Grabbers

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Il y a mille et une manières de se débarrasser d’un alien. Certains comme Dolph Lundgren leur collent leurs semelles dans la gueule, d’autres utilisent de la musique stridente pour leur faire sauter le chou. Et puis il y a les irlandais qui, bien évidemment, préfèrent utiliser la bière. Le pire, c’est que ça marche !

 

Une chose est sûre, Shaun of the Dead a conditionné une partie du cinéma fantastique actuel. Ce formidable mélange entre zombies et comédie a donné lieu à ce qu’on appelle la Zomcom (pour zombie comedy), qui envahit à nouveau nos écrans avec Warm Bodies, après les passages vidéos de Dance of the Dead, DeadHeads ou encore Fido, pour les plus connus. Mais derrière eux suit une ribambelle de films du même moule, dont les réussites sont malheureusement assez rares. Pour un Bienvenue à Zombieland, combien de séries Z se contentant de copier platement le film d’Edgar Wright et son Shaun de Simon Pegg ? Beaucoup trop… Et la comédie vient bien entendu se glisser dans les autres styles, comme le slasher avec le très sympa Tucker et Dale fightent le mal ou le film de gloumoutes avec le moyen Jack Brooks: Monster Slayer. Mais voilà, si rire n’a jamais fait de mal à personne, le trop plein de gags faisandés commence à se faire sentir et l’on commence à se dire que l’on passerait bien à autre-chose… Et quand débarque dans mes mains crochues le dvd de Grabbers avec comme argument de vente une phrase comme « Une comédie de monstres trash et alcoolisée », on sent déjà venir le film sans imagination surfant sur la vague houblonnée, nous proposant une énième tournée des pubs…

 

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Ce que confirme le résumé au dos du DVD, qui enfonce le clou puisqu’on y apprend que la grande majorité du film se passera selon toute vraisemblance dans un pub. Oui, comme dans Shaun of the Dead. Et comme dans Shaun of the Dead, le film est anglais. Enfin, irlandais pour être plus précis. Car Grabbers prend place sur une île irlandaise, là où tout le monde picole dans des décors naturels de toute beauté, car il faut bien dire que l’île sur laquelle a été tourné le film n’a pas la gueule de travers. Ce qui n’est pas le cas du flic qui doit s’assurer de la bonne tenue de la vie sur ces lieux, par contre. Car suite à une déconvenue sentimentale, O’Shea se noie dans l’alcool pour oublier la tristesse de son existence solitaire. Et c’est d’un mauvais œil qu’il voit l’arrivée de Lisa, collègue temporaire qui est nettement plus sérieuse que lui, ce qui ne fait que souligner son état de loque avinée. Mais ce duo va devoir faire face à un danger plus grand que les quelques ivrognes qui parsèment l’île puisqu’une météorite vient de s’écraser dans la mer, amenant avec elle des bestioles tentaculaires grandes amatrices de sang. Mais ces sangsues d’un autre monde ne tiennent pas l’alcool et nos héros comprennent vite que pour survivre, il faudra être torché. C’est l’heure de se payer une bonne tournée !

 

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Bon, le cadre est bien joli, les bestioles nous changeront des habituels morts-vivants et ça ne se prend de toute évidence pas au sérieux, on peut donc légitimement penser qu’on passera un moment pas désagréable mais nous nous attendons tout de même à du fauché pas drôle. La surprise n’en est que plus grande et apparaît très tôt. Là où l’on s’attendait à une image qui fasse trop DV, moche et terne comme c’est souvent le cas avec ce type de production, on se retrouver avec quelque-chose de franchement chiadé. On est devant un vrai film fait avec soin et pas un téléfilm torché vite fait pour passer sur les chaînes de VOD ou sur SyFy le dimanche après-midi, entre deux films de requins style « UltraRequin vs GigaBernique ». Déjà, on ne se fout pas de notre gueule et Jon Wright (tiens tiens… joli nom, ça me rappelle quelqu’un) n’est pas un manche, ses plans sont jolis et la photographie tout autant. On est donc déjà bien installés mais restons méfiants, les créatures seront peut-être moins sympathiques… Si elles sont faites à l’ancienne, ça ira, on appréciera le coté rétro et artisanal, si elles sont faites par ordinateur et ne sont qu’un empilement de chiffres et de codes, ça sera plus dur pour elles si elles sont ratées. Mais là encore, la surprise vient frapper à nos portes, les CGI sont rudement bien branlés. Monstres aquatiques dotés d’un style très Lovecraft (enfin, on dit toujours ça des monstres à tentacules alors que Lovecraft en a fait d’autres mais bon…), on doit leur conception à Paddy Eason, responsables des effets spéciaux sur plusieurs gros films comme des Harry Potter. Malgré la production modeste qu’est Grabbers, il a donné le meilleur de lui-même pour rendre ses calamars martiens impressionnants, ce qui fait de lui quelqu’un de méritant. En même temps, c’est sans doute plus intéressant à faire que d’animer la chouette du magicien à lunettes. Mais en fait, le film part bien ? Ben ouais, il part bien.

 

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Si le film va probablement attirer les fans de zomcom pour sa pochette, c’est en fait les amateurs de Tremor qui devraient se lancer dans l’aventure. Car c’est clairement du coté des monstres terreux qu’il faut chercher l’inspiration du film, qui semble tout droit sorti des années 80 ou du début des 90. Le village texan laisse peut-être la place à une île remplie de vieux alcoolos mais le principe reste le même. A savoir créer des persos sympathiques et les confronter à une menace improbable, avec un humour bon enfant. Le film d’Edgar Wright faisait montre d’un comique moderne là où Grabbers se veut plus traditionnel, à l’ancienne. Ses gags ne surprennent jamais mais vous tirent des sourires réguliers et la bonne humeur générale est assez entrainante pour qu’on rentre dans le trip et qu’on se déride un brin. Même Steven Seagal s’y laisserait prendre ! Plus tout public que Shaun of the Dead, la bande irlandaise n’est guère gore, se contentant de quelques décapitations bien propres qui ne tachent même pas les fringues. Mais qu’importe, le but est ailleurs: passer un bon moment devant un film simple et efficace.

 

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Il faut dire que le casting aide bien. Pas de top model ici (même si Ruth Bradley est loin d’être moche), juste des tronches crédibles, à commencer par Richard Coyle. Connu pour avoir joué dans la très drôle série anglaise Coupling, il est depuis devenu un régulier des séries B du genre, notamment pour le compte de Renny Harlin dans 5 Days of War ou dans le film de zombies Outpost: Black Sun. Bon acteur, il est tour à tour touchant, pathétique et drôle, toujours sympathique et naturel. Le reste du casting nous plonge dans l’Irlande la plus profonde, comme le faisait le film L’Irlandais avec Brendan Gleeson, qui partage certains acteurs avec Grabbers, comme le très bon David Pearse. Alors que dans la majorité des films du style on espère voir un maximum de monde se faire bouffer, on souhaite sincèrement que nos nouveaux amis survivent et puissent boire de nouvelles bières ensembles. D’autant que l’argument comique du film, à savoir le fait d’être bourré pour survire est bien utilisé. Il faut voir ces pochtrons tenter d’utiliser des armes alors qu’ils sont incapables de mettre un pied devant l’autre ! Décidément, Grabbers marque de nombreux points et ce dans tous les domaines. Ce n’est certes pas un grand film mais il n’en a jamais la prétention, se contentant de ressusciter avec talent l’ambiance très familiale des films fantastiques d’antan. On s’attendait à un gros Z pourri, on a une très bonne petite série B ! Santé !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Jon Wright
  • Scénario: Kevin Lehane
  • Production: Forward Films
  • Pays: Irlande, Angleterre
  • Acteurs: Richard Coyle, Ruth Bradley, David Pearse, Russel Tovey
  • Année: 2012

One comment to Grabbers

  • IEUFDFF  says:

    je recommande également, belle surprise que ce film méconnu.

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