Mutants

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Alors que débarque son nouveau film, Home Sweet Home, il est intéressant de revenir sur le premier long-métrage de David Morlet: Mutants, un film d’horreur qui a un petit cœur qui bat très fort.

 

Le cinéma horrifique français, on ne sait jamais trop quoi en penser. On est tellement habitué à son invisibilité, voire son inexistence, que lorsqu’un film de genre pointe le bout de son nez zombifié, on ne sait comment réagir. D’un coté on a envie de supporter ces essais français, histoire de leur donner une infime chance de marcher, au moins un minimum. De l’autre, on ne peut pas nier qu’ils ne sont pas toujours très réussis. Aurions-nous remarqué A l’Intérieur, Vertige ou La Horde s’ils n’avaient pas été français ? Peut-être pour le premier, probablement même, pas si sûr pour les deux autres. Malgré tout, on aurait tendance à essayer de gommer les défauts de notre esprit, histoire de pouvoir féliciter pleinement ces kamikazes qui ont décidé de faire des films fantastique dans un pays qui nie le genre depuis des lustres, quand il ne lui crache pas dessus. Mais on ne peut pas toujours fermer les yeux, aussi sympathique que nous soit le film. Alors plongeons dans Mutants avec autant d’objectivité que possible.

 

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David Morley est de ces réalisateurs sortis un peu de nulle part, dont le nom rassure moins que Yannick Dahan (La Horde), qui bosse à la télé et a été dans Mad Movies, tout comme Alexandre Bustillo (A L’Intérieur, Livide). Tout ce qu’on connaissait de lui avant Mutants, c’était un court-métrage appelé Morsure. Un débutant, en somme, quelqu’un à qui on fera peut-être moins confiance qu’à un autre alors qu’au fond, les deux réalisateurs cités plus hauts n’ont pas plus d’expérience que lui. Mais c’est comme ça, l’être humain n’aime pas ce qu’il ne connaît pas et il s’avère qu’on aura moins parlé de Mutants que des autres films marqués du drapeau bleu-blanc-rouge. Le film aura eu droit à sa couverture dans Mad Movies, mais n’aura pas alimenté les débats comme Frontière(s), Martyrs ou Haute Tension à leurs époques, tous plus polémiques. La faute peut-être à l’arrivée tardive du film, qui débarque une fois que la mode des French Frayeurs est un peu passée, tuée dans l’œuf par quelques bides en salle et mauvaises réceptions critiques. Pourtant, Morley s’éloigne un peu du coté « shocker » de ces derniers films et de leurs influences communes que sont Maniac, La Colline à des Yeux et Massacre à la Tronçonneuse, David semblant préfèrer le cinéma de Cronenberg et 28 Jours plus tard. En témoigne le script de son premier long: Sonia et son compagnon Marc tentent de survivre dans un monde dans lequel l’être humain est contaminé par un virus le changeant en mutant. Par malchance, Marc a été touché par du sang d’un infecté et a choppé à son tour la saloperie, le changeant peu à peu en monstre…

 

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La première chose qui marque dans Mutants, c’est que c’est joli. De la neige, des bois blancs, une photographie agréable qui fait bien passer le sentiment de froid,… Ca change des photos volontairement sales et sombres que les petits copains ont tendance à placer dans les leurs, plus portés sur la crasse et la poussière. Déjà, c’est un bon point ! Ensuite, ça rappelle un peu le Zombie de Romero dans sa description d’un trio tentant de survivre vaille que vaille, découvrant des lieux inhabités en espérant y trouver de la bouffe et de l’essence. Comme référence, avouez qu’on fait pire. Très vite, le film bascule, le trio devenant un duo qui s’enferme dans un bâtiment abandonné. Le film bascule dans quelque-chose de très intimistes, les deux héros semblant comme seuls au monde, essayant vainement de contacter des gens avec leur radio. Existe-t-il encore d’autres humains ? Et est-ce que Sonia ne devient pas la dernière représentante de l’espèce ? Marco se changeant de plus en plus en un mutant, on peut se le demander… Mais l’arrivée d’une bande de survivants vient retourner nos certitudes, laissant planer une atmosphère d’espoir pendant quelques instants. Car le soufflet retombe lorsque Sonia se rend compte que les personnes en question sont particulièrement violentes et sont plutôt du genre à commander qu’à s’entraider…

 

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S’il y a bien une chose que l’on n’a pas envie de faire, c’est critiquer Hélène de Fougerolles. C’est une actrice assez connue, elle manque peut-être de gros hits mais les gens savent qui elle est et, malgré tout, elle se compromet en jouant dans Mutants (et dans Les Dents de la Nuit, mais c’est une autre histoire), permettant sans doute au film de se faire un peu plus de pub. Et en France, se mettre à tourner dans de tels films peut vite devenir dangereux, c’est comme sortir d’un cercle de confiance animé par tout le gratin parisien. On peut d’ailleurs constater que sa carrière peine à se relancer depuis le film de Morley… Peu d’acteurs auraient donc pris ce risque, elle si, respect éternel. Mais voilà, elle peine à convaincre… Surtout quand elle parle puisqu’elle utilise un ton assez monocorde, un peu endormi, qui ne sied guère à la situation, assez dramatique. Françis Renaud, qui joue son compagnon Marco, joue de son coté en dents de scie, pouvant être très bon dans une scène et peu convaincant dans la suivante. C’est malheureusement souvent le problème des films d’horreur français, les acteurs peinant à rendre leurs personnages crédibles. A moins que la langue ne se prête pas aussi bien à ce genre ? Difficile à dire mais il y a clairement un problème de ce coté-là, et dans à peu près tous les films francophones sortis jusqu’ici…

 

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Second défaut, le film souffre d’un rythme assez inégal. On passe par exemple un long moment à subir la descente aux enfers du couple, la transformation de Marco étant de plus en plus douloureuse (il urine du sang, c’est dire s’il rigole pas). Et si c’est bien entendu assez dramatique et touchant, il faut bien avouer que cela devient un poil long… Le rythme s’accélère un peu une fois le compagnon changé en mutant et quand le groupe de survivants menés par le brutal Franck arrive. Il commence à y avoir un peu plus d’action, on se demande comment ça va se finir et comme les bad guys nous sont particulièrement antipathiques, on souhaite bien entendu les voir se faire déchiqueter menu, ce qui est toujours une bonne motivation pour finir un film. Mais cette fois, c’est le manque de moyen qui empêche cette partie de décoller… Si les maquillages des mutants sont réussis, on n’aura pas droit à des scènes gores incroyables à la Le Jour des Morts-Vivants, pour ne citer que lui. On sent que Morley essaie de nous en donner pour notre argent, mais il n’y parvient pas vraiment, Mutants n’étant jamais très impressionnant et devant se contenter de morts hors-champs la plupart du temps… Saluons tout de même sa manière de filmer les scènes mouvementées: certes la caméra tremblote dans tous les sens, mais cela reste lisible. C’est déjà beaucoup en ces temps de caméra parkinsonienne…

 

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Mais voilà, malgré tous ces défauts bien visibles, il se trouve que Mutants a du cœur. La description de la mutation progressive de Marco, sa détresse et celle de sa femme, condamnée à le voir dépérir, sonne terriblement juste. On ne veut jamais le mal des protagonistes, on espère sincèrement que Marco guérira, même si nous savons que les probabilités sont contre lui. Des moments forts, de grand désarroi ou de romantisme tragique, il y en a beaucoup dans le premier long de Morley. Cela n’efface pas les défauts du film mais ça participe à le rendre attachant. Mutants n’est pas une œuvre géniale, elle est juste « bonne », sans grand plus. Mais elle a le mérite de hanter après sa vision, de laisser un drôle de sentiment de mélancolie, les personnages continuant de vivre en nous une fois l’écran redevenu noir. Alors que nous venions pour assister aux massacres perpétrés par des mutants, nous voilà finalement touchés par le versant plus romantique du film. En un sens, Mutants est donc une assez bonne surprise et restera un film singulier, qui préfère laisser battre le palpitant plutôt que de le transpercer d’un coup de poignard.

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: David Morley
  • Scénarisation: David Morley
  • Production: Sombrero Films, Canal +
  • Pays: France
  • Acteurs: Hélène de Fougerolles, Francis Renaud, Dida Diafat
  • Année: 2009

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