très théâtral et forcé donne souvent envie de sourire. Long et Tan en font des caisses, éclatant de rire sardonique après chaque bon mot qu’ils s’envoient à la gueule, dévoilant au monde leur mépris et leur audace, soulignée avec dix marqueurs fluo. Et que dire de certaines réactions pour le moins étrange ? Pour rappel, Long a piqué la femme de Chao et l’a défiguré à l’épée. Pourtant, quand il le retrouve après plusieurs années au début du film, il vient vers lui comme si c’était un bon copain et lui commande des lanternes. Et c’est le plus simplement du monde qu’il dit à Chao « nous sommes amis, non ? » un peu plus tard dans le film. Ben voyons ! Long ne doit pas avoir connaissance de l’existence de la rancœur. Sa femme non plus d’ailleurs puisqu’elle se demande pourquoi Chao l’a kidnappée et s’apprête à la violer et la tuer. « Ah je comprends, tu en veux toujours à Long !! » dit-elle, tout de même un peu surprise de voir ce pauvre Chao aussi revanchard. Les chinois de l’époque ne devaient pas être du genre à culpabiliser… Mais bon, ces aspects un peu datés, nanars pour certains, participent également au plaisir que l’on ressent en voyant cette très recommandable série B d’action. Dommage que les frères Shaw ne se sont pas décidés à en produire plus, j’en aurais bien repris une louche, tiens…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation et scénario : Chung Sun
  • Titres: Ren pi den long (Chine)
  • Production: Shaw Brothers
  • Pays: Chine
  • Acteurs: Tony Liu, Chen Kuan-tai, Lo Lieh
  • Année: 1982

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