Intruder

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Comme le dit si bien Ken le survivant, les temps, comme les œufs, sont durs. C’est la crise et, comme tout le monde, vous désirez faire quelques économies. Carrefour, Leclerc et Auchan restent un poil trop cher pour vous ? Venez à la superette d’Intruder, tout y est moitié prix et la boucherie est bien achalandée en viande rouge.

 

Scott Spiegel est entré dans le monde du cinéma horrifique par la grande porte, foulant du pied le tapis rouge qu’on appelle Evil Dead. Faisant partie de « la bande à Sam Raimi », il a aidé sur le tournage du premier chef d’œuvre du réalisateur de Jusqu’en Enfer et écrit Evil Dead 2, dans lesquels il tient de petits rôles, son vieux pote Sam aimant faire participer ses copains. Spiegel est également un producteur heureux, qui aida Eli Roth à mettre sur pied son populaire Hostel et sa suite. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pas vraiment, les choses se gâtant lorsque le Scott s’empare d’une caméra pour jouer les réalisateurs, sur Hostel 3 par exemple, une séquelle au rabais, mal branlée et dénuée de la force des premiers volets. Ou sur Une Nuit en Enfer 2, une dizaine d’années plus tôt, encore une fois une suite DTV qui peine à retrouver la saveur qui fit de l’original un petit classique du genre et propulsa Georges Clooney au rang de star. Ainsi, lorsque quelqu’un veut défendre Spiegel, il dégaine plutôt la carte Intruder, slasher sorti fin des années 80 (en 89 pour être précis) et qui se taille une assez bonne réputation dans ce genre qui commençait à perdre de sa superbe. Produit par Sam Raimi (bien que ce ne soit pas spécifié au générique), qui a par ailleurs un petit rôle, tout comme son frère Ted et l’éternel Bruce Campbell, le premier long-métrage de Spiegel devait à l’origine s’appeler The Night Crew, un titre qui fut remplacé par celui qu’on connaît, ses distributeurs jugeant qu’un titre court et plus typique du slasher aidera cette petite série B à se vendre convenablement. Dommage qu’ils aient un peu foiré la VHS en mettant en avant les noms des Raimi et de Campbell, qui apparaissent peu ou se contentent de caméo, pour faire plaisir à leur bon ami Scott. Dommage également que cette même VHS dévoile l’identité du tueur au dos de sa jaquette…

 

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Car Intruder est un « whodunit » comme on dit, à savoir un film à suspense dont l’identité du tueur n’est révélée que lors du dernier acte. Et cet assassin sévit dans une supérette qui s’apprête à fermer définitivement ses portes dans les semaines qui suivent. Ses ados d’employés sont donc obligés de passer la nuit sur place pour changer tous les prix, qui chutent de moitié. Mais la soirée ne sera pas aussi calme que prévue, d’une part parce qu’un voyou (ça se voit, il a une veste en cuir) décide de venir mettre le bordel pour tenter de récupérer sa caissière d’ex-petite amie, d’une autre parce que notre mystérieux psychopathe hante les lieux et va bien entendu commettre un vrai carnage. Le scénario n’est donc pas plus compliqué que ça mais, après tout, combien de slashers peuvent se vanter d’avoir entre les mains un script incroyablement bon ? Bien peu. Celui qui nous intéresse ici nous donne tout de même l’impression que Spiegel (également scénariste) a un peu ramé pour atteindre les obligatoires 80 minutes de pellicules. Car ça sent le remplissage pendant un bon moment, la première demi-heure étant particulièrement longue puisqu’il ne s’y passe rien ou presque. Notre voyou, nommé Craig, vient mettre le boxon et se retrouve pourchassé par tous les employés, ce qui permet au réalisateur d’occuper une bonne dizaine de minutes assez facilement. Mais pas efficacement, au grand malheur du spectateur qui peine donc à garder les yeux ouverts devant ces scènes au rythme proche de la course de paresseux. C’est là le grand problème d’Intruder: c’est lent, trèèèèèèès leeeeeeent. On sent bien que le réalisateur a tenté de placer une ambiance, et il y réussit plutôt bien puisque les coulisses de son supermarché semblent bien menaçantes et glauques, comme plongées dans un noir d’usine désaffectée, mais le tout manque clairement de cadence. Et cela ne permet pas vraiment à Spiegel de développer ses personnages car outre les deux filles (dont Renée Estevez, sœur d’Emilio et de Charlie Sheen) et les deux gérants (dont Dan Hicks d’Evil Dead 2), il faut bien avouer que l’on aura vite fait de mélanger les garçons qui bossent de nuit, à l’exception de Sam et Ted Raimi, que nous différencions des autres parce que nous sommes des bisseux finis…

 

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Spiegel prend donc son temps puisqu’il doit fournir un film de plus d’une heure et que s’il tue tous ses personnages trop vite, et bien il n’aura plus rien à filmer. Et nous nous ennuyons un peu jusque-là, le réalisateur n’étant pas Carpenter, qui arrivait à rendre l’attente plus intéressante que le carnage en question. Heureusement, le massacre est plutôt bien orchestré, en grande partie grâce aux effets gores de KNB (pour Kurtzman, Nicotero et Berger, qui se sont occupés des effets d’une pelletée de films d’horreur, pour ne pas dire tous ceux des années 90 et 2000). Car il faut bien reconnaître à Intruder l’avantage du gore, assez cradingue qui plus est. Tête écrasée par une broyeuse de déchets, visage scindé en deux par un coupe-viande, œil percé, tronche qui fusionne avec un croc de boucher,… Rien à redire à ce niveau, on en a pour notre argent, le sang coule à flot et on a quelques meurtres inédits à se caler sous la canine. Spiegel essaye de s’éloigner de l’imagerie assez proprette des derniers Vendredi 13 ou Halloween, assez softs dans leur genre, et mise sur le malsain, sur une ambiance fiévreuse. Pari réussi puisque sa série B parvient sans trop de mal à être l’un des slashers les plus durs et les plus oppressants de son époque. Spiegel se permet également d’expérimenter avec sa caméra, qu’il s’amuse à placer dans des endroits inhabituels comme l’intérieur d’un téléphone, d’un caddie ou à travers bouteilles et bocaux. Sa petite touche à lui, ce qui lui permet de se différencier de la masse à moindre frais, l’homme ne disposant pas d’un budget bien élevé.

 

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C’est que les maquillages gore et une supérette à louer ne permet pas de faire beaucoup de folies. D’ailleurs, leur lieu de tournage étant vide, l’équipe se voit obligée de remplir les rayons de produits défectueux, qu’ils achètent à une compagnie spécialisée dans la nourriture endommagée. Du coup, difficile de se payer les services d’acteurs expérimentés, la troupe étant principalement composée d’amateurs qui, il faut bien le dire, sont particulièrement mauvais et apportent une dimension nanarde au projet. Le seul à s’en sortir avec les honneurs est Dan Hicks, crédible et au jeu bien plus fin que lorsqu’il incarnait un bouseux qui devait faire face aux démons du Nécronomicon dans Evil Dead 2. Mais de toute façon, tout ce beau monde n’est pas là pour se faire aimer, bien au contraire. Ils n’existent que pour mériter leur sort et ce qui intéresse vraiment Spiegel, c’est de leur en foutre plein la tronche. C’est d’ailleurs le seul moment où le film s’emballe, enquillant cinq ou six tués en vingt minutes, ce qui est plutôt un joli score que pourraient envier Jason Voorhees et Michael Myers. Dommage que le petit jeu du chat et de la souris, passage obligatoire dans un slasher, retombe un peu dans le travers un brin balourd du film. Heureusement, Spiegel s’en sort via une pirouette finale qui permet au film de se terminer sur une note souriante.

 

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Intruder, en dépit de ses défauts un brin assommants, reste une valeur sûr du slasher eighties. Ultra-classique, il devrait ravir les fans du genre, qui auront leur compte en viande humaine découpée. Pas vraiment un classique, mais c’est en tout cas ce que Spiegel a fait de mieux jusqu’à présent, ce qui ne veut pas dire grand-chose au vu de la triste filmographie qu’il a, on en convient. A défaut d’être parfait, ce premier essai est donc assez attachant, comme son réalisateur, qui transpire l’amour du style et la volonté de bien faire. Dommage que l’équipe n’avait pas à sa disposition une somme lui permettant de tourner dans un plus gros supermarché, cela aurait donné grave un slasher dans un centre commercial, non ? Pour une fois, on ne serait pas contre un petit remake avec des moyens plus généreux, tiens… Si un producteur américain nous lit, qu’il y pense, on signe tout de suite !

Rigs Mordo

 

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  • Réalisation: Scott Spiegel
  • Scénario: Lawrence Bender, Scott Spiegel
  • Production: Lawrence Bender
  • Pays: USA
  • Acteurs: Dan Hicks, Elizabeth Cox, David Byrns, Sam Raimi
  • Année: 1989

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