Le Château des Morts Vivants

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C’est embarqué dans la barque de l’éditeur Artus Films que l’explorateur Rigs Mordo, seulement accompagné de son lecteur DVD, est entré dans le château des morts vivants, un lieu vidé de toute bonté. A l’intérieur, il y trouva un nain malicieux, un splendide parc aux monstres de pierre, une sorcière jouée par un homme, un fou maniant la faux avec délectation et même Christopher Lee. Voici son récit.

 

Il faut dire ce qui est: ils sont quand même bien courageux chez Artus Films. Venus sur le marché de la vidéo (comprendre « du DVD ») en 2005, ils continuent vaille que vaille à éditer leurs galettes alors que le support physique se casse la gueule dangereusement. Et histoire de compliquer encore un peu la tâche, ce n’est pas des films d’horreur populaires qu’ils nous offrent mais bel et bien des perles oubliées du cinéma bis. Et encore ! Le terme « oublié » ne colle guère à ce Château des Morts Vivants puisque pour être oublié, il faut encore avoir été connu, et donc visible, ce qui n’a pas été le cas du film qui nous intéresse ici, resté inédit dans nos contrées. Etonnant quand on sait que les cinémas de quartiers des années 60 et 70 étaient particulièrement généreux en gothique spaghetti et carrément incroyable quand on se rend compte que Christopher Lee est à l’affiche, l’anglais étant à l’époque particulièrement populaire. Mais pénétrez dans la logique d’exploitation du cinéma de série B de l’époque est tout aussi compliqué qu’entrer dans le secret des dieux… Le film en lui-même reste bien mystérieux, possédant pas moins de trois réalisateurs, ce qui signifie qu’il sera bien délicat d’attribuer telle ou telle partie à l’un ou à l’autre. On retrouve donc derrière la caméra Luciano Ricci (Seul contre Rome), Lorenzo Sabatini (ici appelé Warren Kiefer, un réalisateur assez obscur dont les films sont restés inédits chez nous) et enfin, le plus connu du trio, le jeune anglais Michael Reeves, également scénariste et à qui l’ont doit l’excellent Le Grand Inquisiteur avec Vincent Price. Il semblerait que ce dernier n’a tourné que neuf jours mais rien ne dit que les deux autres ont participé plus longuement au tournage et nous ne saurons jamais à qui l’on doit attribuer la réussite du film. Car de réussite il est ici question.

 

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Commençons par le début, c’est plus commode, en nous concentrant sur une histoire qui est, il est vrai, des plus classiques. Il Castello dei Morti Vivi débute avec la représentation que mène une troupe de saltimbanques, reproduisant une pendaison qui tourne bien évidemment au gag, le bourreau finissant par se pendre en montrant à son condamné la marche à suivre. Mais les temps sont durs et il semblerait que les cinq membres de la troupe ne soient pas payés équitablement, ce qui entraine une violente dispute dans un bar, le membre jouant le rôle de l’arlequin de service quittant la bande, qui se voit contrainte d’accepter un ancien capitaine dans ses rangs pour remplacer le bouffon. Au même moment, un étrange personnage insiste pour que nos artistes acceptent l’invitation de son maître, le comte Drago (Christopher Lee, comme toujours), qui aimerait assister à leur spectacle dans son château moyennant quelques pièces d’or. Suffisamment alléchant pour qu’ils fassent le voyage et n’écoutent pas les mises en garde d’une vieille sorcière qu’ils croisent sur la route, une mégère qui n’a bien évidemment aucune bonne nouvelle à leur apporter puisqu’elle leur dit clairement qu’ils vont perdre la vie. Mais l’or ou la vie, il faut choisir, et le chef de la troupe, Bruno, décide de continuer et rencontre donc le fameux Drago, qui passe son temps libre à empailler des animaux, ce qui est déjà un signe avant-coureur que les choses ne vont pas se passer dans la joie et la bonne humeur. Cette dernière s’envole pour de bon lorsque le maître des lieux commence à leur administrer un produit qui les fige sur le champ, les laissant telles des statues de chair. Il n’y a donc pas réellement de morts vivants dans le château, en tout cas pas sous la forme de zombies tels qu’on les imagine, le titre faisant bien entendu référence à cet état entre la vie et la mort dans lequel sont laissés les victimes du comte Drago, touchés par des velléités artistiques. Son but est effectivement d’immobiliser la vie et de combattre la vieillesse et le temps, faisant de lui un savant fou qui semble plus mort que ses victimes. Fantomatique, doté de cernes de dix kilomètres, il est clairement celui qui se rapproche le plus d’un mort-vivant du lot…

 

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Pour une fois, ce n’est pas Christopher Lee qui sera le principal centre d’intérêt. Attention, il est très correct dans le rôle de Drago, ne me faites pas dire ce que je ne pense même pas. Mais ce n’est pas non plus sa prestation la plus mémorable, son physique faisant plus le travail que son jeu d’acteur, qu’il garde en poche puisqu’il est là pour être droit comme un obélisque, se contentant de sourire une ou deux fois. Son laquais est nettement plus mémorable, incarné par l’osseux Mirko Valentin, que l’on a déjà croisé dans La Vierge de Nuremberg, déjà avec Lee, et qui est ici un maniaque de premier ordre. Serviable et poli au premier abord, il devient nettement plus inquiétant lorsque Drago lui donne pour mission de se débarrasser de ses invités, une tâche qu’il accomplit avec un plaisir non-dissimulé puisqu’il ricane sournoisement avant chaque meurtre. Son physique particulier fait bien évidement merveille dans pareil rôle, le personnage semblant tendu au maximum, comme s’il avait des difficultés à se mouvoir, renvoyant aux rôles d’assistants bossus des premiers films Frankenstein sortis par la Universal, rappelant un peu un le sadique Fritz du film de James Whale. Le reste du casting est assez sympathique également puisque l’on retrouve le français Phillipe Leroy (revu il y a quelques années dans le Mother of Tears de Dario), la jolie Gaia Germani (vue dans de nombreux films d’espionnage italiens), Luciano Pigozzi (le Peter Lorre italien, vu dans des tonnes de films bis comme Yor le chasseur du futur, Le corps et le fouet et Baron Vampire de Mario Bava et on aurait également pu l’apercevoir dans le Zombi 3 de Fulci/Mattei/Fragasso si sa scène n’avait pas été coupée au montage) mais aussi, et c’est sans doute le plus étonnant, Donald Sutherland ! Oui, LE Donald Sutherland, dans une petite production bis des années 60 ! Le père de Kiefer (qu’il a nommé suite au pseudo de l’un des réalisateurs du film) était à l’époque débutant et tient ici l’un de ses premiers rôles. Ou plutôt SES premiers rôles puisqu’il en joue plusieurs, le plus évident étant un policier un peu stupide (l’apport humoristique au film) mais on le retrouve également dans le rôle de la sorcière (!!!) et il est également crédité comme incarnant un vieil homme, mais j’avoue ne pas l’avoir repéré, probablement dans la scène de foule du début…

 

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De tous ces personnages, si c’est Mirko Valentin qui reste clairement en mémoire, il ne faut pas oublier Antonio de Martino, qui incarne un nain, ce qui est d’autant plus facile qu’il est lui-même atteint de nanisme. On prend rarement des géants pour incarner les hommes de petite taille, il faut bien le remarquer, imaginer un Matthias Hues ou un Lou Ferrigno dans le rôle, ça ne rend pas pareil. Antonio de Martino, donc, attire tout de suite la sympathie puisqu’il semble bien évidemment plus fragile que les autres, celui qui risque d’avoir plus de difficultés à se défendre face à l’ennemi, et la course-poursuite qui l’oppose à Mirko Valentin dans les couloirs sombres du château est particulièrement réussie. Mais comment rater une scène, voire même son film, quand on a pareils décors ? Car c’est bien là que réside la principale qualité du Château des Morts Vivants, qui est splendide. La forteresse en elle-même, déjà, un lieu ayant appartenu aux Medici (on dit d’ailleurs que le fantôme de madame y traîne encore à l’occasion) et qui aura servi à plusieurs reprises pour le cinéma puisqu’on le retrouve dans La Crypte du vampire (encore avec Lee, qui n’est visiblement pas décidé à quitter les lieux !) mais aussi dans Chair pour Frankenstein avec Udo Kier. Un bel endroit, dont les intérieurs sont visiblement magnifiques si je me réfère aux plans visibles lors de la poursuite finale, avec des couloirs vides et inquiétant et des balustrades en pierre du plus bel effet. Et tout cela n’est encore rien face au jardin du comte Drago, qui lui sert également de cimetière, tourné dans « le parc des monstres », dans les jardins de Bomarzo, un lieu splendide qui lui aussi servira dans d’autres films (The Three of Life de Terrence Malick, par exemple), ce qui est bien compréhensible quand on voit sa beauté. Ces jardins participent grandement à la beauté du film, parsemés de statues majestueuses, représentant des divinités, des dragons, une tortue géante ou une énorme bouche de monstre qui mène dans la crypte du château. Un monde à part, qui nous fait penser à un rêve, et que nos trois réalisateurs utilisent à merveille lors d’un jeu du chat et de la souris entre le nain et le serviteur diabolique. Rien que pour ces décors, le film mérite d’être vu.

 

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Histoire d’en rajouter une couche dans la beauté, la photographie est aux petits oignons. C’est bien simple, il est rare de voir un film en noir et blanc aussi beau, et il faut d’ailleurs féliciter Artus Films qui nous propose ici une copie parfaite, ce qui n’est jamais évident concernant des films aussi vieux et rares. En outre, le film est très bien réalisé et propose bon nombre de plans aptes à marquer nos esprits de bisseux. Une sorcière clamant ses prophéties des genoux de la statue d’un dieu, le serviteur maniaque adossé contre un dragon de pierre et attendant patiemment sa victime avec une faux dans les mains, une pièce remplie d’êtres pétrifiés par le comte Drago, la femme de ce dernier, pétrifiée elle-aussi depuis des lustres, accompagnée d’une grosse araignée,… Autant d’images magnifiques qui font du Château des Morts Vivants un indispensable si vous aimez le cinéma gothique des années 60. Une merveille qui en prime s’offre un DVD impeccable puisqu’il contient également un long entretien avec le spécialiste du bis Alain Petit qui nous instruit sur le film durant plus de quarante minutes. Vous savez ce qu’il vous reste à commander, mes petits diables…

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation : Michael Reeves, Luciano Ricci, Lorenzo Sabatini
  • Scénario: Michael Reeves, Lorenzo Sabatini
  • Autres titres: Il Castello dei Morti Vivi (ITA), Castle of the Living Dead (USA)
  • Production: Paul Maslansky
  • Pays: Italie
  • Acteurs: Christopher Lee, Donald Sutherland, Mirko Valentin, Gaia Germani, Philippe Leroy
  • Année: 1964

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